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  <title>lignes de fuite</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 25 Mar 2011 23:48:52 +0100</pubDate>
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  <item>
    <title>ligne(s) de fuite</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2010/03/05/ligne%28s%29-de-fuite</link>
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    <pubDate>Fri, 05 Mar 2010 00:25:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/reseau.jpg&quot; alt=&quot;reseau.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ces lignes de fuite &lt;a href=&quot;http://christinegenin.fr/blog/&quot;&gt;se poursuivent
par là ...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>ces simagrées de poésie</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2010/01/31/ces-simagr%C3%A9es-de-po%C3%A9sie</link>
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    <pubDate>Sun, 31 Jan 2010 02:27:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_janv10/chevillard_choir.jpg&quot; alt=&quot;chevillard_choir.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a beau temps que les esprits éclairés en ont fini avec ces simagrées de
poésie. Nous préférons modeler dans la glaise - nous baisser où que nous
soyons, ramasser une poignée de Choir et malaxer la matière ici appelée glaise
abusivement, mais qui sera de toute façon suffisamment visqueuse et malléable -
des copies scrupuleuses de la statue de Yoakam - on trouve même des yeux de
poisson dans cette colle -, mais il ne saurait ici être question d'art,
entendons-nous bien, ce sont des prières, des rites d'adoration que nous
exécutons sans regarder nos mains, le regard tourné vers le ciel. Est-ce Ilinuk
enfin, cette blancheur immaculée qui descend sur Choir ? Puis nous
baissons les yeux : est-ce la blanche clarté d'Ilinuk qui s'étend
maintenant sur Choir ? Hé non ! (p. 104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos artistes sont finalement mieux récompensés de leur peine. Suspendus par
la taille à une corde fixée à un mât puis poussés avec force contre un mur
blanc sur lequel ils s'écrasent et rebondissent une fois, deux fois, trois
fois, les artistes ensanglantés exécutent là, avec leurs tripes aussi bien
qu'avec leur tête, des fresques qui ne nous laissent pas insensibles. Si elles
ne nous tirent pas des larmes non plus. (p. 161)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous travaillons la pierre avec obstination, avec rage, dans le but d'user
nos outils, puis nos ongles donc, mais animés surtout par la volonté de
parsemer Choir de ruines désolantes. Car jamais nous n'achevons nos
constructions - nous n'allons tout de même pas nous installer à Choir ! -,
nous les livrons en chantier aux araignées et aux punaises, aux chauves-souris,
aux hiboux, aux champignons, aux mousses, aux orties. Sous la lune, Choir
paraît presque abandonnée. Nous avons beau savoir - et pour cause (nous sommes
tapis derrière les blocs) - qu'il n'en est rien, ce songe fugace nous emplit
l'âme d'une joie sauvage. (p. 228)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous expérimentons sur une brebis des remèdes à ces lourdeurs de tête et
d'estomac qui font de nous des êtres si pesants, créatures des boues et des
poussières. Nous lui coupons une première patte : la voici déjà moins
assujettie au sol. Nous lui coupons une deuxième patte, et c'est une
déception : la brebis s'affaisse (quelle que soit la patte choisie).
Hypothèse la plus vraisemblable, que nous devons à Nganamba : dans le feu
de nos recherches, nous n'avons pas attendu suffisamment avant de pratiquer la
deuxième amputation. La brebis - qui n'est pas un aigle - a défailli, effrayée
par cette légèreté nouvelle, le vertige de cet infini qui soudain s'ouvrait
pour elle. Il lui faut du temps entre chaque opération afin qu'elle
s'adapte ; et il en faudra davantage encore lorsque nous en serons à
l'amputation de sa dernière patte, l'ultime amarre. Si l'expérience se révèle
concluante, et le contraire serait étonnant, alors nous ouvrirons le protocole
à des volontaires humains. Tous les habitants de Choir se sont déjà portés
candidats. (p. 229)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Éric Chevillard, &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=2633&quot;&gt;Choir&lt;/a&gt;
(Minuit, 2010)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quelques citations pour inviter ceux qui n'auraient pas encore découvert les
sombres beautés de l'île de Choir a l'explorer au plus vite - et quelques liens
vers des critiques, des vraies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.revue-analyses.org/document.php?id=1537&quot;&gt;« Éric
Chevillard : Choir « sans intention » — mais vers le haut »&lt;/a&gt;.
Entretien avec Roger-Michel Allemand (&lt;em&gt;@nalyses&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: trois billets chez Didier da Silva (&lt;em&gt;halte là&lt;/em&gt;), &lt;a href=&quot;http://haltela.over-blog.com/article-extrait-43027946.html&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://haltela.over-blog.com/article-c-est-choir-encore-43284778.html&quot;&gt;là&lt;/a&gt;
et &lt;a href=&quot;http://haltela.over-blog.com/article-c-est-choir-encore-43659270.html&quot;&gt;là&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;

::: &lt;a href=&quot;http://hublots.over-blog.com/article-allez-choir-enfin-43641666.html&quot;&gt;Philippe
Annocque&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;hublots&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1995&quot;&gt;François
Bon&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;tiers livre&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://towardgrace.blogspot.com/2010/01/legendes-de-choir.html&quot;&gt;Christophe
Claro&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Le Clavier Cannibale II&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/livres/eric-chevillard-choir,51358.php&quot;&gt;Erwan
Desplanques&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Télérama&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/livres/0101613612-du-chevillard-premier-choir&quot;&gt;Éric
Loret&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Libération&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.la-croix.com/livres/article.jsp?docId=2410301&amp;amp;rubId=43500&quot;&gt;Patrick
Kéchichian&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;La Croix&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.letemps.ch/Page/Uuid/7a955bce-0d1e-11df-ac51-ea9d0febb065&quot;&gt;Isabelle
Rüf&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Le Temps&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: et aussi bien sûr &lt;a href=&quot;http://l-autofictif.over-blog.com/&quot;&gt;L’autofictif&lt;/a&gt;, le blog d’Éric
Chevillard, dont le deuxième volume de l’édition papier &lt;a href=&quot;http://www.arbre-vengeur.fr/?p=1806&quot;&gt;L’autofictif voit une loutre&lt;/a&gt;, vient
aussi de paraître aux éditions de L’Arbre vengeur.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>le trou béant d’un sarcophage en béton</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2010/01/20/le-trou-b%C3%A9ant-d%E2%80%99un-sarcophage-en-b%C3%A9ton</link>
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    <pubDate>Wed, 20 Jan 2010 01:23:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_janv10/Filhol_centrale.jpg&quot; alt=&quot;Filhol_centrale.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Après l'incident, on s'est occupé de moi. Il y a des intervenants pour ça,
des étapes obligatoires, une méthode. J'ai été le cas sur lequel on déroule la
procédure, et c'est une chose bien connue que, chaque cas étant unique,
celle-ci à un moment ou à un autre doit être adaptée. Dans le domaine
particulier des procédures d'urgence, aucun technicien, aucun ingénieur, même
le plus inventif, ne viendra à bout du challenge qui consiste à tirer d'une
situation toutes les conséquences en termes de risques, à envisager le pire
pour en limiter l'impact, le pire dans l'univers des possibles n'étant pas une
figure statique, facile à saisir, bien au contraire, en matière de pire on peut
toujours faire mieux, et la réalité des incidents qui est riche et complexe est
toujours une leçon d'humilité.&lt;br /&gt;
Quand au risque nucléaire, le circonscrire à l'enceinte de confinement,
idéalement on aimerait bien, on tend vers ça, pour finalement dans la pratique
s'en remettre aussi aux statistiques, la probabilité que ça arrive ou que ça
n'arrive pas, l'incertitude, son seuil de tolérance, etc., on imagine, des
heures et des heures passées à dresser la carte des cas connus et répertoriés
ou prévisibles, qui s'enrichit du retour d'expérience, et le reste,
l'impondérable, les taches blanches, qu'on ne se représente même pas. Quand
l'incident se produit, c'est grave ou c'est moins grave, sur l'échelle INES
notée de 1 à 7 de la sûreté nucléaire, ça peut être grave collectivement ou de
façon isolée pour un travailleur ou deux, les statistiques intègrent ça aussi,
le bien du plus grand nombre et la quantité négligeable. (p. 34-35)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impénétrable, indestructible. Et ce que l'hermétisme du dehors traduit du
dedans. Elle séduit. Disons qu'elle peut séduire. Par ce qui est à l'œuvre au
cœur du réacteur dans l'assemblage minutieux des pastilles d'uranium, la
fission nucléaire, si simple dans son principe. Par ce qu'elle dit surtout de
la maîtrise acquise par l'homme des lois de la matière et de la manière d'en
libérer l'énergie. Une énergie colossale, contenue, tout est là, dans un
confinement qui ne demande qu'à être rompu pour donner toute sa mesure. En
salle de contrôle, un agent appuie sur le frein. Plusieurs freins à
disposition. Plusieurs variantes d'un seul principe, l'absorption des
neutrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est à l'œuvre au cœur du réacteur, c'est l'illustration par l'exemple
de la fameuse équation d'Einstein, E = mc2, qui met face à face, dans un
rapport constant, l'énergie et la masse, deux choses qu'il n'allait pas de soi
de rapprocher, l'une établie comme proportionnelle à l'autre, tant il est vrai
que rien ne disparaît mais se transforme. Un neutron libre percute un atome.
Plus précisément, un atome lourd, uranium ou plutonium, capte au sein de son
noyau un neutron libre. Le noyau devient instable, se scinde en deux, et libère
deux ou trois neutrons. Parce qu'il perd en masse, sa fission dégage de
l'énergie. À l'échelle de l'atome, c'est une énergie considérable. À notre
échelle à nous, elle ne le devient que par le principe même de la fission
nucléaire qui veut qu'une fois amorcée, la réaction se propage à des milliards
d'atomes en quelques fractions de seconde. La sensation de l'homme qui comprend
ça, qui sait être le premier dans l'histoire des hommes à le comprendre ?
La sensation de cet homme, en l'occurrence une femme, Lise Meitner, réfugiée en
Norvège en 1940, à l'instant où l'idée jaillit qu'elle sait être la bonne,
d'une portée inimaginable, sans commune mesure avec ce qui a été mis au jour
jusqu'ici ? (p. 106-109)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se tient debout au bord de la piscine, vide. Il se tient debout en
combinaison étanche, heaume ventilé et masque à gaz sous le heaume, incapable
de franchir le pas qui lui permettrait d’agripper la rampe, de pivoter, puis de
poser son bottillon droit en caoutchouc blanc et semelle crantée sur le premier
barreau de l’échelle, en prenant bien garde de ne pas s’enrouler ou entortiller
le cordon d’alimentation, une fausse manœuvre qui couperait net l’arrivée d’air
au plus mauvais moment, une fois atteint le fond de la piscine ; pour
l’instant, en cas d’urgence ou sur un coup de tête, il peut encore agir,
arracher le heaume et le masque et respirer librement, mais quinze mètres plus
bas, ce qu’un homme sans tenue de protection est surtout libre de respirer, ce
sont les gaz et aérosols radioactifs libérés par les parois, tritium, cobalt,
césium, etc. Il entend la voix derrière lui, à travers le heaume, qui lui donne
l’ordre pour la deuxième fois de descendre. Il ne réagit pas. Il se tient
debout, tétanisé, sans rumination, sans conflit intérieur. Devant lui, la
piscine. Le trou béant d’un sarcophage en béton, vide. Sous le matériel de
manutention peinte en jaune, pont roulant, treuils et mâts de levage, non plus
la surface troublante et lisse de l’eau animée par une lumière intérieure, non
plus cette eau qui vous tend les bras, dont le charme par la seule magie de sa
couleur repousse les hésitations et les craintes, mais une fosse vide et grise
dans son cuvelage d’étanchéité. Il ne peut pas descendre. Il sait qu’il ne
pourra pas le faire. Il ne le sait pas à la manière d’un bipède doué de parole
et raisonnable, mais d’instinct. C’est en engagement massif de tout le corps
contre la volonté, si tant est que la volonté, depuis qu’il est entré ici, ait
eu son mot à dire. La voix est celle, identifiée du chef d’équipe qui en
appelle à la raison. Les gars de la première vague ont eu leur dose. Maintenant
c’est à eux de jouer, lui Bernard et ses collègues qui attendent le début de
l’intervention habillés comme lui en tenue Mururoa, tant qu’à faire, quitte à
devoir y aller, qui voudraient en être déjà débarrassés, et s’impatientent. Un
homme le double, suivi d’un deuxième, etc., lentement, avec précautions, ils
commencent à descendre. (p. 121-123)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elisabeth Filhol, &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&amp;amp;ISBN=978-2-84682-342-5&quot;&gt;La
centrale&lt;/a&gt; (POL, 2010)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’écriture lumineuse et rigoureuse de ce premier roman fait éprouver au plus
près la fascination pour la centrale, les centrales, le bleu ultraviolet de
leurs piscines, l’énergie inouïe enfouie dans leur cœur de béton ; mais
aussi l’étrange, rationnelle et inquiétante manière dont y sont organisé le
travail et gérées les fragiles ressources humaines ; et, surtout, les
émotions des hommes que la centrale dévore et use prématurément, entre excès
d’adrénaline et banalisation des gestes, peur de la surdose et peur du chômage,
anesthésie et angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&amp;amp;numauteur=6000&quot;&gt;Elisabeth
Filhol&lt;/a&gt; est née le 1er mai 1965 à Mende en Lozère. Elle travaille dans
l'industrie comme audit et analyste financière et vit à Angers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.com/pdf/6283.pdf&quot;&gt;lire les premières
pages&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1990&quot;&gt;François
Bon&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.martinesonnet.fr/blogwp/?p=5407&quot;&gt;Martine
Sonnet&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/livres/la-centrale,51128.php&quot;&gt;Nathalie
Crom&lt;/a&gt; (Télérama)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>labyrinthe est mort</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2010/01/08/labyrinthe-est-mort</link>
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    <pubDate>Fri, 08 Jan 2010 03:39:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_janv10/.renoir_jean_renoir_dessinant_1901_m.jpg&quot; alt=&quot;renoir_jean_renoir_dessinant_1901.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pierre-Auguste Renoir, &lt;em&gt;Jean Renoir dessinant&lt;/em&gt; (1901)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cinquante ans plus tard, le modèle se souvient des conditions précises dans
lesquelles ce portrait a été fait : « J'avais exactement sept ans
quand le portrait a été peint. Comme je ne pouvais pas aller à l'école parce
que j'avais la grippe, mon père en profita pour me prendre comme modèle. Pour
que je reste tranquille, il suggéra qu'on me donne un crayon et une feuille de
papier ; il me convainquit de dessiner des animaux pendant que lui
dessinait mon portrait » (Jean Renoir à John Roberts en 1952, lettre
conservée au Virginia Museum of Fine Arts de Richmond).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Non, je ne suis pas entrée en hibernation (quoique...) ; mais j'ai
entrepris de configurer sous &lt;a href=&quot;http://www.spip.net/&quot;&gt;spip&lt;/a&gt; un nouveau
site dont je ne donne pas l'adresse car elle devrait changer et parce qu'il est
encore complètement en chantier : je découvre (non sans peine) les joies
des squelettes, boucles et autres noisettes du logiciel au &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Polatouche&quot;&gt;polatouche&lt;/a&gt;, et cela prend du
temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas encore ce que ce site deviendra mais j'aimerais y reprendre
certains des contenus de mes deux blogs successifs, &lt;a href=&quot;http://consciences.blogspirit.com/&quot;&gt;(con)science(s)&lt;/a&gt; et lignes de fuite, et
aussi de &lt;a href=&quot;http://pagesperso-orange.fr/labyrinthe/accueil.html&quot;&gt;labyrinthe&lt;/a&gt; :
vous avez sans doute remarqué que ce site cacochyme (11 ans, rendez-vous compte
!) était en coma dépassé depuis quelque temps déjà. En essuyant une petite
larme, je le déclare officiellement mort, mais il restera pour l'instant en
ligne à l’état d’archive 1999-2009.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>meilleurs jeux</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/31/meilleurs-jeux</link>
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    <pubDate>Fri, 01 Jan 2010 00:01:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/veronese_porzia.jpg&quot; alt=&quot;veronese_porzia.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Meilleurs boeufs&lt;br /&gt;
dit le pâtre&lt;br /&gt;
Meilleurs deux&lt;br /&gt;
dit le matheux&lt;br /&gt;
Meilleurs feux&lt;br /&gt;
dit l’amoureux&lt;br /&gt;
Meilleurs gueux&lt;br /&gt;
dit le hère&lt;br /&gt;
Meilleurs jeux&lt;br /&gt;
dit l’enfant&lt;br /&gt;
Meilleurs meuhs&lt;br /&gt;
dit la vache&lt;br /&gt;
Meilleurs noeuds&lt;br /&gt;
dit le marin&lt;br /&gt;
Meilleurs peus&lt;br /&gt;
dit l’ascète&lt;br /&gt;
Meilleurs queux&lt;br /&gt;
dit le Maître&lt;br /&gt;
Meilleurs voeux&lt;br /&gt;
dit celui qui n’a rien d’autre à faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Fournel, &lt;em&gt;Anthologie de l’OuLiPo&lt;/em&gt; (Gallimard, Poésie, 2009, p.
452)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>un fil d'Ariane qui ne mène nulle part</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/30/un-fil-d-Ariane-qui-ne-m%C3%A8ne-nulle-part</link>
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    <pubDate>Wed, 30 Dec 2009 01:49:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/.vinclair_barbares_s.jpg&quot; alt=&quot;vinclair_barbares.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et le corps ébloui se diffracte, et s'abîme - il se perd, dans les
innombrables fragments (des bris de verre, déboîtant la lumière) d'une
bouteille que la main, ainsi, n'a plus tenue. On ne sait pas de quoi cet
aveugle au miroir impossible mourra de s'aimer trop s'il écoute l'hymen de
l'océan déchirer sa membrane au coin des éboulis et, par ces béances, se
disperser les légendes du monde, ou (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un écho lui tiendrait lieu d'origine (sur la peau des éclaboussures de vin
en retracent la mémoire, le sang des mythes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main inutile, à la prise d'un schème où gazouillait jadis Tout, aboli,
reste le noeud d'un hymne sans chiffre. Je dis : ouvre ta gorge, Popée,
chante. (p. 16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popée va-t-en mêler tes larmes d'aveugle aux gouttes délogées qui payent, de
honte et en silence, la rançon du chaos, - presque rien. Mais j'oublie que tu
saignes, toi aussi, et tu dis : je suis le clochard de l'Être. Que le sang
de personne que tu laisses derrière toi est un fil d'Ariane qui ne mène nulle
part, sinon à la déchirure elle-même ? Que tu vis dans les éclats. Pas
dans un labyrinthe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour, la boue remplace la terre. Doucement, ses pieds s'engouffrent au
fond des herbes vierges, coloriés par la vase. Il disparaît derrière les
falaises - je chante. (p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Vinclair, &lt;a href=&quot;http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=36315&amp;amp;levelCode=litterature&quot;&gt;
Barbares&lt;/a&gt; (Flammarion, Poésie, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Un triptyque composé d’une épopée, d’une tragédie et d’un cantique »,
selon l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://vinclairpierre.wordpress.com/qui/&quot;&gt;Pierre Vinclair&lt;/a&gt; est
né en 1982 à Aurillac. Il enseigne la philosophie à Rennes et a publié :&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.obiwi.fr/culture/1603-l-armee-des-chenilles-de-pierre-vinclair&quot;&gt;L’Armée
des chenilles&lt;/a&gt; : roman (Gallimard, 2007)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.martinesonnet.fr/blogwp/?p=2103&quot;&gt;Ce monde en
train&lt;/a&gt; : recits (La Part commune, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est actuellement en résidence à la villa Kujoyama, à Kyoto, où il tient
un blog, &lt;a href=&quot;http://vinclairpierre.wordpress.com/&quot;&gt;Pierre Vinclair au
Japon&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/11/barbares-de-pierre-vinclair-lecture-de-florence-trocm%C3%A9.html&quot;&gt;
l'analyse critique de ce recueil&lt;/a&gt; par Florence Trocmé, la &lt;a href=&quot;http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/10/pierre-vinclair.html&quot;&gt;notice
Poezibao&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/10/anthologie-permanente-pierre-vinclair.html&quot;&gt;
d'autres extraits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.lecorridorbleu.fr/Blog/2009/07/04/un-poeme-de-pierre-vinclair/&quot;&gt;un
poème sur ré pon nou&lt;/a&gt;, le blog des éditions du corridor bleu, et &lt;a href=&quot;http://www.t-pas-net.com/libr-critique/?p=1271&quot;&gt;un autre&lt;/a&gt; chez
libr-critique.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>lire en profondeur</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/23/lire-en-profondeur</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:3d6348b2aecd779604bf9103c4631c0b</guid>
    <pubDate>Sat, 26 Dec 2009 23:36:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/.tavares_monsieur_kraus_m.jpg&quot; alt=&quot;tavares_monsieur_kraus.gif&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Kraus quitta le journal de bonne humeur. Il savait que, par les
temps qui couraient (à reculons ? de travers ?), « la seule façon
objective de commenter la vie politique, c'était d'en faire la satire ». (p.
9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Chef aimait le changement parce qu'il n'aimait pas rester à ne rien
faire. Et il n'aimait pas rester à ne rien faire parce qu'il aimait le
changement. Telle était sa position sur la question. Le Chef pouvait faire
siennes des positions différentes, mais sur d'autres sujets. Sur le fait de
rester à ne rien faire ou de passer à l'action, il avait adopté cette position.
Ces deux positions.&lt;br /&gt;
Il essayait d'alterner. Il tirait fierté tantôt de l'une, tantôt de l'autre. Le
Chef disait :&lt;br /&gt;
- On appelle ça la propriété commutative du langage. De même que deux plus
trois égale trois plus deux, ne pas aimer rester à ne rien faire égale aimer le
mouvement. Tout comme aimer le mouvement égale ne pas aimer rester à ne rien
faire. Je ne sais pas si vous m'avez bien compris.&lt;br /&gt;
Les deux Assesseurs avaient compris.&lt;br /&gt;
- Donc, dit le Chef, en, désignant l'un d'eux, vous !&lt;br /&gt;
- Moi ?&lt;br /&gt;
- Oui, vous !&lt;br /&gt;
- Qu'est-ce que j'ai fait ?&lt;br /&gt;
- Rien. C'est justement le problème. Il faut faire quelque chose. On ne peut
pas rester sans rien faire. Je vous ai déjà expliqué l'idée de propriété
commutative ?&lt;br /&gt;
- Oui, Chef. On a adoré ! Ça fait cinq. Trois, plus deux, ça fait
cinq.&lt;br /&gt;
- Visiblement, vous n'avez rien compris. Ce qui importe, ce n'est pas le
résultat, c'est le mouvement. Vous saisissez ?&lt;br /&gt;
Les deux Assesseurs avaient parfaitement saisi. Pour la deuxième fois.&lt;br /&gt;
- Bien. Maintenant, tous les deux, vous allez vous asseoir et vous allez taper
par terre avec vos pieds, sans relâche, jusqu'à ce que je vous dise d'arrêter.
Allez, vous tapez jusqu'aux prochaines élections !&lt;br /&gt;
- Quelle belle idée, Chef. (p. 25-26)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- De ce côté-là, des hommes obéissant aux ordres du Chef tirent sur les
oiseaux les plus lents, dit monsieur Kraus.&lt;br /&gt;
De ce côté-ci, le Chef ramasse un ou deux oiseaux blessés et, au vu et au su de
tous, décide de les soigner, avec dévouement, en se consacrant exclusivement,
jour après jour, à leur complet rétablissement. Sauver au moins l'un de ces
oiseaux devient alors une obsession.&lt;br /&gt;
Un homme ingénu pourra penser qu'il eût été plus simple de commencer par ne pas
donner l'ordre de tirer sur les oiseaux. Pourtant, l'année suivante, le
processus se répétera. (p. 49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Lire en profondeur... murmura monsieur Kraus.&lt;br /&gt;
Un politicien ne lit pas de livres, dans le meilleur des cas il lit les titres.
Avec les gens, il fait pareil. (p. 101)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gonçalo M. Tavares, &lt;a href=&quot;http://www.viviane-hamy.fr/fiche-ouvrage.asp?O=245&quot;&gt;Monsieur Kraus et la
politique&lt;/a&gt; (Viviane Hamy, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toujours aussi savoureux que les deux volumes précédemment traduits,
&lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/13/seul-completement-seul-comme-toujours&quot;&gt;Monsieur
Valéry&lt;/a&gt; (Viviane Hamy, 2008) et &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/09/29/aujourd-hui-l-insignifiant-sera-bleu&quot;&gt;Monsieur Calvino et la
promenade&lt;/a&gt; (Viviane Hamy, 2009), la suite des évocations par &lt;a href=&quot;http://goncalomtavares.blogspot.com/&quot;&gt;Gonçalo M. Tavares&lt;/a&gt; des habitants de
son « bairro » en forme de bibliothèque idéale. Le « Chef »
évoque furieusement certain(s) dirigeant(s) actuel(s) de notre pays, et, dans
ce volume-ci, on trouve en prime une postface d’Alberto Manguel.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>dans l'espèce le corps te persécute</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/23/dans-l-esp%C3%A8ce-le-corps-te-pers%C3%A9cute</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:a02f54fa882c6154c4ca70af2edca442</guid>
    <pubDate>Wed, 23 Dec 2009 23:04:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/.brosseau_espece_s.jpg&quot; alt=&quot;brosseau_espece.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;S'il ne faut plus dire&lt;br /&gt;
La sentence ou le panthéon&lt;br /&gt;
La mort ou le rat&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'espèce,&lt;br /&gt;
Plus fin que l'homme, l'âme, la triste,&lt;br /&gt;
Plus illustre que les crustacés&lt;br /&gt;
Plus tenace que les abeilles hésitantes&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne faut plus dire&lt;br /&gt;
Les espèces ou la multiplicité&lt;br /&gt;
L'un dans l'autre,&lt;br /&gt;
La fuite en contre-jour (p. 17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il fallait dire les signes de la parole,&lt;br /&gt;
Et s'il fallait être la parole par son silence,&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que, dans l'espèce, le corps&lt;br /&gt;
Te persécute, il me faut lui signifier&lt;br /&gt;
Qu'il est une mer des tremblements,&lt;br /&gt;
Un lieu d'être en son absence,&lt;br /&gt;
Une excitation, c'est-à-dire,&lt;br /&gt;
Un refus qui se nie infiniment,&lt;br /&gt;
Un corps meurtri,&lt;br /&gt;
Rouleau d'algues et de rats tremblants,&lt;br /&gt;
Qui se rongent, la carcasse, qui se tremblent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absente figure de l’espèce,&lt;br /&gt;
Il n’y a plus d’espèce,&lt;br /&gt;
Que son témoignage (p. 43-44)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathieu Brosseau, &lt;em&gt;L’espèce&lt;/em&gt; (Mots Tessons, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aux éditions &lt;a href=&quot;http://motstessonsed.canalblog.com/&quot;&gt;Mots Tessons&lt;/a&gt;
également, un joli petit livre 10 par 15 qui arpente les espaces de l'espèce en
posant successivement deux questions :&lt;br /&gt;
« Et s'il ne fallait plus dire&lt;br /&gt;
Que les signes du silence ? » (p. 15)&lt;br /&gt;
« Et s'il fallait dire l'absence&lt;br /&gt;
Quels seraient les signes du silence ? » (p. 37)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une belle préface de Fabrice Thumérel, dont on peut lire aussi un
&lt;a href=&quot;http://www.t-pas-net.com/libr-critique/?p=1539&quot;&gt;article dans
libr-critique&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathieu Brosseau est né le 23 décembre 1977 à Lannion. Il est bibliothécaire
à Paris et anime la revue en ligne &lt;a href=&quot;http://www.plexus-s.net/&quot;&gt;plexus-s&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Il a publié :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;L’Aquatone&lt;/em&gt; (La Bartavelle, 2000)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/12/29/le-defini-n-est-pas-l-oppose-de-l-infini&quot;&gt;Surfaces :
Journal perpétuel&lt;/a&gt; (Caractères, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Dis-moi&lt;/em&gt; (La Rivière échappée, 2008)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/03/03/sur-le-rythme-de-la-pensee-nous-nous-inventons&quot;&gt;La
Nuit d’un seul&lt;/a&gt; (la Rivière échappée, 2009&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://publie.net/tnc/spip.php?article260&quot;&gt;UNS&lt;/a&gt; (publie.net,
2009)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.mathieubrosseau.com/&quot;&gt;le site / blog de Mathieu
Brosseau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>essaimer comme dispositif ou colonie</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/23/essaimer-comme-dispositif-ou-colonie</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b526b461740af17495d49d7bf673ddaf</guid>
    <pubDate>Wed, 23 Dec 2009 01:24:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a des phrases qui façonnent et celles qui racontent. Les premières
appellent la constance, les secondes le changement. Le langage définit ainsi
deux manières de vivre : apprendre à obéir, ou apprendre à naître. Passé
le cap de choisir, arrive la littérature dépourvue de fonction, et la solitude
heureuse. Avec elles, la liberté de se tromper, comme celle de quitter l’humain
pour l’animal. (p. 11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont ni le corps, ni l'esprit, qui parlent, mais leurs masses fondues
sous le blindage d'une fonction commune, partagée entre ligne de défense et
ligne de front. Quelqu'un agite la langue entre l'index et le majeur en V. Il
reprend cette idée de fusion, de communion, mais de façon obscène, comme l'y
pousse son statut, et la présence des autres subalternes. (p. 13)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/.rahmy_dussel_cellules_souches_s.jpg&quot; alt=&quot;rahmy_dussel_cellules_souches.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nullité de la tentative qui prétendrait dépasser la description, nullité de
la description. Ecrire ne se peut qu'en l'absence d'histoire. Il ne s'agit pas
de raconter, mais d'occuper une position, et d'implanter des racines, ou des
neufs, sans considération pour l'idée de patrie, d'antériorité, de bon droit.
Se précipiter sur chaque terre vierge à portée. Essaimer, ne plus exister en
tant que personne, mais comme dispositif, essaim ou colonie. L'affirmation de
soi disparaît au profit d'une obstination collective où les relations se nouent
et se dénouent à la vitesse de l'éclair. Explosions d'écailles, horde
filandreuse, étirée le long du fleuve dont la boucle brille au soleil ; il
semble qu'un pouvoir opère encore, mais rien ne dit qu'il concerne les humains.
Des milliards de sardines font un va-et-vient au large de l'Afrique australe,
portées par un réflexe fossile qui les menait jadis très loin, vers le nord,
lorsque les eaux glaciaires emplissaient les océans, mais qui les pousse
désormais au-devant des courants chauds de l'équateur, contre lesquels elles
rebondissent avant de faire demi-tour, livrées aux prédateurs, baleines,
requins, dauphins, phoques, cormorans et toutes sortes de poissons tropicaux
affamés. Comme ce banc innombrable, l'écriture perpétue l'éclosion de vies
aberrantes et sacrifiées. Quelle que soit la langue, les mots parasitent un
hôte aveugle sourd et muet, un mouvement sans corps, mais tangible comme le
sexe. Surgi du fond des âges, ce vecteur pointe son épine sur les troupeaux
agenouillés. Arrosé de beurre fondu, de blé cuit avec de la viande, il est
couvert de mouches dont les yeux sont nos étoiles. Peu importe qu'on soit d'ici
ou d'ailleurs, nos sacs sont vides et nos chèvres sont sèches à force de
marcher. Nous nous sommes lavés dans la mort, mais le monstre ne laisse sortir
personne (p. 15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Rahmy &amp;amp; Stéphane Dussel, &lt;em&gt;Cellules souches&lt;/em&gt; (Mots
Tessons, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une écriture pleine de lignes de fuite pour dire les lignes de défense, les
lignes de faille et les lignes de front du corps et de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://remue.net/spip.php?rubrique201&quot;&gt;Philippe Rahmy&lt;/a&gt; est né le
5 juin 1965.&lt;br /&gt;
Il est l’un des membres fondateurs de &lt;a href=&quot;http://remue.net/&quot;&gt;remue.net&lt;/a&gt;
et a publié notamment :&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.cheyne-editeur.com/grands_fonds/rahmy_mouvement.htm&quot;&gt;Mouvement par
la fin. Un portrait de la douleur&lt;/a&gt; (Cheyne, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.cheyne-editeur.com/grands_fonds/rahmy_demeure_corps.htm&quot;&gt;Demeure le
corps. Chant d’exécration&lt;/a&gt; (Cheyne, 2007)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.publie.net/tnc/spip.php?article148&quot;&gt;SMS de la cloison&lt;/a&gt;
(publie.net, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vient de créer son blog, &lt;a href=&quot;http://kafkatransports.net/&quot;&gt;kafkaTransports. Fret littéraire&lt;/a&gt;, au titre
tout aussi magnifique que celui du présent livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cellules souches&lt;/em&gt; est l’un des premiers livres des éditions &lt;a href=&quot;http://motstessonsed.canalblog.com/&quot;&gt;Mots Tessons&lt;/a&gt;, créées par Armand Dupuy
et Stéphane Dussel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.t-pas-net.com/libr-critique/?p=1539&quot;&gt;un article de
Fabrice Thumérel&lt;/a&gt; (libr-critique)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>dans la prostration du langage</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/20/dans-la-prostration-du-langage</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:5eec81c303d17b8604cde1c09daba2c6</guid>
    <pubDate>Sun, 20 Dec 2009 03:57:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/chauvier_Crise.jpg&quot; alt=&quot;chauvier_Crise.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la litanie de l'époque est éloquente.&lt;br /&gt;
« C'est la crise pour tout le monde. La crise financière secoue les
économies. Elle modifie notre existence. Comment faire pour l'affronter ?
Elle altère de deux points le moral des Français. Il va falloir adapter nos
modes de vie. La fin de la crise n'est pas pour demain. Elle est pour demain.
La crise de système est devenue une crise de confiance. »&lt;br /&gt;
Toutes ces phrases d'experts autoproclamés, que vous entendez dans les médias,
ont pour point commun de ne spécifier aucun contexte. Je peux aussi bien
remplacer le mot « crise » par le mot « dieu » ou par le
mot « diable », une question demeure : avez-vous une quelconque prise
sur la situation que désigne ce mot ? Si je reprends la dernière phrase,
soit « La crise de système est devenue une crise de confiance »,
pouvez-vous vous projeter distinctement dans ce « système », et comprendre
les liens réels qui le relient à votre existence ? Quant à cette
« crise de confiance », elle n'est pas plus claire. Qu'est-ce que cet
environnement glauque, sans localisation précise, où votre confiance serait en
berne ? Enfin, qu'est-ce que cette conversion d'une raison systémique en
raison psychologique ? Le manque de précision est évident. De quoi
parle-t-on au juste? Ces mots ne font référence à aucun contexte. Ce sont des
coquilles vides, qui planent très haut dans l'éther.&lt;br /&gt;
Mais personne ne relève ces carences. Dès le petit déjeuner, à la radio, ces
phrases diffusent une angoisse sourde, qui vous retient de clarifier leur
usage. Elles vous intimident et réduisent à néant votre potentiel critique face
à ce qui apparaît comme un incommensurable et affligeant déterminisme. La crise
existe comme les monstres sous les lits des enfants. Lorsque vous reprenez
ensuite ces arguments pour les échanger dans des conversations ordinaires, vos
propos intimidés deviennent à leur tour intimidants. Ils rendent illégitime la
critique sociale, et subsidiaires les questions touchant essentiellement au
vivre-ensemble. C'est ainsi que prend forme le consensus de crise : dans
la prostration du langage. C'est ainsi que toute disposition individuelle à la
vulnérabilité psychologique est travaillée au corps par le langage ordinaire,
par ces mots qui n'ont l'air de rien.&lt;br /&gt;
À un degré plus hollywoodien encore, cette intimidation peut devenir un
véritable instrument de communication, comme en attestent les récents propos
d'un ministre :&lt;br /&gt;
« Je crois qu'il est très malvenu d'aller manifester dans la rue alors que
nous sommes en pleine crise (...) il faudrait plutôt penser à se serrer les
coudes. »&lt;br /&gt;
Cette phrase vous atteint en vous culpabilisant. Sa rhétorique de l'urgence
vous fait percevoir que vous êtes, contre votre volonté, membre de
l'environnement de la crise. Mais pour que cette perception soit optimale, elle
doit rester imperméable au langage clarifié. Vous pourrez bien vous offusquer
de ces propos, ils vous atteindront profondément. Ils vous intimideront et vous
plongeront dans cette « nuit sans fin », inexprimable et inconcevable. Une
fois de plus : où vos mots s'éteignent, la crise apparaît. Pourtant, avec
un peu d'acuité, le message hollywoodien de ce ministre pourrait facilement
être retourné dans quelle mesure l'illusion métaphysique d'un déterminisme
affligeant nommé &lt;em&gt;crise&lt;/em&gt; est réalisé et entretenu afin de vous empêcher
de descendre dans la rue pour rappeler aux dirigeants de ce pays que vous
n'êtes pas responsables de la crise et n'avez pas à en faire les frais ?&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Vous n'êtes pas responsable de la crise et n'avez pas à en faire les
frais&lt;/em&gt;. Soit, mais se dégager de cette responsabilité suppose désormais de
parvenir à identifier les conditions de sa vulnérabilité au niveau individuel.
Par-delà le clivage opposant l'angoisse vécue au quotidien et le divertissement
qui la rend supportable, une alternative critique consiste à reprendre le cours
de la conversation pour tenter de désigner la « nuit sans fin » qui
vous terrifie. Déjouer l'illusion métaphysique du langage permet d'identifier
les limites de la crise économique mondiale à l'échelle I. Les effets
désastreux constatés dans la vie de chacun sont les fruits d'arrangements qui
n'ont rien d'ésotérique. Ces dérives financières s'inscrivent dans des
pratiques réelles qui prennent forme dans des lieux réels, comme ceux que
fréquente le ministre cité plus haut : des salles de conseil
d'administration de multinationales ou de banques, des conseils des ministres,
des salles de réunion des grands de ce monde (Fonds Monétaire International,
Banque mondiale, G20, etc.), des lieux plus informels dévolus à la réflexion ou
à l'apprentissage de la gestion de crise, etc. De même, le mot
« bourse » ne désigne pas un événement qui cause votre perte, mais un
lieu identifiable sur une carte, un lieu où l'on spécule, avec des salles de
conférences, de séminaires, des bars lounge où l'on parle clairement de l'état
du monde. Ceux qui occupent de tels lieux succombent moins que vous à
l'illusion métaphysique de la crise. L'intimidation y est plus rare, le langage
n'y connaît pas de fin. Ceux-là savent que la crise n'est pas satellisée dans
un ciel métaphysique, qu'elle n'est qu'une illusion résultant d'un consensus
d'intimidation qui interdit d'investir pratiquement en mots et, par là, en
actes, les lieux où se noue le théâtre des opérations.&lt;br /&gt;
Si, pour reprendre les mots de Claude Lévi-Strauss, « la crise est bonne à
penser », il reste à définir le cadre et la démarche de cette réflexion.
Laisser ce projet aux sciences économiques et aux sciences politiques revient à
occuper un niveau hollywoodien qui contribue à entretenir l'illusion
métaphysique. L'existence de chacun ne se renouvellera pas en profondeur sans
une clarification régulière de l'usage qui est fait du langage ordinaire.
Wittgenstein avait, en son temps, assigné ce projet à la philosophie - ce qui
constitue sa profonde modernité. Cet accès à la raison anthropologique de la
crise n'est pas la chasse gardée d'une élite de spécialistes. Elle est une
discipline de vie, une lanterne pour avancer dans les marais de ce que les
historiens et les politiciens nomment « civilisation ». Lorsque les mots
seront clairement prononcés, le temps sera venu de ne plus se faire
d'illusions.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Éric Chauvier, &lt;a href=&quot;http://www.alliaeditions.com/Catalogueview.asp?ID=469&quot;&gt;La Crise commence où
finit le langage&lt;/a&gt; (Allia, 2009, p. 40-46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: voir aussi : &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/11/14/c%E2%80%99est-que-du-bonheur&quot;&gt;C’est que du bonheur&lt;/a&gt;
(Allia, 2009)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>la moindre des politesses</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/13/la-moindre-des-politesses</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:40635ffe09208c9e65da9ff7d0fb739d</guid>
    <pubDate>Sun, 13 Dec 2009 15:07:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/.hokusai_the_sazai_hall_of_the_500_rakan_temple_m.jpg&quot; alt=&quot;hokusai_the_sazai_hall_of_the_500_rakan_temple.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si l’on peut s’imaginer avoir quelque chose d’important à dire, la moindre
des politesses consiste à faire sentir ― sans insister ― qu’on en doute
sérieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://lesideesheureuses.over-blog.com/pages/Qui_suisje_-1658690.html&quot;&gt;Didier
da Silva&lt;/a&gt;, « &lt;a href=&quot;http://haltela.over-blog.com/article-apophtegme-41068547.html&quot;&gt;Pense-bête&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;::: sur son nouveau blog &lt;a href=&quot;http://haltela.over-blog.com&quot;&gt;Halte
là&lt;/a&gt; : si comme moi vous étiez jadis fan des &lt;a href=&quot;http://lesideesheureuses.over-blog.com/&quot;&gt;Idées heureuses&lt;/a&gt; et que vous ne
l'avez pas encore découvert, précipitez-vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: quant au dessin, il est de François Matton : si vous ne connaissez
pas encore son « blog à dessin », &lt;a href=&quot;http://francois-matton.over-blog.com/&quot;&gt;Tout va bien&lt;/a&gt;, je vous conseille
aussi fortement une visite.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>que la nuit les verticales disparaissent</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/10/que-la-nuit-les-verticales-disparaissent</link>
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    <pubDate>Thu, 10 Dec 2009 03:06:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/mahgan_lepage.jpg&quot; alt=&quot;mahgan_lepage.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quand comme moi en tout cas on ne connaît de Paris que l’approche par train,
c’est comme intégrer la ville de l’intérieur même de la ville. Il n’y a pas ce
moment où la ville s’apparaît comme image éloignée, on dirait que la voie
ferrée se fraye diffcilement chemin entre les maisons et les hangars, dans les
arrière-cours. Les maisons hautes et grêles s’écartent de justesse du passage.
On passe devant des fenêtres mais on ne voit rien des intérieurs derrière
ombrés. On franchit sans doute les murs de la ville et presque aussitôt on
s’enfonce dans le noir des tunnels. On ouvrira finalement la ville de bas en
haut comme on lève une trappe. On se trouvera dans une gare, on se déplacera
sur des tapis roulants, on prendra le métro, on remontera à la surface. Et là
et seulement là on se dira : je suis à Paris. (p. 20-21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’était comme si la nuit aplatissait l’hôtel, en nivelait les hauteurs, les
hiérarchies. Le parking souterrain creusait sous le massif de l’hôtel comme un
val abîmant les constructions au-dessus. La nuit j’étais mon propre patron.
J’ouvrais une porte dérobée dans le parking, je fumais un joint, je continuais
ma ronde. Je balayais le hall, je longeais les corridors, je contournais la
piscine. Mes déplacements étaient lents. J’avais beaucoup de temps, trop de
temps. Je hantais le café-bar plusieurs heures la nuit. J’apprenais à vivre au
pied d’un massif, dans l’idée de vallée. Banff tout entière avait été bâtie
vallée. La nuit les montagnes disparaissaient, reparaissaient le jour. J’avais
grandi au contraire sur des plateaux, où la montagne disparaît le jour, on est
dessus mais on ne la voit pas, et surgit brusquement dans les peurs et les
rêves, dans la possibilité d’un précipice et d’un gouffre. J’apprenais à vivre
dans une vallée, dans une ville-vallée, où la nuit camoufle les massifs et où
le val n’est plus surgissement et descente et vitesse mais marche et
déambulation et lenteur. Je venais du haut de la montagne et je ne savais rien
du pied de la montagne, pour moi le pied de montagne c’était une coulée noire
et inhabitée, et l’idée qu’on puisse habiter au pied d’une montagne m’a
toujours paru mystérieuse. Donc je ne comprenais rien à la ville-vallée. Et je
n’avais rien pour m’aider à m’approprier la ville-vallée. Alors je me perdais
tranquillement dans la ville-vallée. Je me soumettais aux ordres de la
ville-vallée. Mais qu’est-ce que je croyais ? Non mais qu’est-ce qu’on
croit ? Ça ne va pas de soi tout ça, la ville-vallée et son organisation.
Ça ne va pas du tout de soi. Que le niveau de la chaussée, vitrines, hall,
commerces, soit tissé de signes anglais et japonais et de signes de dollars.
Que la langue française soit mise en commun et élevée en nombre dans la salle
souterraine. Qu’un parcours dans la ville soit translation sur la rue
principale comme au long d’un talweg. Que la nuit les verticales disparaissent
et les groupes s’entrechoquent dans les bars du centre-ville. Que cette ville
enfin au bout de votre translation vous jetait aussi facilement qu’elle vous
avait pris, et vous remplaçait aussi vite. (p. 64-65)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’avion c’est la ville. Cela monte et redescend sur le béton et le verre,
comme s’il n’y avait entre de prairies et de lacs et de forêts. Dans l’avion on
n’a pas l’impression d’avancer comme sur la route. On reste quelques heures
immobile au-dessus de la ville, on redescend. La ville a changé, mais c’est
toujours la ville. La première fois que j’ai pris l’avion je devais avoir
environ six ans. Mes parents m’avaient envoyé à Montréal pour subir une
opération à l’œil. L’avion décollait de l’aéroport de Charlot, au
Nouveau-Brunswick. Mes parents étaient restés sur la piste. Ma mère me
rejoindrait par la route quelques jours plus tard. Un oncle allait me cueillir
à l’aéroport de Montréal. Je portais au cou une cocarde avec l’inscription
ENFANT TOUT SEUL. Je me rappelle la vue du tapis de nuages à travers le hublot.
J’ai longtemps douté de cette vision, l’avion volait-il vraiment au-dessus des
nuages ? À Montréal j’avais raté ma descente d’avion. Tout le monde était
sorti, moi je ne savais pas quoi faire, j’étais un enfant tout seul. Je restais
assis. Finalement un agent de bord est venu, il m’a pris par la main et m’a
guidé dans les allées. Je n’avais pas compris encore que j’étais sorti de
l’avion. Il n’y avait pas eu de transition par l’extérieur. Pour moi c’était
toujours l’avion. Puis je me suis retrouvé dans une très grande salle, très
complexe, bruyante et lumineuse, et j’ai su que j’étais sorti de l’avion. Mon
oncle m’attendait. Il m’a dit Tu n’as pas de manteau ? C’était l’hiver. On
a attendu longtemps, des agents sont revenus avec mon manteau, je l’avais
laissé dans l’avion sans comprendre que j’en sortais. Et est-ce que le corps
comprend jamais, même plus tard adolescent ou adulte, ce sont les mêmes salles,
les mêmes sièges, l’avion c’est passer simplement d’un couloir à un autre, on
oublie toujours son manteau. (p. 67-68)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mahigan Lepage, &lt;a href=&quot;http://www.publie.net/tnc/spip.php?article286&quot;&gt;Vers
l’ouest&lt;/a&gt; (publie.net, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avaler l’asphalte - découvrir, parcourir et habiter des villes - et repartir
vers l’ouest - en un seul long paragraphe haletant pour road-movie
désenchanté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mahigan Lepage est québécois. Pour l’instant son blog, &lt;a href=&quot;http://mahigan.ca&quot;&gt;Le dernier des Mahigan&lt;/a&gt;, est en panne et fait planter
firefox, mais on espère que cela ne durera pas…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: en attendant on peut en profiter pour &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1971&quot;&gt;se promener dans la
nouvelle interface&lt;/a&gt;, très réussie, de &lt;a href=&quot;http://www.publie.net&quot;&gt;publie.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>il n'y a pas de notice</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/08/il-n-y-a-pas-de-notice</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b6b5ed69901d5e93add72ed1140bc4c9</guid>
    <pubDate>Tue, 08 Dec 2009 02:35:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/ovalde_vera_candida.jpg&quot; alt=&quot;ovalde_vera_candida.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas être prise de pleurs ou d'un découragement paralysant (Tiens
voilà, je m'écroule ici au milieu de cette place, je ne suis plus qu'un tas
d'étoffes, je disparais même de ce tas d'étoffes, dans quelques heures quand
ils le soulèveront au moment du nettoyage de la place, ils ne découvriront rien
d'autre, je me serai volatilisée), Vera Candida lissa l'intérieur de son crâne,
elle en fit une coquille vide et parfaite, à la surface aussi polie et douce
que la nacre d'un coquillage. Ce fut la condition pour ne pas retourner sur ses
pas et pour se remettre en marche, la mémoire neuve et le crâne dépeuplé. Elle
voulait traverser ce bout d'océan, trouver la cousine à l'auberge espagnole et
se débarrasser du bébé qui grandissait dans ses entrailles. Elle ne pourrait
rien faire de tout cela si elle était emplie de remords. (p. 88)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vera Candida resta interdite dans le couloir et se souvint de ce que disait
sa grand-mère Rose Bustamente, Dans la vraie vie, on ne comprend pas toujours
tout, il n'y a pas de notice, il faut que tu te débrouilles pour faire le tri.
(p. 150)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vies se transforment en trajectoires. Les oscillations, les hésitations,
les choix contrariés, les déterminations familiales, le libre arbitre réduit
comme peau de chagrin, les deux pas en avant trois pas en arrière sont tous
gommés finalement pour ne laisser apparaître que le tracé d'une comète. C'est
ainsi qu'Itxaga devint peu à peu ce qu'il est encore et que, de loin, on ne
pouvait lui imaginer une autre vie que la sienne. (p. 227)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Véronique Ovaldé, &lt;a href=&quot;http://www.bibliosurf.com/Ce-que-je-sais-de-Vera-Candida&quot;&gt;Ce que je sais de
Vera Candida&lt;/a&gt; (L’Olivier, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’histoire, dans une l'île imaginaire de Vatapuna, d’une lignée de quatre
femmes qui se battent contre la fatalité, dans une écriture très singulière,
mélange, acidulé et empoisonné, de burlesque et de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Véronique Ovaldé est née en 1972.&lt;br /&gt;
Elle travaille dans l'édition et a publié auparavant :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Le Sommeil des poissons&lt;/em&gt; (Seuil, 2000)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Toutes choses scintillant&lt;/em&gt; (L'Ampoule, 2002)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Les hommes en général me plaisent beaucoup&lt;/em&gt; (Actes Sud, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Déloger l'animal&lt;/em&gt; (Actes Sud, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/04/14/le-danger-est-dhyperventiler&quot;&gt;Et mon cœur
transparent&lt;/a&gt; (L’Olivier, 2007) Prix du livre France Culture –
Télérama.&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Ce que je sais de Véra Candida&lt;/em&gt; (L’Olivier, 2009) a obtenu le
Renaudot des lycéens et le Prix du Roman France Télévisions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/2009/08/22/veronique-ovalde-un-pied-dans-lhistoire-lautre-dans-la-feerie&quot;&gt;
Hubert Artus&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Rue89&lt;/em&gt;, 22 août 2009)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.cuneipage.com/archive/2009/08/22/ce-que-je-sais-de-vera-candida-veronique-ovalde.html&quot;&gt;
Cuneipage&lt;/a&gt;, 22 août 2009&lt;br /&gt;
::: un &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/livres/0101587267-candida-a-son-conte&quot;&gt;article de
Philippe Lançon&lt;/a&gt; et un &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/livres/1201172-dialoguez-avec-veronique-ovalde&quot;&gt;entretien&lt;/a&gt;
(&lt;em&gt;Libération&lt;/em&gt;, 25 août 2009).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>observatoire des réalités non ordinaires</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/06/observatoire-des-r%C3%A9alit%C3%A9s-non-ordinaires</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:9e23e5ec9d0a49e8c326f4bd44aed5c6</guid>
    <pubDate>Sun, 06 Dec 2009 02:38:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/.quintreau_mandalas_s.jpg&quot; alt=&quot;quintreau_mandalas.gif&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il avait pourtant tout essayé. &lt;em&gt;Mantras&lt;/em&gt;, marche à pied, méditations
en tout genre. Mais aucune des techniques que lui avait apprises Zangpô ne lui
était à présent d'une quelconque utilité pour se défendre contre celles que le
maître appelait les &lt;em&gt;ennemies publiques numéro un du bonheur&lt;/em&gt; : les
Pensées. Si ingénieuses, si inventives quand elles s'occupaient de science, de
techniques ou d'organisation du quotidien, ces petites cheftaines avaient
tendance à faire valoir leurs droits dans toutes les sphères de l'existence,
surtout là où elles n'avaient aucune légitimité. Et encore plus lorsqu'elles
achoppaient sur un problème qu'elles étaient censées résoudre. Non contentes de
leur incompétence, elles finissaient par dérégler l'ensemble du système,
créant, par leur prolifération, insomnies, dystonies neurovégétatives,
dyspepsies, crises de tachycardie. Il leur faudrait une bonne guerre. Une
&lt;em&gt;blitzkrieg&lt;/em&gt;. Un truc comme une machine à décerveler. Une société
anonyme d'actions non cotées en Bourse qui lutterait contre la logique
boursière. Maintenant, à quoi pourrait ressembler cette machine à
décerveler ? Des comprimés à ingurgiter ? Ça existait déjà, ça
s'appelait des médicaments ! Des écrans à regarder ? Ça existait
déjà, ça s'appelait la télé ! (p. 257-258)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OBSERVATOIRE DES RÉALITÉS NON ORDINAIRES (APRÈS UN JEÛNE DE DEUX JOURS ET
UNE TECHNIQUE YOGIQUE DE CONTEMPLATION CONTINUE DE LA PLACE)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Date : le 28 août à 20 heures&lt;br /&gt;
Lieu : terrasse du café Saint-Sulpice, Paris 6e&lt;br /&gt;
Temps chaud et sec&lt;br /&gt;
Je fixe un arbre sans ciller&lt;br /&gt;
Des personnes passent comme en surimpression&lt;br /&gt;
Une jeune femme, une autre, un vieil homme et un enfant, deux autres
femmes&lt;br /&gt;
Toujours l'arbre&lt;br /&gt;
Des voitures passent, fixer l'arbre&lt;br /&gt;
D’autres passants&lt;br /&gt;
Passe un bus&lt;br /&gt;
Yeux qui pleurent, tenir bon&lt;br /&gt;
Toujours l'arbre, bruits de klaxon&lt;br /&gt;
L'arbre&lt;br /&gt;
Arrêter, mal aux yeux&lt;br /&gt;
Maintenant l'église&lt;br /&gt;
Je fixe l'église sans ciller&lt;br /&gt;
Les voitures continuent de passer&lt;br /&gt;
Devant l'église, quelques clochards, ils se chamaillent&lt;br /&gt;
Je fixe l'église, mes yeux pleurent, je tiens bon comme j’ai tenu bon ces deux
derniers jours pour le jeûne, je ne bats pas des paupières, toujours
l'église&lt;br /&gt;
Ciel magnifique, lumière orangée&lt;br /&gt;
Des passants se découpent dans cette lumière sidérale&lt;br /&gt;
Toujours l'église, elle vibre au milieu de l'air&lt;br /&gt;
Elle se gondole comme sous l'effet d'un psychotrope puissant, et pourtant je
n'ai rien pris, je n'ai même pas bu une goutte d'alcool&lt;br /&gt;
Où va la beauté du monde ?&lt;br /&gt;
Douleur, pleurs, je suis obligé de fermer les yeux&lt;br /&gt;
Les passants, je me décide à les fixer&lt;br /&gt;
Un, deux, trois, quatre, ils passent dans mon champ de vision et
disparaissent&lt;br /&gt;
Vertige et tristesse du monde&lt;br /&gt;
Je fixe une grande blonde, quelle partie au juste ? Elle est déjà
partie&lt;br /&gt;
Je fixe un couple de quinquagénaires, ils mangent une glace, déjà
disparus&lt;br /&gt;
Je fixe un photographe qui s'est arrêté pour prendre un cliché de
l'église&lt;br /&gt;
Je fixe son visage de dolichocéphale rasé&lt;br /&gt;
Je fixe&lt;br /&gt;
Tout à coup, son visage explose, comme s’il se confondait avec le monde
extérieur&lt;br /&gt;
Phénomène visuel plus curieux encore, les personnes qui passent m'apparaissent
comme des taches remuantes à la façon d'amibes qui se mélangent les unes aux
autres&lt;br /&gt;
des larmes&lt;br /&gt;
trop de larmes&lt;br /&gt;
m'obligent à arrêter&lt;br /&gt;
…&lt;br /&gt;
(p. 308-310)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Quintreau, &lt;a href=&quot;http://www.denoel.fr/Denoel/Control.go?action=rech&quot;&gt;Mandalas&lt;/a&gt; (Denoël,
2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La méditation emprunte d’étranges cercles, Perec est réécrit sous peyotl,
des vies s’entrecroisent en formant des mandalas inédits … &lt;em&gt;Mandalas&lt;/em&gt;
est le deuxième roman de Laurent Quintreau, qui avait auparavant publié
&lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2006/08/30/une-autre-technique&quot;&gt;Marge&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2006/08/30/saloperie-de-corps&quot;&gt;brute&lt;/a&gt;
(Denoël, 2006).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>une vérité jumelle du mensonge</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/12/01/une-v%C3%A9rit%C3%A9-jumelle-du-mensonge</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:5347d00b6e0d4140c48cdcff29120ea5</guid>
    <pubDate>Tue, 01 Dec 2009 01:51:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/toussaint-verite-sur-Marie.jpg&quot; alt=&quot;toussaint-verite-sur-Marie.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nos regards se croisèrent, et je fis un pas en avant pour rejoindre Marie,
mais je fus arrêté par le tourniquet, et je compris d'instinct que je ne
pourrais pas passer, sans même devoir demander l'autorisation aux hôtesses. Je
continuais de regarder Marie dans les yeux, Marie qui s'éloignait de moi, à la
fois immobile et en mouvement sur les marches de l'escalator, comme prisonnière
d'un soudain engourdissement du réel, d'un appesantissement du monde, Marie,
paralysée, incapable d'aller dans le sens contraire de la marche et de revenir
vers moi, de braver les convenances et de redescendre l'escalier roulant à
contresens en se tenant à la rampe, luttant à contre-courant pour venir me
rejoindre et m'étreindre sous les yeux effarés des témoins. Je voyais Marie
s'éloigner de moi au rythme lent de l'escalator qui montait - Marie, immobile,
de la détresse dans les yeux - je ne pouvais pas la retenir, je ne pouvais pas
l'atteindre, j'étais bloqué au pied de l'escalator, et elle ne pouvait pas me
rejoindre, elle ne me faisait aucun signe, le visage perdu, triste, qui
s'éloignait de moi au rythme de l'escalator qui montait. Je la regardais
s'éloigner de moi avec le sentiment qu'elle était en train de passer sur une
autre rive, qu'elle s'éloignait vers l'au-delà, un audelà indicible, un au-delà
de l'amour et de la vie, dont je devinais les profondeurs rougeoyantes en haut
de l'escalator, derrière les portes capitonnées des salons privés de
l'hippodrome. L'escalator les menait vers ces territoires mystérieux auxquels
je n'avais pas accès, l'escalier roulant était le vecteur de leur passage, un
Styx vertical - marches métalliques striées verticalement, rampe en caoutchouc
noir - qui les emportait vers l'Hadès.&lt;br /&gt;
Marie ne bougeait pas, les yeux voilés, fixes, absents, elle se laissait
emporter par l'escalator, impuissante, triste et passive, et moi ne la quittant
pas des yeux, contournant l'escalator et marchant à côté d'elle pour maintenir
constante la distance qui nous séparait, mais la sentant irrémédiablement
s'éloigner de moi, continuant de la suivre des yeux pour ne pas la laisser
disparaître de ma vue, sentant qu'elle était en train de m'échapper à jamais,
mais ne tentant rien non plus pour la rejoindre, ne cherchant pas à passer en
force l'obstacle du tourniquet pour essayer de l'arracher à son destin. Je
croyais, sur le moment, que c'était la dernière fois que je la voyais, je la
regardais s'éloigner lentement sur l'escalator, et j'avais envie de la serrer
une dernière fois dans mes bras pour un ultime adieu. J'eus alors, à l'instant,
la certitude que, si Marie disparaissait de ma vue maintenant, si elle passait
le seuil de ces lourdes portes capitonnées des salons privés de l'hippodrome,
ce serait la dernière fois que je la verrais - et qu'elle mourrait (mais ce que
j'ignorais alors, c'est que, si mon affreux pressentiment allait bien se
vérifier dans les mois à venir, ce n'était pas Marie qui allait mourir, mais
l'homme qui l'accompagnait). (p. 148-150)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je savais qu'il y avait sans doute une réalité objective des faits - ce qui
s'est réellement passé cette nuit-là dans l'appartement de la rue de La
Vrillière -, mais que cette réalité me resterait toujours étrangère, je
pourrais seulement tourner autour, l'aborder sous différents angles, la
contourner et revenir à l'assaut, mais je buterais toujours dessus, comme si ce
qui s'était réellement passé cette nuit-là m'était par essence inatteignable,
hors de portée de mon imagination et irréductible au langage. J'aurais beau
reconstruire cette nuit en images mentales qui auraient la précision du rêve,
j'aurais beau l'ensevelir de mots qui auraient une puissance d'évocation
diabolique, je savais que je n'atteindrais jamais ce qui avait été pendant
quelques instants la vie même, mais il m'apparut alors que je pourrais
peut-être atteindre une vérité nouvelle, qui s'inspirerait de ce qui avait été
la vie et la transcenderait, sans se soucier de vraisemblance ou de véracité,
et ne viserait qu'à la quintessence du réel, sa moelle sensible, vivante et
sensuelle, une vérité proche de l'invention, ou jumelle du mensonge, la vérité
idéale. (p. 165-166)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi curieux que cela puisse paraître, je plaisais à Marie, je lui avais
toujours plu. D'ailleurs, je m'étais aperçu que je plaisais, peut-être pas aux
femmes en général, mais à chaque femme en particulier, chacune croyant être la
seule, par sa perspicacité singulière, son regard pénétrant et son intuition
féminine, à repérer en moi des qualités secrètes qu'elles s'imaginaient être
les seules à pouvoir détecter. Chacune d'elles était en fait persuadée que ces
qualités invisibles, qu'elles avaient décelées en moi, échappaient à tout autre
qu'ellemême, alors qu'elles étaient en réalité très nombreuses à être ainsi les
seules à apprécier mes qualités secrètes et à tomber sous le charme. Mais, il
est vrai que ces qualités secrètes ne sautaient pas aux yeux, et que, à force
de nuances et de subtilités, mon charme pouvait passer pour terne et mon humour
pour éteint, tant l'excès de finesse finit par confiner à la fadeur.&lt;br /&gt;
En regagnant la Rivercina, j'avais tout de suite été malade en voiture, je
m'étais senti barbouillé dès que la route avait commencé à tourner. Marie avait
dû s'arrêter sur un promontoire, et j'étais sorti précipitamment de la voiture
pour me mettre à vomir (ah, quel séducteur, j'avais dû lui manquer). Les mains
sur les genoux, le front en sueur, j'étais pris de spasmes infructueux, ne
laissant plus échapper que de longs filets de salive élastiques qui coulaient
entre mes pieds sur le gravier. Marie s'était éloignée pour aller cueillir des
fleurs au bord de la route, elle était descendue dans le maquis et cheminait
avec insouciance à flanc de colline en composant un bouquet, croquant au
passage une tige de fenouil entre ses lèvres. Je l'avais dans mon champ de
vision, et j'imaginais avec délices la saveur fraîche que devait avoir le
fenouil sur sa langue. Lorsqu'elle vint me rejoindre, j'esquissai un sourire
pour m'excuser, avec la timidité conquérante qui me caractérise. (p.
169-171)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Philippe Toussaint, &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=2621&quot;&gt;La
Vérité sur Marie&lt;/a&gt; (Minuit, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques fragments pour faire goûter ce que j’aime dans l’écriture de
Jean-Philippe Toussaint, un subtil mélange de trivialité et de références
intertextuelles (très simoniennes ici - peut-être en raison de la présence
centrale du cheval), d’autosatisfaction et d’auto-dérision, de goût pour le
mensonge et de quête d'une vérité ultime, d’épuisement du réel et d’énergie
romanesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_dec09/toussaint.jpg&quot; alt=&quot;toussaint.jpg&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'occasion aussi de signaler (avec un peu de retard pour cause de
vacances!) la mise en ligne d’un &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1955&quot;&gt;nouveau&lt;/a&gt; site -
&lt;a href=&quot;http://www.jptoussaint.com&quot;&gt;http://www.jptoussaint.com&lt;/a&gt; - assez
original par sa forme et par la collaboration internationale qui lui a donné
naissance. La &lt;a href=&quot;http://www.jptoussaint.com&quot;&gt;vidéo&lt;/a&gt; réalisée lors
d'une soirée de lancement permet de comprendre comment il a été conçu. On y
trouve notamment de nombreux &lt;a href=&quot;http://www.jptoussaint.com/la-verite-sur-marie.html&quot;&gt;manuscrits, brouillons et
documents divers&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>va en cercles</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/11/20/va-en-cercles</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:4f7f993f53bcc044db8f985d3552622b</guid>
    <pubDate>Fri, 20 Nov 2009 02:26:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_nov_09/.macau_m.jpg&quot; alt=&quot;macau.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;7.&lt;br /&gt;
On arrive par la mer depuis Hong Kong, on est comme enivré par sa propre
émotion en face du paysage, devant cette expérience de beauté pure, de
splendeur simple, on vient de glisser pendant une heure entre des îlots
inhabités et une côte qui paraît déserte, inondée de lumière, pelée, dépourvue
d'arbres ; on n'a cessé de frôler une surface où rien n'ondule, d'un vert
de jade sombre, sur quoi les chalutiers de rencontre arborent des drapeaux
rouges et se balancent comme des jonques. Plus loin, à bâbord, il y a des
pirates, comme dans les livres d'aventure. En direction des Philippines, la
traversée n'est pas sûre ; mille équipages suspects écument le vide
immense - des pêcheurs réduits au banditisme, des déserteurs de la flotte
chinoise, des va-nu-pieds qui ont appartenu aux guérillas musulmanes et qui les
ont quittées, par manque de foi ou parce que, en quarante ou cinquante ans
d'activité, elles n'ont toujours pas obtenu de victoire décisive. Sur les flots
calmes, dans ce Sud de rêve, à l'écart de tout, on recense de temps à autre des
tueries à la Kalachnikov, au sabre, des abordages féroces. Le soleil scintille
au-dessus de ces massacres obscurs. Il scintille aussi sur les vaguelettes du
port, juste ici, au-delà des vitres de l'hydrofoil. L'hydrofoil ou le jetfoil,
ou le turbocat, ou le turbojet, la dénomination exacte importe peu, car pour le
passager rien ne les distingue. La chaleur vibre. À l'intérieur, l'air est
glacial et, sur le ponton de débarquement, la chaleur vibre. On arrive par la
mer à Macau, et, dans l'humidité brûlante qui asphyxie aussitôt, on sent qu'on
va enfin avoir le droit de dire adieu à tout, d'habiter ailleurs, le droit de
flotter en exotisme de nouveau et comme pour toujours, c'est-à-dire au moins
jusqu'à son dernier jour. Voilà ce qu'on sent: on est en terre d'accueil.
L'impression est immédiate et très forte. On est là où il fallait aller, à sa
place, dans un lieu d'exil idéal. Tu verras. Il est impossible que tu ne sois
pas sensible à cela, puisque toi aussi tu pars pour ne jamais revenir. On vient
de présenter son passeport à des jeunes femmes en uniforme qui ont oublié la
notion même du sourire, des policières qui ont autant de majesté que des
divinités ou des actrices, et, en réalité, on a jeté l'ancre dans la rade où on
compte décliner et mourir. Sans douleur déjà on est passé avec armes et bagages
au profond de la terre chinoise. Tu verras. Et toi aussi tu seras
fantastiquement à ton aise, dès la première minute, comme pour le dernier
voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.&lt;br /&gt;
Il en fallait, de la fidélité, de l'aveuglement volontaire, pour rester
amoureux de cet endroit !... Je l'avais découvert dix ans plus tôt sous sa
forme de bourgade coloniale, figée dans les années quarante, et ensuite je
l'avais vu se métamorphoser à grande vitesse en une affreuse banlieue, sous
l'impulsion de médiocres architectes qui par tous les moyens en arrachaient
l'âme séculaire, la vieille âme luso-asiate. Et je savais que bientôt, je
savais qu'aujourd'hui j'allais assister à la phase ultime de l'enlaidissement,
à la transformation du territoire en un terminal de fret, avec saunas et
maisons de jeu pour y entretenir encore une image négociable chez les
négociants en touristes. Je n'aimais pas cette vision de l'avenir proche, Macau
dont des prophètes de malheur annonçaient qu'il allait ressembler à un arrière
d'hypermarché combiné avec une gare de triage. Cela ne m'excitait pas l'esprit,
même quand je savais que je venais ici pour mourir. N'oublie pas que celui qui
te parle a connu la baie de Praia Grande, cette courbe parfaite où coulaient
les eaux jaunes, et n'oublie pas que lors de mes premiers voyages je débarquais
encore sous les ventilateurs coloniaux, dans les galeries sur pilotis de
l'ancien terminal du jetfoil, et n'oublie pas qu'alors sur l'île de Taipa la
plupart des maisons n'avaient pas plus d'un étage. À Taipa il fallait longer
des marais et de grands terrains vagues pour atteindre la clinique où était
enfermée Gloria. Taipa était vide. Il n'y avait rien, seulement un village
décrépit au bout de la route, et des palissades qui entouraient des chantiers
encore silencieux, où l'herbe peu à peu gagnait sur les poutrelles de plus en
plus rousses. C'était une année de Singe d'eau, puis ce fut une année de Coq,
d'eau, également, puis une année de Chien de bois. Je me doutais qu'un jour
cela n'existerait plus. Je me doutais bien qu'un jour il faudrait aimer ici
autre chose, d'autres mystères humains, d'autres corps. Un jour ici il faudrait
apprendre à aimer différemment, et peut-être accepter d'aimer le pire.&lt;br /&gt;
Or ce jour était advenu. Maintenant j'allais habiter ici de nouveau : non
pour un bref séjour de plus, mais pour une relégation vertigineuse. J'étais
revenu au cœur du passé. C'était une année de Lièvre. J'allais une fois encore
m'installer ici avec mes résidus de souvenirs, avec en tête des photographies
qui disaient autrefois, qui disaient l'interdit moite, la passion moite et de
longues attentes somnambulaires. Et j'apportais avec moi toujours les mêmes
rudiments grotesques de putonghua, et une fascination toujours intacte pour les
visages chinois, jamais déçue, et mon humeur passive, bonne pour l'écriture
d'inepties et pour nulle part. Quoi qu'il arrive, disais-je, il faut aimer
cette terre qui t'accueille. Il n'y a plus rien d'autre à tenter. Ne tente
rien. Admets la fin. C'est la dernière étape, tu vas te cacher là, tu vas te
dissoudre là. Quoi que cette terre ou toi aient déjà subi, même le pire, il
faut aimer cette terre encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.&lt;br /&gt;
Ne t'inquiète pas si l'espace à explorer est désormais très maigre. Les
plaisirs de la découverte ne dépendent que de toi. Tu peux à chaque instant
imaginer que tu ne connais rien, que ton regard est neuf. Tu n'as qu'à errer
ici comme un mort qui aurait préservé en lui toutes les instructions du
&lt;em&gt;Livre des morts&lt;/em&gt;. Tu transportes en toi des photogrammes magiques
capables d'alimenter tes rêveries chinoises jusqu'à ta fin, et même après.
Appelle en toi ces images. Tu te souviens des aventures que tu t'es racontées
ou que tu as vécues avant le voyage. Tu te souviens de la fin de l'année du
Coq, du début de l'année du Chien, de tes rencontres avec Gloria, des heures de
nuit, des heures de folie, des étreintes étranges, des phrases étranges.
Appelle en toi ce beau et douloureux théâtre. Tu sais marcher dans les rues
comme entre les pages d'un livre, tu as appris cela il y a longtemps, appelle
en toi cette science, réfugie-toi dans l'ombre qui brûle entre les murs. C'est
là. Va en cercles. Tu aimes ces rues. De toute façon, tes vaticinations
amoureuses sont assez fortes pour sécréter à chaque instant de nouvelles
racines, de nouvelles raisons de continuer l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Volodine, &lt;em&gt;Macau&lt;/em&gt; ; avec des photographies d’Olivier
Aubert (Seuil, 2009, p. 21-25)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Trois des 49 (!) chapitres de ce retour au « port intérieur » pour
vous donner envie de suivre l'errance ironique et tragique de Breughel dans un
Macau résolument post-exotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://auteurs.contemporain.info/antoine-volodine/&quot;&gt;Auteurs
contemporains.info&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.editions-verdier.fr/v3/auteur-bassmann-2.html&quot;&gt;Page des
éditions Verdier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.lutzbassmann.org/bio.html&quot;&gt;Lutz Bassmann&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://remue.net/spip.php?rubrique208&quot;&gt;Page remue.net&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2009/11/09/rv-du-samedi-a-la-bnf-antoine-volodine-macau-aux-editions-du-seuil/&quot;&gt;
BnF&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: et, sur &lt;em&gt;lignes de fuite&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2007/08/25/perceptible-par-toute-intelligence&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/04/22/ce-sera-inhabituel-et-magnifique&quot;&gt;là&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/04/23/deguise-en-lecteur&quot;&gt;là&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/06/12/je-suis-contenu-dans-une-peau&quot;&gt;là&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/06/12/charpente-en-desordre&quot;&gt;là&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/06/12/quelque-chose-se-charpente&quot;&gt;là&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/11/03/perversement-amoureuses-dune-musique-de-l-illisible&quot;&gt;là&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>des milliers de solitudes se livraient</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/11/18/des-milliers-de-solitude-se-livraient</link>
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    <pubDate>Wed, 18 Nov 2009 02:04:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_nov_09/.Carl_Spitzweg_alchimiste_1860_m.jpg&quot; alt=&quot;Carl_Spitzweg_alchimiste_1860.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Puis il capitula. Oh, les justifications ne manquèrent pas ! On faisait
maintenant des portables si discrets, si légers. Bon gré mal gré, on ne pouvait
échapper à son époque. Monsieur Spitzweg se garda bien dans un premier temps
d'évoquer sa seule motivation réelle. Elle portait l'étrange nom de blog. La
première fois qu'il entendit ce mot, Arnold haussa les épaules. Cela sonnait
comme une espèce de borborygme scandinave, moitié blizzard et moitié grog. Il
eut bientôt l'occasion d'écouter des commentaires consacrés à ce nouveau mode
d'expression.&lt;br /&gt;
- Si on tient un journal intime, ce n'est pas pour le propager sur les ondes
d'Internet !&lt;br /&gt;
Monsieur Spitzweg aurait dû se méfier de ce commentaire abrupt. Si seuls les
imbéciles ne changent pas d'avis, Arnold est loin de la bêtise. Il devrait
commencer à se connaître. Bientôt, mine de rien, il interrogea Clémence Dufour,
d'un ton faussement détaché. Comment faisait-on pour tenir un blog ?&lt;br /&gt;
- Rien de plus simple ! lui fut-il répondu.&lt;br /&gt;
Pour noyer le poisson, il fit mine de se poser des questions sur l'ampleur du
phénomène. Qui tenait des blogs ? Comment pouvait-on y accéder ?&lt;br /&gt;
Et certes, les premiers temps, il devint seulement lecteur de blogs. C'était
vertigineux. Depuis plus de quarante ans, Arnold avait appris à composer avec
la solitude. Et voilà que des milliers de solitude se livraient à portée de
clavier et d'écran, révélaient sans apprêt leur différence. Car Arnold évita
les blogs à caractère politique, érotique, thématique. Non, ce qui
l'intéressait, c'était le journal intime, jeté comme une bouteille à la mer sur
les ondes d'Internet. Il y avait pas mal de confessions fêlées, de paranoïa et
de schizophrénie. Dans la découverte de ces épanchements, parfois bien
embarrassants, Monsieur Spitzweg étaya le désir qui naissait en lui d'un blog
léger, baladeur, à la surface des choses, sans philosophie ni morale - celui
qu'il eût aimé lire, assurément. C'était désespérant de voir comment les gens
pensaient se dire en déballant à l'infini des tartines de psychologie, en
déplorant le cours défavorable du destin, en se situant dans une
histoire.&lt;br /&gt;
Arnold ne pénétrait pas ces existences qui ne donnaient rien à voir, à humer, à
regarder. Un temps déçu, il se sentit encouragé à rédiger un blog sans requête,
sans exhibitionnisme, sans affectivité exacerbée. Sans partage ? La
question méritait d'être posée. Le blog de Monsieur Spitzweg commençait ainsi
:&lt;br /&gt;
« Il pleut. Les enfants ont quitté le square Carpeaux. Accoudé au balcon,
j'ai allumé un petit cigare. Difficile d'éprouver le même plaisir depuis que la
boîte est balafrée de ce rectangle noir et blanc : fumer tue. » (p.
28-30)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est incroyable. www.antiaction.com est pris d'assaut. La prose de Monsieur
Spitzweg est lue par des milliers d'internautes. Arnold n'en revient pas. On le
visite. Le terme ne tire pas à conséquence, s'avère assez cocasse pour
quelqu'un qui ouvre aussi peu sa porte. On s'exprime aussi. Beaucoup de
compliments, qu'Arnold a d'abord trouvé outranciers, mais on s'habitue vite.
« Enfin quelqu'un qui voit la vie comme il faut la voir... Merci pour
votre apologie du présent. Pour ma part... » Oui, il y a beaucoup de
« pour ma part ». Ces enthousiasmes suivis d'épanchements sont souvent
signés d'un prénom féminin accompagné d'une adresse e-mail, mais Monsieur
Spitzweg s'est promis de ne pas répondre. La réelle inflation de ces réactions
non sollicitées lui donne raison : comment pourrait-il faire ?
Certaines correspondantes comprennent cette attitude « Ne perdez pas votre
temps. Continuez seulement à cueillir le meilleur des jours. » Cueillir le
meilleur des jours pour des Stéphanie, des Valérie, des Sophie ou des Leila,
voilà qui n'est pas sans flatter l'ego d'Arnold, même s'il cueille davantage
encore pour des Huguette ou des Denise. Parfois, c'est lui qui se fait
cueillir. « Ce n'est pas avec des mentalités comme la vôtre qu'on sortira
le pays de l'ornière ! Des spectateurs, on n'en a que trop engraissés. Il
faudrait un peu retrousser ses manches ! » Et c'est signé Raoul, Roger,
quelquefois Marceline. (p. 107-108)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://auteurs.contemporain.info/philippe-delerm/&quot;&gt;Philippe
Delerm&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.mercuredefrance.fr/titres/bartleby.htm&quot;&gt;Quelque
chose en lui de Bartleby&lt;/a&gt; (Mercure de France, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le succès du blog d’Arnold Spitzweg l’arrache à sa solitude … mais il
préfèrerait ne pas.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>c’est que du bonheur</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/11/14/c%E2%80%99est-que-du-bonheur</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:2da9f87f80ade754d2709df865655d8c</guid>
    <pubDate>Sat, 14 Nov 2009 00:05:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_nov_09/chauvier_que_du_bonheur.jpg&quot; alt=&quot;chauvier_que_du_bonheur.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Percevez-vous parfois votre propre dissonance ? Vous arrive-t-il
d'éprouver ce sentiment flottant de perdre la face lorsque quelques mots
étrangement scandaleux prononcés par d'autres vous font soudain vous sentir
parfaitement excentrés des attentes du monde social ? On vous exhorte à
reprendre ces mots, mais vous devinez que les prononcer reviendrait à renoncer
à un capital autobiographique indistinct mais précieux, et à faire acte
d'allégeance à une sorte de pacte qui vous définit à l'emporte-pièce. Ces mots
vous intimident, vous neutralisent, vous mettent hors-jeu, et vous cantonnent
au rang de fautif. Ils vous dénudent affreusement, sans cesser de vous écraser,
et vous laissent l'impression de ne pas être dignes du rang qui marque
théoriquement l'accomplissement d'un être humain en société. Vous pressentez
aussi que votre absence de réaction fait de vous le principal responsable de
cette destitution. En général, vous n'avez pas les moyens d'investir plus avant
les effets de ce malaise, car l'animosité et le désarroi qui s'emparent de
vous, vous condamnent presque toujours à l'accablement. Seules s'imposent des
réactions épidermiques, qui, la plupart du temps, par un processus de digestion
dont vous ignorez les rouages, vous poussent finalement à accepter les termes
d'une communication qui vous semblait encore intolérable quelques instants plus
tôt. Alors, vous pressentez que vous pouvez aussi refuser d'adhérer à cette
normalisation. Vous pouvez essayer de la transgresser en considérant qu'il
existe une alternative critique à ces mots que votre for intérieur refuse
viscéralement. Vous êtes devenu une anomalie. Soit. Mais à cela correspond un
enseignement qui nourrit durablement la compréhension de ces mots qui vous
semblent parfaitement imprononçables, telle une authentique trahison du corps,
lequel ne vous apparaît plus comme un appareillage physiologique, mais comme le
cimetière d'un langage à inventer. Voilà ce que personne ne commente, voilà le
scandale qui justifie cette enquête. (p. 7-9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'isolement du dissonant est grand. Il se perçoit comme un être sinistre,
vérifiant douloureusement que derrière la légèreté apparente de ces mots, il y
a mille accusations que, par respect pour la bienséance du bonheur sans
contexte, personne n'évoquera. Mais on peut aujourd'hui en dresser un
inventaire non exhaustif : se masturber l'esprit, être un triste sire
quand tout le monde danse, un individu lourd quand tout le monde est léger,
être un poids d'angoisse, un boulet critique, un écorché vif, un être
théâtralement obscène, une escarre sur la peau de soie de l'époque, un
énergumène minable, un velléitaire, un irresponsable - cette dernière
accusation étant au fond la plus répandue. Le langage du bonheur sans contexte
essentialise l'époque en éliminant ce qui lui porte préjudice. Il oblige le
dissonant à se convaincre de son incapacité à jouir de la vie proposée selon
ces termes, ce qui le ramène ce pauvre psalmiste à sa condition de
non-jouisseur, convergeant vers cette intolérable et pourtant inéluctable
issue : sa propre gravité. À partir de cet état de perception, à l'instant
où, entendant ces mots aberrants, le dissonant se pince la lèvre inférieure de
désarroi, il se découvre dans le miroir déformant que lui tendent, sans avoir
l'air d'y toucher, ces gens raisonnablement passionnés par le monde social tel
que le définit le langage du bonheur sans contexte. Des mots se forment, mais,
comme la flamme dans le vide, s'éteignent instantanément dans l'environnement
de ce bonheur ésotérique. Le dissonant devient l'isolement même, avec des
nuances identifiables a posteriori (dans l'instant, il est tout à sa
mortification) : un triste sire, un infâme, effrayant rabat-joie,
pisse-froid, tue l'amour, criticiste du système nourricier, sous-être ingrat,
crachant dans la soupe, un fou incertain, un flou, nébuleux serviteur d'une
cause indiscernable, voire opaque, un martyr stupide, ou dangereux, un abject,
un dissident crapuleux, un terroriste - comment savoir ? Je ne sais si
l'on vous a, un jour, fait comprendre que vous étiez trop grave pour l'époque,
mais c'est quelque chose d'être jugé de cette façon, d'être privé de langage,
comme dénudé. (p. 38-40)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Éric Chauvier, &lt;a href=&quot;http://www.alliaeditions.com/Catalogueview.asp?ID=473&quot;&gt;C’est que du
bonheur&lt;/a&gt; (Allia, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Entre enquête et étude, entre récit et essai, ce petit livre dense tourne
autour d’un énoncé qui en dit beaucoup sur l’époque qui l’a engendré :
« c’est que du bonheur ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.alliaeditions.com/Cataloguelist.asp?showmaster=1&amp;amp;IDAutore=21&quot;&gt;Éric
Chauvier&lt;/a&gt; est né en 1971 et a publié aussi :&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.alliaeditions.com/Catalogueview.asp?ID=403&quot;&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;
(Allia, 2006)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.alliaeditions.com/Catalogueview.asp?ID=409&quot;&gt;Si l'enfant
ne réagit pas&lt;/a&gt; (Allia, 2008)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.alliaeditions.com/Catalogueview.asp?ID=469&quot;&gt;La Crise
commence où finit le langage&lt;/a&gt; (Allia 2009)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>est-ce le papier qui fait le livre ?</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/11/11/est-ce-le-papier-qui-fait-le-livre</link>
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    <pubDate>Wed, 11 Nov 2009 01:53:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_nov_09/suel_rose.jpg&quot; alt=&quot;suel_rose.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;SE&lt;br /&gt;
DIRE&lt;br /&gt;
QUE LA&lt;br /&gt;
ROSE DES&lt;br /&gt;
VENTS PERD&lt;br /&gt;
DEUX PÉTALES&lt;br /&gt;
LE SUD-EST EST&lt;br /&gt;
À PORTÉE DE VÉLO&lt;br /&gt;
LOVE INVERSANT LES&lt;br /&gt;
ROUES ÉBOURIFFANT LA&lt;br /&gt;
CHEVELURE ÉVAPORANT LA&lt;br /&gt;
SUEUR SÉCHANT LES DUVETS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luciel Suel, &lt;a href=&quot;http://blog.contre-mur.com/post/2009/10/24/Arriv%C3%A9e-de-%22ROSE-DEVANT-ROSE-DERRI%C3%88RE%22-de-Lucien-Suel&quot;&gt;
ROSE DEVANT ROSE DERRIÈRE&lt;/a&gt; (Contre-mur, 2009)&lt;br /&gt;
(à la pointe sud-est de la rose des vents, bien sûr!)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Il s'agit d'un poème en vers arithmogrammatiques, huit triangles
formant une rose des vents simplifiée » écrit &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/09/03/%C3%A9toile-point-%C3%A9toile&quot;&gt;Luciel Suel&lt;/a&gt; à propos de
&lt;a href=&quot;http://academie23.blogspot.com/2009/11/rose-devant-rose-derriere.html&quot;&gt;ROSE
DEVANT ROSE DERRIÈRE&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le premier ouvrage publié par les éditions &lt;a href=&quot;http://blog.contre-mur.com/&quot;&gt;Contre-mur&lt;/a&gt;, créées par &lt;a href=&quot;http://autresetpareils.free.fr/artistes/scherb.htm&quot;&gt;Caroline Scherb&lt;/a&gt; et
&lt;a href=&quot;http://nicolas.tardy.free.fr/&quot;&gt;Nicolas Tardy&lt;/a&gt;, à Marseille, qui
forment le projet de publier des textes sous forme de posters de format A1
imprimés en noir sur un beau papier ivoire 120 grammes et vendus (pour la
modique somme de 2 euros) pliés en 8 au format A4 ; à paraître :
&lt;em&gt;Bien des années que&lt;/em&gt; d’Éric Suchère.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>prenant congé, prenant la fuite</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/11/09/prenant-cong%C3%A9-prenant-la-fuite</link>
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    <pubDate>Mon, 09 Nov 2009 02:22:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des cancres ? Vraiment ? Vous pensez ?... Vous croyez, monsieur le
proviseur, qu'il n'y a aucun espoir ?... Silence qui se prolonge, n'en finit
pas... Ce sont évidemment des questions auxquelles on ne doit pas se hâter de
répondre. C'est grave d'enfermer dans des catégories rigides, d'étiqueter ce
qui est encore fluctuant, changeant... Bien sûr, il y a toujours un espoir...
Mais... éclaircissant sa voix, tapotant d'un air embarrassé, agacé, avec son
stylo fermé les cahiers, les carnets de notes étalés sur son bureau, se
penchant encore pour les scruter... - Oui, il faut bien constater... Il y a là
un manque de curiosité... comme une atrophie... Dans le vide qui s'est creusé
en lui les mots se répercutent, sont renvoyés... Une atrophie... Oui, un manque
de souplesse, une sorte de rigidité. C'est comme un muscle qui ne fonctionne
pas. On a beau essayer... Tous les professeurs sont d'accord sur ce point.
Certains ont vu là une volonté perverse, un besoin de détruire, de se
détruire... comme un acharnement à résister à tout prix... - Ah oui ? À
résister ? Résister ? À tout prix...&lt;br /&gt;
La voilà, il la voit, une faible lueur au bout de la galerie sombre, une
lumière... vers elle il court... Oui, c'est cela : résister. Ça arrive,
n'est-ce pas ? Mais ça alors, ça vient de moi... - De vous? Vous
m'étonnez... - Oui, de moi... d'une voix essoufflée... de moi. J'ai commis des
erreurs. Ce besoin de partager. De donner. De gaver. Sans prendre garde que
pour un être si jeune c'est indigeste, c'est rebutant... Je suis coupable.
C'est ma faute, ma très grande faute. Je ne peux m'en prendre qu'à moi. Je suis
impardonnable. La brute insensible, c'est moi...&lt;br /&gt;
L'autre l'observe avec une expression indulgente, apitoyée... Il connaît
cela : d'abord la consternation, la résignation humiliée, la fureur...
Faites-en ce que vous voulez, punissez-le, chassez ce fainéant, ce petit
vaurien, il ne mérite pas ce qu'on fait pour lui... ça lui apprendra... il ira
travailler de ses mains... Et dès qu'on ose y toucher se précipitant pour
protéger de leur corps leur cher petit qu'un ennemi commun menace... C'en est
touchant... - Je crois que vous exagérez. Vous vous chargez injustement. Il y a
des enfants, et j'en connais beaucoup, qui seraient trop contents... qui se
jetteraient avidement sur ce que vous prodiguez avec tant de générosité... Chez
les bons sujets, bien vivants, la curiosité, le besoin de savoir sont les plus
forts... Ce qu'on leur propose provoque une excitation... vous la connaissez
bien... c'est elle qui l'emporte... - Oui, je vois, oui je vous remercie, oui,
je comprends...&lt;br /&gt;
Se levant, prenant congé, prenant la fuite, fuyant à travers les tristes cours
couvertes de gravier, de ciment, le long des hideux couloirs à l'odeur de
poussière humide, de désinfectants, le long des mornes salles vitrées où des
médiocres ingurgitent docilement des bouillies insipides... Des dociles, des
faibles, comme il était, lui, le plus soumis, le plus sage de tous, lui, la
joie de ses maîtres, la fierté de ses parents, lui, le bon sujet, si brillant,
toujours inscrit au tableau d'honneur, modestement satisfait de ses carnets
couverts de bonnes notes, des piles de livres illisibles rapportés des
distributions de prix, lourds de leurs rigides reliures de faux cuir, de leurs
pages épaisses dorées sur tranche...&lt;br /&gt;
Fuyant hors d'ici, courant vers eux... Impatient de se joindre à eux, de
rejoindre en eux cette parcelle secrète de lui-même qu'il avait toute sa vie
aidé à écraser, qu'il avait crue enterrée et qui en eux a ressuscité... se
hâtant de retrouver cela, ce qu'il y avait en lui de meilleur...&lt;br /&gt;
Ils ont su le conserver, le préserver en eux, ils le laissent s'épanouir
librement au grand jour, eux qui ont toujours refusé les compromissions, les
abdications. Eux qui osent - ils ont ce courage - quand ils jugent le moment
venu, si tel est leur désir, leur bon plaisir, s'étirer légèrement, étouffer un
bâillement, se lever avec un naturel parfait, prendre congé, partir...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nathalie Sarraute, &lt;em&gt;Vous les entendez&lt;/em&gt; (Gallimard, Le Chemin,
1972)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Œuvres complètes&lt;/em&gt; (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1996, p.
757-758)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>(mais comment font les autres ??)</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/11/04/%28mais-comment-font-les-autres-%29</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:9aab3ccb1b952419f1e5a14c74cb4b6e</guid>
    <pubDate>Wed, 04 Nov 2009 00:38:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_nov_09/.Autant-la-mer-Francois-Matton_m.jpg&quot; alt=&quot;Autant-la-mer-Francois-Matton.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ceci est un livre d’images. Ceci est un roman. » écrit &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/ficheauteur.asp?num=209&quot;&gt;François
Matton&lt;/a&gt; à propos de son nouveau livre, &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6295&quot;&gt;Autant la
mer&lt;/a&gt; (POL, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme &lt;a href=&quot;http://francois-matton.over-blog.com/article-autant-la-mer-37980151.html&quot;&gt;il
en parle beaucoup mieux que je ne saurais le faire&lt;/a&gt; sur son « blog à
dessin », &lt;em&gt;Tout va bien&lt;/em&gt;, où il nous offre en outre généreusement
&lt;a href=&quot;http://francois-matton.over-blog.com/article-croquis-38644147.html&quot;&gt;des
croquis préparatoires&lt;/a&gt;, et encore &lt;a href=&quot;http://francois-matton.over-blog.com/article-d-autres-croquis-38682804.html&quot;&gt;d’autres
croquis&lt;/a&gt;, je vous conseillerai simplement de vous précipiter pour le
lire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_nov_09/.matton2_m.jpg&quot; alt=&quot;matton2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>une femme puissante</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/11/01/une-femme-puissante</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:52fc3fa55d0213ad9feb680e220b2f06</guid>
    <pubDate>Sun, 01 Nov 2009 18:29:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_octobre09/.trois-femmes-puissantes-de-marie-n-diaye_reference_m.jpg&quot; alt=&quot;trois-femmes-puissantes-de-marie-n-diaye_reference.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;De telle sorte qu’elle avait toujours eu conscience d’être unique en tant
que personne et, d’une certaine façon indémontrable mais non contestable, qu'on
ne pouvait la remplacer, elle Khady Demba, exactement, quand bien même ses
parents n'avaient pas voulu d'elle auprès d'eux et sa grand-mère ne l'avait
recueillie que par obligation - quand bien même nul être sur terre n'avait
besoin ni envie qu'elle fût là.&lt;br /&gt;
Elle avait été satisfaite d'être Khady, il n'y avait eu nul interstice
dubitatif entre elle et l'implacable réalité du personnage de Khady
Demba.&lt;br /&gt;
Il lui était même arrivé de se sentir fière d'être Khady car, avait-elle songé
souvent avec éblouissement, les enfants dont la vie semblait joyeuse, qui
mangeaient chaque jour leur bonne part de poulet ou de poisson et qui portaient
à l'école des vêtements sans taches ni déchirures, ces enfants-là n'étaient pas
plus humains que Khady Demba qui n'avait pourtant, elle, qu'une infime portion
de bonne vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie NDiaye, &lt;a href=&quot;http://www.gallimard.fr/rentree-2009/MarieNDiaye.htm&quot;&gt;Trois femmes
puissantes&lt;/a&gt; (Gallimard, 2009, p. 253-254)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le livre qu'éliront demain les jurés du Prix Goncourt, ce sera
cette année, une fois n'est pas coutume, un bon livre. Je n'ai pas encore lu
&lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=2621&quot;&gt;La
Vérité sur Marie&lt;/a&gt; (Minuit) de Jean-Philippe Toussaint, qui attends sagement
sur une de mes étagères, mais je lui fais confiance pour avoir lu (presque)
tous ses autres livres. J'ai aimé &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/26/pas-des-hommes-et-pourtant-des-hommes&quot;&gt;Des hommes&lt;/a&gt;
(Minuit) de Laurent Mauvignier et &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/12/comme-un-corps-%C3%A9tranger&quot;&gt;Les heures souterraines&lt;/a&gt;
(Lattès) de Delphine de Vigan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, même si ma voix n'a aucune importance, c'est pour &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=livAut&amp;amp;auteur_id=1437&quot;&gt;Marie
NDiaye&lt;/a&gt; que je vote, pour ce livre magnifique d'humanité et de maîtrise du
style, et aussi pour l'ensemble de l'œuvre de cette femme puissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: Marie NDiaye : &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/livre/marie-ndiaye-je-ne-veux-plus-que-la-magie-soit-une-ficelle-litteraire,46107.php&quot;&gt;
« Je ne veux plus que la magie soit une ficelle »&lt;/a&gt;. Propos recueillis
par Nathalie Crom (&lt;em&gt;Télérama&lt;/em&gt;, 23 août 2009)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x9us2w_marie-ndiaye-trois-femmes-puissante_news&quot;&gt;
Entretien vidéo avec Sylvain Bourmeau&lt;/a&gt; (juillet 2009)&lt;br /&gt;
::: Interlignes : &lt;a href=&quot;http://interlignes.curiosphere.tv/auteur.php?id=8&quot;&gt;Bio-bibliographie et
vidéos&lt;/a&gt; (octobre 2009)&lt;br /&gt;
::: Auteurs.contemporain.info : &lt;a href=&quot;http://auteurs.contemporain.info/marie-ndiaye/&quot;&gt;Bibliographie
critique&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://remue.net/cont/NDiaye.html&quot;&gt;« En visite chez Marie
Ndiaye »&lt;/a&gt; (Remue.net, 2004)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2009/10/31/marie-ndiaye-goncourtisee.html&quot;&gt;
« Marie NDiaye goncourtisée »&lt;/a&gt; (Carnets de JLK, 31 octobre 2009)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>émousser les angles obtus des singularités</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/31/%C3%A9mousser-les-angles-obtus-des-singularit%C3%A9s</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:2fdd4073413f18e3f9b42bfd71ebf02f</guid>
    <pubDate>Sat, 31 Oct 2009 02:56:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>essais</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_octobre09/.lagandre_societe_integrale_s.jpg&quot; alt=&quot;lagandre_societe_integrale.gif&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue très général, le but du totalitarisme, dans ses
dispositifs réels, dans le tissu même de son exercice, fut de produire un corps
social &lt;em&gt;intégral&lt;/em&gt;, parfaitement soudé, saturé de coutures, c'est-à-dire
une société sans sujets, sans conflit ni diversité, immédiatement mobilisable
dans son intégralité. Or, c'est à certains égards ce même but que la société de
contrôle à laquelle nous consentons quotidiennement est &lt;em&gt;tentée&lt;/em&gt;, en
vertu de sa structure propre, de poursuivre. Elle dispose à cette fin d'une
part de techniques policières d'enregistrement du réel telles que, si les nazis
en avaient joui, elles auraient rendu la Résistance impossible, et d'autre part
de techniques de séduction tellement puissantes qu'aucune résistance n'est même
plus désirée ni désirable. La pacification radicale par laquelle on émousse les
angles obtus des singularités peut se faire aujourd'hui sans forceps :
est-elle plus souhaitable pour autant ? (p. 16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partageons malgré nous avec les totalitarismes le rêve utopique d'une
sociabilité pure, d'une société intégrale et &lt;em&gt;sans histoire&lt;/em&gt;, dans les
deux sens du terme. Jamais les sociétés ne furent moins violentes et plus
dociles, et jamais pourtant la tranquillité et la police qui la garantit ne
furent à ce point désirées. Les lexiques dominant la scène politique en
témoignent assez bien. Ainsi le terme apparemment neutre
d&lt;em&gt;'intégration&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;Integer&lt;/em&gt;, en latin, racine commune
d'« intégral », d'« intègre » et d'« intégration », est
issu de &lt;em&gt;tango&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;tangere&lt;/em&gt;, qui signifie « toucher ».
L'intègre ou l'intégral, c'est, littéralement, l&lt;em&gt;'intact&lt;/em&gt; : ce qui
n'a pas été touché et se tient en surplomb dans sa pureté anhistorique, ou
encore l&lt;em&gt;'entier&lt;/em&gt; à quoi rien n'a été ôté. L'usage social contemporain
du terme d'intégration accepte donc en toile de fond une image de la société
comme corps fondamentalement &lt;em&gt;homogène&lt;/em&gt;. L'invraisemblable ministère qui
a vu le jour en France en 2007 (« de l'Immigration, de l'Intégration, de
l'Identité nationale et du Codéveloppement ») rappelle qu'aucun lexique n'est
inoffensif, et que notre mot d'intégration envisageait déjà les flux humains
comme des menaces contre l'intégrité « identitaire » et l'homogénéité
des conduites.&lt;br /&gt;
L'effort dont l'intégration est le nom tend vers l'homogénéité sociale
maximale, c'est-à-dire exempte de toute « &lt;em&gt;insociabilité&lt;/em&gt; ». Sitôt
que la sociabilité intégrale est conçue comme la destination naturelle de
l'homme, la légalité peut être prise pour une moralité, la loi pour une norme,
et l'obéissance requise n'est plus susceptible d'être &lt;em&gt;voulue&lt;/em&gt; : il
n'est pas besoin ici de volonté, puisqu'on ne veut que ce qu'on peut aussi ne
pas vouloir. (p. 26-27)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi civile, de ce fait, acquiert une fonction nouvelle :
l'efficacité. Autrement dit, rien de moins que d'empêcher le crime, comme si la
dimension criminelle de l'homme pouvait d'une manière ou d'une autre être
surmontée, comme si elle n'était due qu'à une minorité de voyous naturellement
et irréversiblement criminels. L'insociable sociabilité où s'affirme le
caractère individuel de l'homme, dont le crime n'est lui-même qu'une inévitable
conséquence, est comme extraite de l'individu dont elle exprimait la liberté et
la faculté d'expérimenter, et redistribuée sur la société tout entière ;
laquelle, de ce fait, se trouve divisée en sociables et en insociables, en
« voyous » et en « honnêtes gens ». Il ne reste plus alors qu'à
couper la branche pourrie pour que seuls restent entre eux les « honnêtes
gens », les « sociables purs ». (p. 32)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque crime sexuel spectaculaire est porté à la connaissance de tous, ou
plutôt à l'émotion publique, et au lieu de dénoncer les mensonges du pouvoir,
il en conforte au contraire le mouvement. Comme le système totalitaire, le
système doit être en mouvement : il faut qu'il y ait toujours des voyous
pour que soit toujours désirée la société intégrale, c'est-à-dire le processus
par lequel on supprime purement et simplement les voyous. Il faut qu'il y ait
toujours des victimes, et qu'on suscite à leur égard autant de compassion
publique que possible, pour que le « zéro » de la tolérance puisse
être désiré.&lt;br /&gt;
Cette refonte du juridique n'est donc justifiable que d'un point de vue
politique très particulier, celui d'une société fabriquée
« efficacement » selon un modèle idéal. Ce point de vue ne semble
aujourd'hui si naturel que parce qu'il exprime la modernité politique en
général, totalitarismes inclus. Il ne s'agit au bout du compte que de supprimer
l'individu réel, sujet d'une parole, d'une pensée, d'un désir propres, avec
toute l'insociabilité qui le caractérise, pour le remplacer par un individu
imaginaire, intégralement social en dépit de ses professions de foi
individualistes, c'est-à-dire intégralement normal et interchangeable dans
toutes ses différences, soumis comme toutes les choses à des lois de
comportement, des lois statistiques, des lois économiques, autant de
« lois » nouvelles qui dans la conduite des affaires politiques se
substituent aux lois civiles où s'exprimait jadis la &lt;em&gt;volonté&lt;/em&gt;
politique. (p. 37)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’intégration exigée de l’individu ne consiste qu’en une adhésion globale et
immédiate, quitte à médicaliser ensuite ses vertiges. (p. 77)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cédric Lagandré, &lt;a href=&quot;http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=37114&amp;amp;levelCode=home&quot;&gt;La
société intégrale&lt;/a&gt; (Climats, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cédric Lagandré est né en 1973.&lt;br /&gt;
Ancien collaborateur de la revue &lt;em&gt;Mouvement&lt;/em&gt;, il a aussi contribué
occasionnellement à la revue &lt;em&gt;R de réel&lt;/em&gt;, et a publié :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;L’inspiration des Grecs&lt;/em&gt; (L’Harmattan, 2000)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.puf.com/wiki/Autres_Collections:L%27actualit%C3%A9_pure._Essai_sur_le_temps_paralys%C3%A9&quot;&gt;
L'actualité pure. Essai sur le temps paralysé&lt;/a&gt; (PUF, 2009)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>pas des hommes et pourtant des hommes</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/26/pas-des-hommes-et-pourtant-des-hommes</link>
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    <pubDate>Mon, 26 Oct 2009 01:42:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_octobre09/mauvignier_des_hommes.jpg&quot; alt=&quot;mauvignier_des_hommes.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il a le temps de réfléchir aussi, pas seulement aux derniers événements, au
cadavre du médecin, à Châtel, qui est de plus en plus renfrogné et ne parle
plus à personne. Il pense aux Algériens ; il se dit que depuis qu'il est
ici il ne connaît que la petite Fatiha, pas même ses parents, que la population
est pour lui comme pour les autres une sorte de mystère qui s'épaissit de
semaine en semaine, et il se dit que, sans savoir pourquoi, sans savoir de
quoi, il a peur.&lt;br /&gt;
Il ne sait rien, et, tout seul, en se promenant le matin très tôt dans Oran,
cette idée lui fait honte.&lt;br /&gt;
Plus le temps passe, plus il se répète, sans pouvoir se raisonner, que lui,
s'il était Algérien, sans doute il serait fellaga. Il ne sait pas pourquoi il a
cette idée, qu'il veut chasser très vite, dès qu'il pense au corps du médecin
dans la poussière. Quels sont les hommes qui peuvent faire ça. Pas des hommes
qui font ça. Et pourtant. Des hommes. Il se dit pourtant parfois que lui ce
serait un fellaga. Parce que les paysans qui ne peuvent pas travailler leur
terre. Parce que la pauvreté. Même si certains lui disent qu'on est là pour
eux. On vient donner la paix et la civilisation. Oui. Mais il pense à sa mère
et aux vaches dans leurs champs, il pense aux nuages épais et lourds dont les
ombres tombent sur le dos des bêtes et dans le ruisseau, sur les peupliers. Il
pense à son père et à sa mère qui mettaient leurs mains devant leurs bouches de
bébés, lui a-t-on répété, à lui et à ses frères et sueurs aussi, lorsque tout
le hameau abandonnait les fermes pour se cacher dans des trous creusés par les
obus et qu'on entendait les pas des Allemands tout près. Il pense à ce qu'on
lui a dit de l'Occupation, il a beau faire, il ne peut pas s'empêcher d'y
penser, de se dire qu'ici on est comme les Allemands chez nous, et qu'on ne
vaut pas mieux.&lt;br /&gt;
Il pense aussi qu'il serait peut-être harki, comme Idir, parce que la France
c'est quand même bien, se dit-il, et puis que c'est ici aussi, la France,
depuis tellement longtemps. Et que l'armée c'est un métier comme un autre, sur
ça Idir a raison, être harki c'est faire vivre sa famille alors que sinon elle
crèverait de faim.&lt;br /&gt;
Mais il pense aussi que peut-être tout ça est faux. Qu'il ne faudrait croire
personne. Qu'on ment partout. Il pense depuis toujours qu'on lui ment. Quelque
chose, qui ment. Partout. Jusqu'à lui donner l'envie de vomir et de retourner
tout ce qui est le monde devant lui. Il a presque envie de pleurer. Il ne sait
pas pourquoi. Pourquoi le cafard et la mélancolie. Alors qu'aujourd'hui. Quatre
jours. Et Mireille comme unique horizon de ces quatre jours. (p. 201-202)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je me souviens de la honte que j'avais lorsque j'étais rentré de là-bas
et qu'on était revenus, les uns après les autres, sauf Bernard - il se sera au
moins évité l'humiliation de ça, revenir ici et faire comme on a fait, de se
taire, de montrer les photos, oui, du soleil, beaux paysages, la mer, les
habits folkloriques et des paysages de vacances pour garder un coin de soleil
dans sa tête, mais la guerre, non, pas de guerre, il n'y a pas eu de
guerre ; et les photos, j'ai eu beau les regarder encore et en chercher au
moins une seule, une seule qui aurait pu me dire, C'est ça, la guerre, ça
ressemble à ça, aux images qu'on voit à la télévision ou dans les journaux et
non pas à ces colonies de vacances, ni non plus à ces gens qui remplissent les
rues d'Oran, et les magasins ouverts, la circulation dans la ville, et alors,
pourquoi sur les murs que j'avais photographiés je n'ai pas trouvé un seul
graffiti disant l'Algérie vaincra, pas un mur peint, gratté, poncé, repeint,
pas un graffiti, pas une arme, rien, et pas autre chose que ce vide et ce beau
temps monstrueux de soleil et de ciel bleu.&lt;br /&gt;
Les photographies de la mer.&lt;br /&gt;
Tous les gars sur le pont en train de fumer et de regarder la ligne d'horizon,
brumeuse, lointaine - ou au contraire, dans la nuit, le vacarme des machines et
du vent, l'étonnement que c'est pour un paysan de savoir l'hélice hors de
l'eau, comme si le bateau allait s'envoler et son fracas lorsqu'il retombe, le
sol si instable et mouvant.&lt;br /&gt;
Sur certaines photos, c'est seulement le flou dans le lointain, sans qu'on
puisse deviner alors si c'est l'arrivée ou le départ. La seule chose dont je me
souvienne, c'est que la première fois où j'ai vu la mer c'était à Marseille, le
temps était froid et gris, et j'allais embarquer pour l'Algérie. (p.
261-262)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-être que ça n'a aucune importance, tout ça, cette histoire, qu'on ne
sait pas ce que c'est qu'une histoire tant qu'on n'a pas soulevé celles qui
sont dessous et qui sont les seules à compter, comme les fantômes, nos fantômes
qui s'accumulent et forment les pierres d'une drôle de maison dans laquelle on
s'enferme tout seul, chacun sa maison, et quelles fenêtres, combien de
fenêtres ? Et moi, à ce moment-là, j'ai pensé qu'il faudrait bouger le
moins possible tout le temps de sa vie pour ne pas se fabriquer du passé, comme
on fait, tous les jours ; et ce passé qui fabrique des pierres, et les
pierres, des murs. Et nous on est là maintenant à se regarder vieillir et ne
pas comprendre pourquoi Bernard il est là-bas dans cette baraque, avec ses
chiens si vieux, et sa mémoire si vieille, et sa haine si vieille aussi que
tous les mots qu'on pourrait dire ne peuvent pas grand-chose. (p. 270)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Mauvignier, &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=2617&quot;&gt;Des
hommes&lt;/a&gt; (Minuit, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D’abord je n’ai pas aimé ce livre, l'ai trouvé trop à l'estomac, puis je me
suis laissée prendre par sa construction en spirale (la blessure de la guerre
au cœur de l’unité de temps - après-midi, soir, nuit, matin – tragique) et la
superposition des monologues circulaires d'hommes pareillement blessés qui ne
débouchent sur aucune conclusion ni résolution, mais sur une question :
« je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait que
c’est trop tard. » (p. 281, les derniers mots).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsqu’ensuite j’ai lu la description par Mauvignier de ce qu’il
souhaitait faire dans l’entretien avec Nelly Kaprièlian (&lt;em&gt;Les
Inrockuptibles&lt;/em&gt;, 8 septembre 2009) qui est &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=2617&quot;&gt;repris
sur la page des éditions de Minuit&lt;/a&gt;, j’ai trouvé que le pari était
réussi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« J’ai essayé d’écrire de la littérature qui dise quelque chose sans
renoncer à ce qu’a été le XXe siècle formellement. Je sais que beaucoup de gens
n’acceptent pas le rapport à l’émotion et aux clichés en littérature, alors
qu’ils le font sans aucun problème au cinéma. C’est comme s’il y avait un
machisme littéraire : l’émotion et les sentiments, c’est bon pour la
littérature populaire, c’est des trucs de femme, il faut s’en méfier. Alors
qu’au cinéma, les meilleurs cinéastes ne se posent pas la question. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=livAut&amp;amp;auteur_id=1433&quot;&gt;Laurent
Mauvignier&lt;/a&gt; est né en 1967. Il a publié :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Loin d'eux&lt;/em&gt; (Minuit, 1999)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Apprendre à finir&lt;/em&gt; (Minuit, 2000) Prix Livre Inter 2001&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Ceux d'à côté&lt;/em&gt; (Minuit, 2002)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Seuls&lt;/em&gt; (Minuit, 2004)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Le Lien&lt;/em&gt; (Minuit, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Dans la foule&lt;/em&gt; (Minuit, 2006) Prix du roman Fnac 2006&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Des hommes&lt;/em&gt; (Minuit, 2009)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>déplacée vers l'exactitude</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/22/d%C3%A9plac%C3%A9e-vers-l-exactitude</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:c5fee86ec01a5be5b93ed74ed81d980a</guid>
    <pubDate>Thu, 22 Oct 2009 02:27:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_octobre09/la_douleur_du_retour.png&quot; alt=&quot;la_douleur_du_retour.png&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je regardais le paysage tel un tableau italien, la très légère brume
laiteuse au fond, bleuissant l'ombre vert sombre opaque des monts fermant
l'horizon qui semblait cependant levé, la brindille de ronce ramassée et séchée
depuis dans le mince livre bleu, teintes vertes et bordeaux noirci de ses
petites feuilles dentelées, épines courtes mais acérées, même sèches.&lt;br /&gt;
Des arbres droits, des ifs sans doute, en deux plans, comme posés depuis
toujours sur le paysage. Effleurés par la lumière ils semblaient très clairs.
Une tache de soleil sur un pré vert doré, tous les dégradés de vert selon
l'emplacement et la nature de la végétation, tout semblait presque
vaporeux.&lt;br /&gt;
J'étais là où je devais être, à un instant parfait d'éternité, entrouverte sous
mes yeux à l'intérieur de ce paysage comme si j'étais dans le tableau. (p.
10-11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me déplaçait ainsi en moi-même, c'était qu'en l'absence de tout
repère familier - un paysage, une végétation, un ciel, une lumière, je ne
pouvais en reconnaître aucun - j'étais déplacée vers l'exactitude dans le
déplacement lui-même. (p. 14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Baladine Howald, &lt;a href=&quot;http://www.editionsdelacabane.fr/livres.php?nom_auteur=Isabelle+Baladine+Howald&quot;&gt;
La douleur du retour&lt;/a&gt; (La Cabane, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un petit livre touchant, au pré-texte d’un « déplacement » sur le
lieu d’un autre « petit livre », &lt;a href=&quot;http://remue.net/spip.php?article271&quot;&gt;Truinas, le 21 avril 2001&lt;/a&gt; (La
Dogana, 2004) dans lequel Philippe Jaccottet racontait l’enterrement d’André du
Bouchet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: un &lt;a href=&quot;http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/10/la-douleur-du-retour-disabelle-baladine-howald-lecture-de-florence-trocm%C3%A9.html&quot;&gt;
billet de Florence Trocmé&lt;/a&gt; (Poezibao)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Baladine Howald est née en 1957 à Mulhouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: les bio-bibliographie du &lt;a href=&quot;http://www.cipmarseille.com/auteur_fiche.php?id=1398&quot;&gt;CipM&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: du &lt;a href=&quot;http://www.printempsdespoetes.com/index.php?rub=poetheque&amp;amp;page=14&amp;amp;url=http://www.printempsdespoetes.com/poetheque/index.php?fiche_poete%26cle=711%26nom=Isabelle%20Baladine%20Howald&quot;&gt;
Printemps des Poètes&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: et de &lt;a href=&quot;http://www.sitaudis.fr/Auteurs/isabelle-baladine-howald.php&quot;&gt;Sitaudis&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>quelque chose d’encore inexprimé qui résiste</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/19/quelque-chose-d%E2%80%99encore-inexprim%C3%A9-qui-r%C3%A9siste</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b750412bf2873ad68b09a2b3d0c94e1a</guid>
    <pubDate>Mon, 19 Oct 2009 02:16:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_octobre09/sarraute2.jpg&quot; alt=&quot;sarraute2.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le langage n’est essentiel que s’il exprime une sensation. Mais non pas
n’importe quelle sensation.&lt;br /&gt;
C’est là le point capital :&lt;br /&gt;
Pour que le langage se moule sur la sensation, s’adapte à elle, lui donne vie,
encore faut-il que cette sensation soit une sensation vivante, et non une
sensation morte. C’est-à-dire : il faut que ce soit une sensation
nouvelle, directe, spontanée, immédiate, et non déjà cent fois exprimée.&lt;br /&gt;
Les sensations déjà connues, rebattues, qui ont déjà fait l’objet de maintes
expressions littéraires, s’expriment dans des formes conventionnelles : le
langage qu’elles utilisent est déjà fixé. Il a perdu la fluidité, la souplesse,
la force d’expression, le pouvoir de suggestion, la singularité, la
fraîcheur...&lt;br /&gt;
Pour permettre à ces qualités de se manifester, il faut que le langage
s’attache à recréer, avec tout l’effort que cela comporte et avec toute la
passion et la conviction qu’un tel effort exige, une sensation neuve, encore
inconnue.&lt;br /&gt;
C’est cette découverte de sensations inconnues, cette vision (pour employer un
mot si galvaudé qu’on hésite à s’en servir), cette vision neuve du monde ou
d’une parcelle du monde, qui préserve le langage de l’académisme, de la
sclérose dont il est constamment menacé.&lt;br /&gt;
Elle oblige le romancier à le rendre percutant, à écarter quelques formes
mortes qui écrasent la sensation neuve, à s’attaquer à quelque chose d’encore
inexprimé qui résiste, et à créer un langage à lui, bien vivant.&lt;br /&gt;
C’est cet ordre de sensations neuf qui donne au langage littéraire toutes ses
vertus. Des vertus dont toute l’œuvre est imprégnée. Elles se dégagent de
chaque page, de chaque phrase. Elles sautent aux yeux dès le premier
abord.&lt;br /&gt;
Car imaginez ce qui se passerait si le romancier abandonnait cet élément
fondamental de son art : la découverte, le dévoilement de sensations
encore inexprimées.&lt;br /&gt;
Il pourrait se contenter de rendre des sensations banales, se contenter d’une
vision banale. Celle de chacun de nous.&lt;br /&gt;
Il ne chercherait qu’à ajouter à notre expérience, une expérience prise au même
niveau, dans un même ordre de sensations : celle que nous pourrions faire
par nous-mêmes.&lt;br /&gt;
Il chercherait non à dévoiler un ordre de sensations inconnu, mais à ajouter
aux sensations déjà éprouvées par nous des sensations de même nature et qui,
ayant perdu toute fraîcheur, étant connues et intégrées à notre réalité ne
seraient que des significations, sans plus.&lt;br /&gt;
Alors de quel langage se servirait-il ? D’un langage banal et usé. Il
écrirait, pourquoi pas ? « La marquise sortit à cinq heures. »
Car à vision plate, langage plat : la sensation et le langage ne font
qu’un.&lt;br /&gt;
(…)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que veut l'écrivain, c'est communiquer le non encore clairement
senti, une sensation intacte, neuve, qui exige un langage qui soit adapté à
elle.&lt;br /&gt;
Il s'agit d'exprimer la sensation donnée par la chose, non de montrer la chose
elle-même. Il faut, comme disait Mallarmé, que du « fait de nature...
émane, sans la gêne d'un proche ou concret rappel, la notion pure ». Il faut,
disait-il, que « la réminiscence de l'objet nommé baigne dans une neuve
atmosphère ».&lt;br /&gt;
Cette sensation, cette notion pure que le langage communique, elle est reconnue
par le lecteur non comme un souvenir clair, mais comme une sensation vague, une
sensation virtuelle - ou à peine consciente - une sensation profondément
enfouie ou fugitive qui vient s'ajouter... qui vient grossir son stock de
sensations.&lt;br /&gt;
Cette sensation non encore exprimée a acquis maintenant une qualité
particulière : elle a été rendue par le langage. Elle s'est fondue avec le
langage. Elle s'est faite langage.&lt;br /&gt;
Et cette fusion du langage et de la sensation intacte crée quelque chose de
particulier, qui a une existence propre ; quelque chose qui procure une
jouissance d'ordre esthétique.&lt;br /&gt;
Les mots perdent leur signification courante. Ils sont des mots porteurs de la
sensation. De celle-ci et d'aucune autre. Ils la font surgir, certes, mais
intégrée à eux. Ils la font vivre, et elle, à son tour, leur donne la
vie.&lt;br /&gt;
Plus l'intégration est complète, sans une faille, plus la fusion est totale,
plus la joie du lecteur est grande. À la limite, dans les très grandes
réussites, cette joie est sans mélange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage, porté par la sensation initiale, crée une sensation nouvelle qui
est d'ordre purement littéraire. Et l'œuvre entière se sépare de la réalité
vécue et devient un objet littéraire animé d'une vie propre, se suffisant à
lui-même.&lt;br /&gt;
De lui irradient d'autres sensations que lui seul peut donner.&lt;br /&gt;
Un monde est créé - ou une parcelle d'un monde, hors du monde réel et visible,
qui s'y réfère, mais qui est un monde à part, animé d'une existence propre, un
satellite soumis à ses propres lois.&lt;br /&gt;
L'œuvre est un équivalent littéraire d'un ordre de sensations encore
inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nathalie Sarraute, « Le langage dans l’art du roman » (Conférence,
1969)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Œuvres complètes&lt;/em&gt; (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1996, p.
1686-1687 et p. 1691-1692)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nathalie Sarraute est morte il y a 10 ans, le 19 octobre 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Éditions des Femmes publient à cette occasion un &lt;a href=&quot;http://editionsdesfemmes.blogspirit.com/nathalie-sarraute/&quot;&gt;Coffret de 15
heures de lectures de textes de Nathalie Sarraute&lt;/a&gt; par elle-même, Isabelle
Huppert et Madeleine Renaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.maulpoix.net/Sarraute.html&quot;&gt;un article de
Jean-Michel Maulpoix&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: la &lt;a href=&quot;http://auteurs.contemporain.info/nathalie-sarraute/&quot;&gt;bibliographie
d'auteurs.contemporains.info&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: la &lt;a href=&quot;http://remue.net/rubrique.php?id_rubrique=66&quot;&gt;page
remue.net&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;post-scriptum : à lire aussi, les hommages de&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article35&quot;&gt;François
Bon&lt;/a&gt; (magnifique photo!)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://fenetresopenspace.blogspot.com/2009/10/19-octobre-1999.html&quot;&gt;Anne
Savelli&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1367&quot;&gt;La revue
des ressources&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>antéantépénultième</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/16/ant%C3%A9ant%C3%A9p%C3%A9nulti%C3%A8me</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:9f3b4b8206562bd32ec52c63c72d4dcd</guid>
    <pubDate>Fri, 16 Oct 2009 01:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_octobre09/.oulipo_m.jpg&quot; alt=&quot;oulipo.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’antéantépénultième&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une quinzaine d'années, nous revenions de temps à autre, Raymond et
moi, sur le problème du plus petit nombre de mots capable de former un poème
valable. Dans une première catégorie, les poèmes qui n'ont aucune chance d'être
compris ou goûtés (ils ne visent d'ailleurs à rien de plus) que du poète seul
et tout au plus de quelques-uns de ses proches : références à sa vie, à
son environnement, à une certaine fascination qui lui est personnelle; c'est le
domaine des un, ou deux mots. Dans une deuxième catégorie, les poèmes faisant
allusion à une émotion (culturelle) partagée par un petit nombre :
Excalibur, Fatalitas, des mots-clés (parfois des titres qui peuvent
avantageusement remplacer les œuvres) : Prince, Vierge, Barricades
mystérieuses, Calme bloc, Damoiselle élue, la Tour abolie, Polichinelle
d'acier, Belle dame sans merci, une Mouche, dans l'ombre, Millions d'oiseaux
d'or... Ce pourrait être le domaine d'élection des moins de cinq mots.&lt;br /&gt;
Des érudits viendront qui constitueront l'anthologie internationale des poèmes
de peu de mots. J'ai le lointain souvenir (mais la référence m'en échappe) d'un
« Quatre mots » occidental. Au voisinage de quatre à six mots,
j'imagine qu'il existe pas mal d'exemples en Extrême-Orient (Chine, Corée,
Japon). L'étude de la création, de la légitimité et de l'efficacité des
« Moins de cinq mots » incombe tout naturellement à l'OuLiPo. D'une
manière plus générale, l'étude de la validité des poèmes dont le nombre de mots
est compris entre 0 et + infini mériterait d'être entreprise et poursuivie
scientifiquement (1). Elle gagnerait à être abordée avec des notions empruntées
à la physique mathématique et à la théorie des Systèmes : température,
entropie, enthalpie, caléfaction, torréfaction, structures dissipatives,
etc.&lt;br /&gt;
Faisant allusion, dans sa chambre d'hôpital, à un détail concret et
d'importance mineure de ma précédente visite, Raymond me dit :
« C'est l'antépénultième jour où tu es venu. » Sa diction était
lente, sans force et difficile, comme si de prononcer chaque mot (mais non de
le trouver) réclamait un effort. « Je vois - lui dis-je - que tu as gardé
la même prédilection pour le mot antépénultième. Il pourrait certainement
constituer un poème d'un seul mot. Mais dans quelle catégorie le
placerais-tu ? Dans celle destinée aux fans de Mallarmé et de
« l'antépénultième est morte » ? Ou dans celle moins bien définie
visant le nombre plus vaste de ceux (Mallarmé lui-même avant d'écrire son
texte) qui sont subjugués par la rare et précieuse qualité du terme isolé de
tout contexte ? »&lt;br /&gt;
Sans répondre à cette question, il eut un rire faible et affectueux et nous ne
poussâmes pas plus avant cette mini-conversation, la dernière que nous eûmes,
et qui eut lieu l'antéantépénultième jour de Raymond Queneau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Qu'est-ce qu'un poème de zéro mot ? C'est une émotion ressentie
comme douée d'une qualité poétique potentielle et qui a été exprimée avec moins
d'un mot. Il est vraisemblable que tous les poèmes connus (à quelques
exceptions près) ont commencé par être des poèmes de zéro mot. Selon cette
définition, il existe un bien plus grand nombre de poèmes. On remarquera
cependant que, malgré toute cette richesse, l'anthologie des poèmes en zéro mot
tiendrait aisément sur un timbre-poste.&lt;br /&gt;
Le problème des poèmes de zéro mot = PzM (resp. : poèmes de un mot =
P1M ; poèmes de n mots = PnM) gagne à être traité par l'approche
ensembliste. Un PzM ou un P1M est constitué par le (resp.: un PnM peut être
extrait du) vocabulaire de l'intersection des vocabulaires (ordonnés ou non) de
x poèmes de y mots. Lorsque cette intersection est un ensemble vide (resp.: un
singleton), on obtient un PzM (resp. : P1M). Au-delà, on débouche sur
l'immense et savoureux domaine des poèmes booléens qui attend encore son Ossian
ou son Narcisse Follaninio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.oulipo.net/oulipiens/FLL&quot;&gt;François Le Lionnais&lt;/a&gt;, 30
novembre 1976&lt;br /&gt;
Repris dans l’&lt;em&gt;Anthologie de l’OuLiPo&lt;/em&gt;, éditée par Marcel Bénabou et
Paul Fournel (Gallimard, Poésie, 2009, p. 843-845)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce beau texte émouvant (et qui à l’heure du microblogging en 140 signes
résonne d’une manière particulière) a été lu tout à l’heure, parmi d'autres,
lors du &lt;a href=&quot;http://www.oulipo.net/document20642.html&quot;&gt;premier Jeudi de
l’OuLiPo de l’année&lt;/a&gt;, consacré à cette anthologie.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>en cachette arrière</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/14/en-cachette-arri%C3%A8re</link>
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    <pubDate>Wed, 14 Oct 2009 02:07:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_octobre09/Salvayre_bw.jpg&quot; alt=&quot;Salvayre_bw.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Que la vraie colère commence là, dit BW. Que la vraie colère commence très
exactement là. Dans cette enfance qui s'avise brutalement que la température de
l'air n'est pas la même pour tout le monde. Que la veste en skaï bleu marine
est une affreuse imitation. Que les meubles de la salle à manger achetés en
promo sont franchement pourraves. Et qu'à la question du copain (le fils d'une
huile) : Ton père a quoi comme bagnole ? on reste idiot quelques
secondes avant que de mentir, puis la nuit, dans le noir, on imagine tous les
endroits possibles où l'on s'enfuira quand on aura 13 ans, le plus loin sera le
mieux, le plus loin de ce quartier de merde, le plus loin de ce F3 de merde, le
plus loin de ces parents sans thunes et de tout ce qui va avec cette putain de
pénurie de fric. Et la colère qui en résulte est une colère inapaisable, tu le
sais comme moi.&lt;br /&gt;
Le plus souvent elle dort, dis-je.&lt;br /&gt;
Mais une injustice, un affront, une simple contrariété, et la voilà qui devient
torche, dit BW. Torche. Écris-le. (p. 157)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point nous nous ressemblons.&lt;br /&gt;
Lorsqu’elles s’adressent au grand nombre, mes paroles qui sortent de nous
perdent toujours la marque de leur source intérieure. Comme si, dans leur
passage extra-muros, elles s'anémiaient, se dévitalisaient, se détachaient de
leur poids d'âme. Tu me fais pitié, dit BW, chaque fois qu'il me voit balbutier
à la télévision des réponses stupides et, parfois même, dans mon égarement, des
incongruités. Et il est vrai que la télé me laisse bête comme une bûche. Plus
rien, mais alors rien de singulier, de pertinent, ou simplement de sensé ne
transpire au-dehors. Le cœur affolé. Les pensées : terrées dans un coin du
cerveau. Les paroles : coupées de leur centre, et qui errent, qui errent.
Le regard semblant dire (à l'instar de Lucienne en visite chez les
riches) : excusez du dérangement. Et un seul désir :
disparaître.&lt;br /&gt;
Si j'essaie de me fabriquer un maintien, c'est pire ! J'ai cet air
d'embarras des pauvres qui s'endimanchent, j'ai l'âme endimanchée, engoncée,
gênée, comme on dit, aux entournures, et gourde, et bête, et empotée, et
éberluée. Une pitié. Même gaucherie chez BW, même air emprunté (interdit serait
plus juste), même désir de se cacher lorsqu'il s'exprime devant un parterre de
gens (car la langue dans une telle occurrence ne sert plus de cachette, ce pour
quoi elle est faite, que je sache). Il en est qui se mettent en avant, en
cachette avant. Cela plaît. BW et moi nous plaçons machinalement en arrière, en
cachette arrière. Cela déplaît, et c'est justice. Car il n'y a rien d'aimable à
vouloir s'effacer et paraître plus plat, plus con, plus fade, plus fermé que ce
que l'on est véritablement, et plein de grandes déclarations rentrées.&lt;br /&gt;
BW et moi nous imbécillisons dès lors que nous sommes en public. Aussi, ceux-là
qui, par ingénuité, ou par malice, ou par cynisme, ne s'en tiennent qu'aux
apparences, nous prennent à bon droit pour ce que nous semblons. Dois-je avouer
que nous tirons de cette méprise un orgueil douloureux et paradoxal (que je
n'aime pas beaucoup) ?&lt;br /&gt;
Les ressorts de cette insuffisance qui nous amène à balbutier idiotement, à
promener ce regard vide propre aux égarés, à dire euh euh d'un air ballot en
cherchant l'épithète idoine, plutôt qu'à énoncer des phrases claires et bien
senties, voire claironnées, voire trompettées, voire drastiquement assénées,
les ressorts de cette insuffisance, disais-je, nous les connaissons
parfaitement l'un et l'autre.&lt;br /&gt;
Allons-nous les divulguer ici ? Obtenir ainsi du lecteur qu'il nous soit
indulgent ? C'est tentant. Allons-nous jouer complaisamment la carte des
humiliations d'une enfance pauvre (être pauvre, dit BW, c'est l'être en mots
autant qu'en fric, ça va ensemble tu me diras), et celle de la peur enfantine,
toujours prête à resurgir, de parler à l'école un français de guingois ?
Tu veux nous la jouer Dickens ? plaisante BW. Allons-nous évoquer ici,
répondant au désir modeste de nous effacer, notre désir symétrique et
furieusement immodeste de nous singulariser à tout prix, contradiction
déchirante et qui nous mène fatalement à ce mutisme ?&lt;br /&gt;
On dirait, remarque BW agacé, que tu cherches à nous vendre ?&lt;br /&gt;
Oui, avoué-je.&lt;br /&gt;
Cher, j'espère.&lt;br /&gt;
Très cher, avoué-je.&lt;br /&gt;
Si au moins c'était vrai, soupire BW. On s'achèterait une baignoire en forme de
coquille Saint Jacques. Mon rêve ! Quelles qu'en soient donc les causes
(étudiants en psychologie, au travail !), notre parole publique est, comme le
pompon de la fête foraine (voir plus haut), frappée d'illégitimité. L'un et
l'autre ne sommes volubiles que dans la plus stricte intimité et dans le cercle
des plus vieux amis, qu'ils soient ici remerciés de leur patience.&lt;br /&gt;
Comment se défait-on de cette inaptitude ? Notre amour démesuré pour les
grâces de l'écrit serait-il le revers triomphant de notre balourdise
orale ? Son remède ? Sa vengeance ?&lt;br /&gt;
Possible. Possible. (p. 167-170)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lydie Salvayre, &lt;a href=&quot;http://www.lamartinieregroupe.com/livre/BW/9782020997119&quot;&gt;BW&lt;/a&gt; (Seuil,
2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’un des grands talents de Lydie Salvayre est d’être capable de se glisser
dans la peau et dans le fonctionnement cérébral des personnages les plus divers
et souvent les moins sympathiques : c’est ici son compagnon, BW, alias
Bernard Wallet, dont elle emprunte la voix pleine de colère et d’humour, pour
raconter son goût pour la fuite et son « expérience d’alpiniste dans
l’édition » (p. 106).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Car ce que BW aime plus que tout au monde c'est &lt;a href=&quot;http://www.editions-verticales.com/&quot;&gt;marcher à la verticale&lt;/a&gt;, c'est être
littéralement sur la corde raide, raide et verticale.&lt;br /&gt;
Improviser un aplomb dans l'anfractuosité d'une roche et s'assurer en même
temps une prise solide, voilà ce qui me plaît, dit-il. Être au bord de chuter
et aller vers le haut. Avoir le pied sûr, la main experte, et l'esprit comme
aspiré vers le ciel. Porter une attention extrême aux choses de la technique,
et, par un simple geste de la nuque, embrasser devant soi l'infini. Être dans
cet équilibre inquiet, précaire, entre le consentement le plus attentif à la
réalité matérielle et le sentiment exaltant d'atteindre au sublime. BW aime
passionnément que ces deux mouvements se conjoignent. BW aime passionnément que
l'écriture d'un texte, ensemble, les porte. Car BW est épris de ce qu'en art on
appelle, je crois, le baroque. Moi aussi. (p. 102-103)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour voir Lydie Salvayre « s'imbecilliser » (!?) en video :&lt;br /&gt;
::: un &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x9zsjd_lydie-salvayre-bw-mediapart_news&quot;&gt;entretien
avec Sylvain Bourmeau&lt;/a&gt; (Mediapart, 27 juillet 2009)&lt;br /&gt;
::: un autre &lt;a href=&quot;http://www.fnaclive.com/videos/66245&quot;&gt;entretien vidéo
pour la Fnac&lt;/a&gt; (6 octobre 2009)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: à lire aussi : François Bon, « &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1890&quot;&gt;Salvayre contre
Wallet&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>comme un corps étranger</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/12/comme-un-corps-%C3%A9tranger</link>
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    <pubDate>Mon, 12 Oct 2009 02:48:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_octobre09/vigan_heures_souterraines.jpg&quot; alt=&quot;vigan_heures_souterraines.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, Mathilde se dirige vers le RER. Elle ne regarde pas l’heure.
Elle connaît par cœur les couloirs, les escaliers, les raccourcis, ce monde
souterrain tissé comme une toile dans les profondeurs de la ville. Pour
rejoindre la ligne D, Mathilde emprunte depuis huit ans la longue galerie qui
passe en dessous de la gare, où se croisent chaque jour quelques milliers de
personnes : deux colonnes d'insectes, déversées par vagues sur les dalles
glissantes, une voie rapide à double sens dont il faut respecter le rythme, la
cadence. Les corps se frôlent, s'évitent, parfois se heurtent, dans une étrange
chorégraphie. Ici s'opère un vaste échange entre le dedans et le dehors, entre
la ville et sa banlieue. Ici, on est pressé, on marche vite, on va à son
travail, madame.&lt;br /&gt;
Avant, Mathilde faisait partie des plus rapides, elle déboîtait sur la gauche,
doublait d'un pas sûr et conquérant. Avant, elle s'agaçait quand le flot
ralentissait, pestait contre les lents. Aujourd'hui elle leur ressemble, elle
sent bien qu'elle n'est plus capable de suivre le rythme, elle traîne, elle n'a
plus l'énergie. Elle plie. (p. 81-82)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis toujours, Thibault s'attache à changer de secteur quand il demande
ses gardes. Il les a traversés dans tous les sens et de toutes les manières
possibles, il connaît leur rythme et leur géométrie, il connaît les squats et
les hôtels particuliers, les maisons recouvertes de lierre, le nom des cités
HLM, les numéros des cages d'escalier, les tours vieillissantes et les
résidences flambant neuves aux airs d'appartements témoins.&lt;br /&gt;
Il a longtemps cru que la ville lui appartenait. Sous prétexte qu'il en
connaissait la moindre rue, la plus petite impasse, les dédales
insoupçonnables, le nom des nouvelles artères, les passages sans lumière, et
ces quartiers surgis de nulle part aux abords de la Seine.&lt;br /&gt;
Il a plongé ses mains dans le ventre de la cité, au plus profond. Il connaît
les battements de son cœur, ses douleurs anciennes que l'humidité réveille, ses
états d'âme et ses pathologies. Il connaît la couleur de ses hématomes et le
vertige de sa vitesse, ses sécrétions putrides et ses fausses pudeurs, ses
soirs de liesse et ses lendemains de fête.&lt;br /&gt;
Il connaît ses princes et ses mendiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vit au-dessus d'une place, il ne ferme jamais les rideaux. Il voulait la
lumière, le bruit. Ce mouvement circulaire qui ne s'arrête jamais.&lt;br /&gt;
Il a longtemps cru que la ville et lui battaient au même rythme, ne faisaient
qu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, après dix ans passés au volant de sa Clio blanche, dix ans
d'embouteillages, de feux rouges, de souterrains, de sens uniques, de
stationnement en double file, il lui semble parfois que la ville lui échappe,
qu'elle lui est devenue hostile. Il lui semble qu'à force de promiscuité, et
parce qu'il connaît mieux que quiconque son haleine empesée, la ville attend
son heure pour le vomir ou le recracher, comme un corps étranger. (p.
128-130)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derrière lui, une dizaine de conversations se mêlent au bruit des couverts
et des chaises tirées sur le carrelage. Derrière lui, on trinque, on
s'esclaffe, on se lamente.&lt;br /&gt;
Il a envie d'être seul. Il a chaud et en même temps il a froid. Il n'est pas
sûr d'avoir la migraine mais peut-être que oui. Il perçoit son corps d'une
manière étrange. Son corps est un terrain vague, un territoire abandonné, relié
pourtant au désordre alentour. Son corps est sous tension, prêt à imploser. La
ville l'étouffe, l'oppresse. Il est fatigué de ses hasards, de son impudeur, de
ses fausses accointances. Il est fatigué de ses humeurs feintes et de ses
illusoires mixités. La ville est un mensonge assourdissant. (p. 180-181)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À Gare de Lyon, Mathilde descend, elle fait le même chemin que le matin en
sens inverse.&lt;br /&gt;
À l'interconnexion, elle tente de presser le pas, de s'insérer dans le
flot.&lt;br /&gt;
Elle ne peut pas. Cela va trop vite.&lt;br /&gt;
Sous terre, les règles de circulation sont inspirées du code de la route. On
double par la gauche et les véhicules lents sont priés de se maintenir du côté
droit.&lt;br /&gt;
Sous terre, on trouve deux catégories de voyageurs. Les premiers suivent leur
ligne comme si elle était tendue au-dessus du vide, leur trajectoire obéit à
des règles précises auxquelles ils ne dérogent jamais. En vertu d'une savante
économie de temps et de moyens, leurs déplacements sont définis au mètre près.
On les reconnaît à la vitesse de leur pas, leur façon d'aborder les tournants,
et leur regard que rien ne peut accrocher. Les autres traînent, s'arrêtent net,
se laissent porter, prennent la tangente sans préavis. L'incohérence de leur
trajectoire menace l'ensemble. Ils interrompent le flot, déséquilibrent la
masse. Ce sont des touristes, des handicapés, des faibles. S'ils ne se mettent
pas d'eux-mêmes sur le côté, le troupeau se charge de les exclure.&lt;br /&gt;
Alors Mathilde reste sur la droite, collée au mur, elle se retire pour ne pas
gêner. (p. 288-289)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delphine de Vigan, &lt;em&gt;Les heures souterraines&lt;/em&gt; (Lattès, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Se croisent et se recroisent, sans pathos inutile, dans un Paris
d’ultra-moderne solitude en perpétuel mouvement, les trajectoires souterraines
de deux êtres épuisés, une femme victime de harcèlement au travail et un
médecin urgentiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delphine de Vigan est née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt.&lt;br /&gt;
Elle a publié quatre autres romans :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Jours sans faim&lt;/em&gt; (Grasset, 2001) (sous le pseudonyme de Lou
Delvig)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Les Jolis Garçons&lt;/em&gt; (Lattès, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Un soir de décembre&lt;/em&gt; (Lattès, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;No et moi&lt;/em&gt; (Lattès, 2007, Prix des Libraires 2008)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Les heures souterraines&lt;/em&gt; est sur la liste du prix Goncourt.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>c'est la peur de la mort</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/08/c-est-la-peur-de-la-mort</link>
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    <pubDate>Thu, 08 Oct 2009 00:34:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_sept09/federman_carcasses.gif&quot; alt=&quot;federman_carcasses.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;LA CARCASSE #1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour j'étais dans mon bureau - comme je le suis tous les jours -
sauf le dimanche quand je regarde les matchs de football à la télé - football
américain bien sûr - et je foutais rien - y avait rien qui venait dans ma tête
- pas une seule phrase qui m'aurait fait sourire un peu et me dire - tiens
voilà un beau début - non rien - même pas un seul mot - comme par exemple le
mot qui lance mon roman &lt;em&gt;À qui de droit&lt;/em&gt; - le mot &lt;em&gt;silence&lt;/em&gt; - oui
silence complet dans ma tête ce jour-là - donc pour passer le temps je regarde
par la fenêtre la belle vue - je ne vais pas la décrire encore une fois même si
c'est tentant - si ça vous intéresse allez jeter un coup d'œil au chapitre
précédent qui décrit les carcasses empilées dans la zone des carcasses - ce
panorama majestueux m'a justement donné envie d'aller relire ce que j'avais
écrit sur les carcasses - et au fil de ma lecture une idée m'est venue - non -
pas une idée une phrase - celle-ci - quelle gueule il a dû faire le premier
être humain pensant - un homo sapiens disons - quand il a vu le premier mort -
je dis premier parce que lui le mort il n'était pas conscient d'être mort -
c'est celui qui a regardé ce mec s'effondrer dans la mort qui a dû faire une
drôle de gueule - puisqu'il était conscient que le mec qui venait de devenir
carcasse n'était plus vivant - et c'est alors que cet homo sapiens - ou cette
homo sapienne - car le premier individu à contempler la mort était peut-être
une femme - ou bien c'était déjà un homo erectus - ou une homo érective - on
peut pas savoir - y a pas d'enregistrement - mais c'est sans doute l'un de ces
homo quelque chose-là qui a inventé le mot &lt;em&gt;mort&lt;/em&gt; - enfin pas le mot
français mais le son qu'ont produit ses cordes vocales encore toutes neuves -
un son qui voulait dire - tiens le mec est mort - eh bien je me demandais
quelle gueule il a dû faire quand il ou elle a vu ce mec ou cette gonzesse
préhistorique s'effondrer dans la zone des carcasses et recevoir des autorités
le numéro 1 - enfin à l'époque - quand la zone des carcasses a été fondée - il
n'y avait pas encore de système numérique - pas de mathématiques non plus -
c'est moi qui ai donné le numéro 1 à cette carcasse - y avait rien dans
l'univers - tout était à inventer - c'est ce qu'ont fait les générations qui
ont suivi le premier homme à devenir conscient de la mort - après qu'il s'est
dit - merde le mec est mort - enfin pas vraiment dit - c'était une sorte de
grognement d'homme préhistorique - mais dès qu'il a émis ça il a ressenti en
lui - dans le creux de son estomac - une grande douleur - une douleur encore
bien plus aiguë que celle qu'il avait ressentie quand il s'est étiré de la
posture quadrupède à la posture bipède - mais cette fois - là devant la
carcasse de celui qui venait de tomber dans la zone des carcasses - il n'a pas
hurlé de douleur comme il avait fait quand il s'est érecté - si je peux me
permettre ce néologisme - non il n'a pas crié juste grogné - comprenant dans
son petit cerveau que lui aussi un jour pourrait devenir une carcasse comme
celle de ce pauvre mec qui venait de calancher - et c'est à partir de ce moment
qu'il a passé le reste de sa misérable vie d'homme préhistorique avec cette
douleur en lui - à laquelle il a un jour donné le nom de &lt;em&gt;peur&lt;/em&gt; - ah oui
la peur de la mort – tiens une fois j'ai écrit un petit poème qui disait&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;ce n'est pas la mort&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;qui nous effraie&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;c'est la peur de la mort&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
et après avoir eu cette pensée que je viens d'écrire je me suis dit - en me
souvenant de l'histoire des carcasses qui sont transmutées des centaines de
fois - parfois même plus - avant qu'elles soient complètement épuisées - dans
le sens qu'on donne à un livre épuisé - pas forcément parce qu'il a été trop lu
- parce qu'il a été pilonné - je me suis dit que ça devait être terrible d'être
transmuté et de revenir à la vie - quelle qu'en soit la forme - ça doit être
terrible d'avoir à ressentir la douleur de la peur chaque fois qu'on revient à
la vie - la peur de mourir - et je pense ici au problème des humains - il
faudrait sans doute se demander si par exemple les poissons rouges ressentent
également cette douleur au creux de leur petit estomac - pour savoir si eux
aussi ils ont peur de la mort - ou s'ils s'en foutent complètement - ou
peut-être se disent-ils la prochaine fois que je serai transmuté j'espère que
je reviendrai en homme ou en femme - de préférence en femme avec de jolies
jambes - parce qu'il paraît que les êtres humains n'ont pas peur de la mort -
c'est pour ça qu'ils aiment s'entre-tuer inlassablement - voilà à quoi je
pensais en admirant le paysage par la fenêtre de mon bureau ce jour où je ne
foutais rien -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raymond Federman, &lt;a href=&quot;http://www.leoscheer.com/spip.php?article1984&quot;&gt;Les Carcasses&lt;/a&gt; (Léo Scheer,
Laureli, 2009, p. 17-20)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Federman&quot;&gt;Raymond Federman&lt;/a&gt;
(1928-2009) vient de mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.federman.com/&quot;&gt;le site officiel&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.raymondfederman.blogspot.com/&quot;&gt;son blog&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://rougelarsenrose.blogspot.com/2009/10/raymond-federman.html&quot;&gt;Laure
Limongi&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://towardgrace.blogspot.com/2009/09/tremblez-voila-les-carcasses.html&quot;&gt;Claro
sur Les Carcasses&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>un râteau, ça ramasse des trucs</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/05/un-r%C3%A2teau-%C3%A7a-ramasse-des-trucs</link>
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    <pubDate>Mon, 05 Oct 2009 02:02:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_sept09/.Bonnerave_NouveauxIndiens_s.jpg&quot; alt=&quot;Bonnerave_NouveauxIndiens.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je réponds oui oui, &lt;em&gt;nice trip&lt;/em&gt;, alors là tout à fait &lt;em&gt;nice&lt;/em&gt; -
je vois cette tache projetée au-dessus de l'Atlantique ma gerbe. Un
anthropologue n'est pas censé détester les voyages. Pataugas, chaussettes
roulées sous le genou, mince bande de chair puis bermuda écru jusqu'à la
taille, très grosses jumelles sur gilet de pêche à poche boussole, poche
Aspivenin, poche carte, poche couteau avec lame-scie, lame-cuiller,
lame-ciseaux, lame-couteau bien sûr, enfin le chapeau colonial ceint par de
grosses lunettes de moto avec la sangle en caoutchouc, ne me dites pas le
contraire, l'anthropologue pour vous c'est ça : c'est un explorateur.
Amoureux du lointain, amateur d'inconnu. Eh bien moi, non, et vous pouvez me
croire, je ne suis pas un cas isolé. C'est fini, Tarzan, mon vieux ! Les
anthropologues sont des rats de bibliothèque qui en sortent parfois, la peur au
ventre, parce qu'il n'y a pas encore de livre sur les hommes qui les
intéressent, et que ce livre, en dépit des fièvres et du vaudou, eh bien il
faut l'écrire. Or Frank Firth, j'en ai des sueurs froides, mais il
m'intéresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Ok, salut à tous, avant qu'on s'y mette, je voudrais vous dire qu'on
accueille aujourd'hui un jeune scientifique, il va se présenter lui-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis je M'appelle A. l'anthropologue, et tout le monde rigole. Je pense
heureusement que je suis parti en avance. Pour moi ça n'arrivait plus, ce genre
de truc, dans les pays développés. Imaginez : le BART qui me mène de
l'avenue d'Alcatraz à la correspondance Oakland-Ouest roule sans faire
d'histoires. Le BART, c'est leur RER, si vous voulez. Comme je dois honorer un
rendez-vous pris à dix mille kilomètres il y a des mois, je pars pour Mills
College très en avance (de deux heures : à l'arrivée il y a toujours un
café où attendre avec un bon bouquin; je le sais d'expérience : je suis
toujours en avance). Eh bien deux heures, ça a failli ne pas suffire, parce que
c'était compter sans Timo Lopez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Je m'appelle A. l'anthropologue. Avant les anthropologues étudiaient les
villages de sauvages mais aujourd'hui ça n'existe plus (je prends mon meilleur
accent pour leur dire). Du coup, on se rabat sur les originaux, les artistes,
vous voyez (je prononce &lt;em&gt;ârtists&lt;/em&gt;: tout le monde rigole), donc moi mon
sauvage c'est Frank sur le campus de Mills College. (p. 17-18)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Je voudrais savoir comment font ces gens pour se dire des choses quand ils
jouent, donc quand ils ne peuvent pas se parler. Qu'est-ce qu'on fait et qui
décide, par exemple.&lt;br /&gt;
- C'est de l'ethnomusicologie, ça ?&lt;br /&gt;
- Je ne sais pas. Mais je sais que c'est de la politique, et que Frank est un
chef assez différent de George Bush. (p. 58)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- On ne vote pas, alors ?&lt;br /&gt;
Joues de Frank franchement écarlates. Petits arbres écarlates branches entre
les poils de barbe (qu'il n'a pas très dure). Arbres de pouvoir qui grattent
l'ego du moine Frank. Ça pousse fort sur la clairière. Bientôt, on n'y voit
plus le sol. Les primates les plus angoissés de disparaître sous le niveau des
végétaux se dressent sur leurs pattes, inventant l'humanité et les candidatures
spontanées au poste de chef. Si ça vous rappelle quelque chose vous pouvez
appeler au. (p. 88)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Comme si ça ne voulait rien dire, alors ?&lt;br /&gt;
- Pas forcément, il n'y a pas de système. Mais ne colle pas au sens. Montre que
tu sais parfois en tenir compte, quand ça t'amuse. On devrait toujours utiliser
son instrument comme un râteau. C'est Cage qui disait ça.&lt;br /&gt;
- C'est-à-dire ?&lt;br /&gt;
- Ben, un râteau, ça ramasse des trucs, mais ça ne ramasse pas tout. C'est pas
un peigne. Ça trie, quoi ! Quand tu crois recevoir trop d'informations,
c'est juste que tu veux répondre à chacune d'entre elles ! En fait, tu
peux les recevoir toutes, et choisir tes réponses. Le reste, laisse
tomber ! Le râteau est capable de se demander toutes les deux secondes
« qu'est-ce que je prends ? qu'est-ce que je laisse ? ». C'est
un grand sage, quoi, bien plus sage qu'un piano. On réessaye ? (p. 90)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jocelyn Bonnerave, &lt;a href=&quot;http://www.lamartinieregroupe.com/livre/Nouveaux%20Indiens/9782020989749&quot;&gt;Nouveaux
Indiens&lt;/a&gt; (Seuil, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jocelyn Bonnerave est né en 1977. &lt;em&gt;Nouveaux Indiens&lt;/em&gt;, son premier
roman, puise de manière singulière dans ses autres pratiques professionnelles,
l’anthropologie et l’improvisation musicale, pour décrire les « nouveaux
cannibales » de la Californie d’aujourd’hui. Comme l'impro, le roman est
un râteau qui ramasse les bribes parfois peu ragoûtantes des fictions modernes,
et les livre en vrac à notre entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des articles de Jocelyn Bonnerave anthropologue :&lt;br /&gt;
::: « &lt;a href=&quot;http://shadyc.ehess.fr/document.php?id=345&quot;&gt;Les
performances de jazz : du territoire à l’écologie&lt;/a&gt; »&lt;br /&gt;
::: « &lt;a href=&quot;http://lhomme.revues.org/index1489.html&quot;&gt;Le corps des
musiciens&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si vous cherchez dans google, vous trouverez plein de &lt;a href=&quot;http://pralinerie.blogspot.com/2009/09/nouveaux-indiens.html&quot;&gt;billets&lt;/a&gt; de
lectrices à qui ce livre a été envoyé par &lt;a href=&quot;http://www.chez-les-filles.com/&quot;&gt;Chez les filles&lt;/a&gt; (!) et qui n'ont pas aimé
du tout : ça aussi c'est de l'anthropologie de la modernité !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>capter, cambrioler, s'emparer, détourner</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/10/01/capter%2C-cambrioler%2C-s-emparer%2C-d%C3%A9tourner</link>
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    <pubDate>Thu, 01 Oct 2009 00:55:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_sept09/imposture.jpg&quot; alt=&quot;imposture.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jean Echenoz :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que là, c'est au contraire de notre travail même qu'il s'agit :
capter, cambrioler, s'emparer, détourner, casser la perception du monde en
mille morceaux et remonter ces morceaux dans un autre ordre pour essayer de
donner, de ce monde, une image reconstruite. Comme toi sans doute - et je crois
que tu le fais notamment dans ton usage de l'histoire littéraire -, je n'ai
jamais cessé de prendre un peu partout toute sorte d'éléments (récits
rapportés, propos dérobés au vol, graffiti, instantanés, extraits de films,
niaiseries télévisées, citations, etc.) puis de maquiller ces choses comme on
dit en français qu'on « maquille » une voiture volée, pour essayer de
les asservir à cette image reconstruite - dans ce mal nécessaire qu'est un
scénario.&lt;br /&gt;
Ce qu'on pourrait appeler l'imagination d'un romancier, ce n'est peut-être que
le travail de cette reconstruction même. Ces éléments que l'on dérobe - et on
fait bien de les dérober, ils ne serviront jamais à personne d'autre, ou alors
dans un tout autre usage - ne trouvent pas forcément leur place tout de suite.
Parfois il faut patienter longtemps avant de trouver le système susceptible de
les asservir, de les mettre en scène pour leur donner le plus d'existence
possible. Ce sont parfois de toutes petites choses, cela peut être un tout
petit détail trivial mais qui, va savoir pourquoi, m'enchante. Et dont rien
n'assure qu'il pourra enchanter qui que ce soit d'autre. Il y a par exemple,
rue de Belleville à Paris, toujours pas loin de chez moi, une boutique de
vêtements féminins assez modeste, pas très chic, dans la vitrine de laquelle
est installé un petit panneau sur lequel est écrit ceci : « Nous
habillons aussi les femmes rondes ». Comme tu vois, ce n'est vraiment qu'un
infime détail trivial mais cet énoncé me ravit par son curieux mélange de
bizarrerie et de banalité, de franchise brusque et de courtoisie pataude, d'une
certaine tendresse et d'autres choses encore qui m'échappent. J'aimerais bien
l'avoir écrite, cette phrase dérisoire, et je ne suis pas sûr de savoir au
juste pourquoi. Faute de l'avoir écrite je vais la voler, bien sûr, mais voici
des années que j'attends de trouver le cadre de fiction dans lequel elle jouera
au mieux, discrètement, son rôle minuscule. Pour le moment, je ne l'ai pas
trouvé. Je ne désespère pas que ce soit dans mon prochain livre, si j'arrive à
l'écrire. Mais en attendant, Enrique, si cette phrase te parle autant qu'à moi,
je te l'offre bien volontiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enrique Vila-Matas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me fais rire, Jean. Tu t'en doutes, j'adore la phrase, et je dois me
retenir pour ne pas me jeter dessus et m'en emparer sur le champ. Mais je vais
me maîtriser, du moins suffisamment pour ne pas la dérober aussi vite. Je vais
chercher un moyen terme entre te la chiper et tenter de l'oublier. Lors de mon
prochain passage à Paris, j'irai rue de Belleville. Voilà ce que je ferai.
J'irai dans cette rue à la recherche de la phrase, et je m'en approcherai sans
hâte, tel un voyageur nonchalant. Les gens me demandent souvent pourquoi je
travaille autant à partir des phrases d'autres auteurs. Je leur réponds que je
pratique une littérature de recherche. Je lis les autres jusqu'à les
transformer. Cette folie d'appropriation inclut ma propre parodie. Dans mon
livre autobiographique &lt;em&gt;Paris no se acaba nunca&lt;/em&gt;, le narrateur participe
à un concours de sosies de Hemingway alors qu'il ne lui ressemble pas du
tout ; il y va uniquement parce qu'il a décidé qu'il ressemblait à
l'auteur américain. C'est-à-dire qu'il est persuadé d'être son &lt;em&gt;double&lt;/em&gt;,
mais il ne lui ressemble en rien.&lt;br /&gt;
Ça peut sembler paradoxal, mais j'ai toujours cherché ma particularité en tant
qu'auteur dans l'assimilation d'autres voix. Les idées, les phrases prennent un
sens nouveau dès lors qu'elles sont glosées, légèrement remaniées, placées dans
un contexte insolite. « Je m'appelle Erik Satie, comme tout le
monde. » Comme l'a écrit Juan Villoro, cette phrase du compositeur
français résume à elle seule mon idée de la personnalité. « Être Satie,
c'est être exceptionnel, c'est-à-dire avoir trouvé une façon à soi de se
dissoudre dans l'anonymat triomphal, où l'unique est le propre de tout le
monde. »&lt;br /&gt;
Il me semble que l'on pourrait tout aussi bien dire « Je m'appelle Ravel,
comme tout le monde ».&lt;br /&gt;
Le fait est qu'on écrit toujours à la suite d'autres. Et, personnellement, je
n'ai aucun mal à me rappeler souvent cette évidence. J'en éprouve même du
plaisir, car je nourris ouvertement le désir de n'être Personne, et ne fais
donc jamais en sorte d'être uniquement moi-même mais également &lt;em&gt;les autres,
en toute impudence&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enrique Vila-Matas, Jean Echenoz, &lt;a href=&quot;http://www.meet.asso.fr/sommaire/autrespublications/imposture.html&quot;&gt;De
l'imposture en littérature. De la imposture en literatura&lt;/a&gt;. Traduit de
l'espagnol par Sophie Gewinner et du français par Guadalupe Nettel (Meet, 2009,
p. 15-18)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>aujourd'hui l'insignifiant sera bleu</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/09/29/aujourd-hui-l-insignifiant-sera-bleu</link>
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    <pubDate>Tue, 29 Sep 2009 01:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_sept09/.tavares_calvino_m.jpg&quot; alt=&quot;tavares_calvino.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;LE BALLON&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calvino, parfois pendant une semaine entière, se déplaçait à travers la
ville en emportant avec lui un ballon bien gonflé. Pour autant, il ne changeait
en rien ses activités quotidiennes qui suivaient leur cours normal : le
trajet du matin, le sonore et convaincant « Bonjour ! » lancé à
chacune des personnes qu'il croisait dans le quartier, les gestes nécessaires à
son office, le menu strictement établi du dîner et celui déraisonnable et
aléatoire du déjeuner, les horaires et la ponctualité conformes à sa rigueur
coutumière, le classicisme et la discrétion de ses vêtements et de son sourire,
bref, rien ne changeait - du lever au coucher - excepté une chose : entre
le pouce et l'index de sa main droite, il tenait avec la précision d'un
horloger le fil d'un ballon bien gonflé, qu'il ne lâchait pas de toute la
journée. Au travail, chez lui, dans la rue, dans l'épicerie où il demandait
régulièrement des &lt;em&gt;Pommes plus roses encore que d'ingénues demoiselles&lt;/em&gt;,
au Café, qu'il accélérât ou qu'il ralentît, qu'il se tînt debout ou assis,
monsieur Calvino ne lâchait pas son ballon et s'assurait à chaque instant qu'il
ne risquait pas d'éclater.&lt;br /&gt;
Parfois, il l'attachait à l'un de ses poignets avec un fil.&lt;br /&gt;
Au travail, lorsqu'il lui fallait absolument avoir les deux mains libres, il
attachait le fil à la clé d'un tiroir et le ballon restait là, à ses côtés,
sans dire un mot, toujours présent. On eût dit, parfois, qu'il remplaçait les
photos de famille que certains de ses collègues disposaient sur leur bureau.
Lorsque sa nature intime le sollicitait, Calvino allait aux toilettes avec son
ballon et, une fois à l'intérieur, avec la plus grande délicatesse - comme s'il
s'agissait de poser un vase fragile sur une console instable -, enroulait le
fil autour de la poignée de la porte et avait presque envie de lui dire,
affectueusement, comme d'autres le font avec leur animal de compagnie :
&lt;em&gt;Attends-moi là une minute&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
Dans les transports en commun, aux heures de grande affluence, monsieur Calvino
maintenait le ballon bien au-dessus de sa tête, en s'efforçant, pendant le
trajet, de lever le bras aussi haut que possible, afin qu'un mouvement
malencontreux ne le fasse pas éclater. Chez lui, au moment de se coucher, il
installait le ballon auprès de sa table de chevet et, après seulement, pouvait
s'endormir.&lt;br /&gt;
Accorder une attention inhabituelle (ne serait-ce que quelques jours) à un
objet comme celui-là était, pour Calvino, un exercice fondamental qui lui
permettait d'aiguiser son regard sur les choses du monde. Dans le fond, le
ballon était un moyen simple de désigner le Néant. Ce système, que l'on appelle
vulgairement ballon, consistait finalement à entourer d'une mince enveloppe de
latex une infime partie de la totalité de l'air du monde. Sans cette enveloppe
colorée, cet air, à présent comme souligné et se distinguant du reste de
l'atmosphère, passerait complètement inaperçu. Pour Calvino, choisir la couleur
du ballon revenait à attribuer une couleur à l'insignifiant. Comme s'il
décidait : aujourd'hui l'insignifiant sera bleu.&lt;br /&gt;
Et la fragilité quasi insurpassable du ballon rendait également nécessaire une
série de gestes protecteurs qui rappelaient à Calvino combien était ténue la
distance entre la vie, énorme et puissante, qui l'habitait alors, et la mort,
énorme et puissante, qui n'avait de cesse, tel un insecte inconnu mais
bourdonnant, de voleter autour de lui.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gonçalo M. Tavares, &lt;a href=&quot;http://www.viviane-hamy.fr/fiche-ouvrage.asp?O=244&quot;&gt;Monsieur Calvino et la
promenade&lt;/a&gt; (Viviane Hamy, 2009, p. 17-19)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/13/seul-completement-seul-comme-toujours&quot;&gt;Monsieur Valéry&lt;/a&gt;,
les éditions Viviane Hamy ont l’excellente idée de publier la suite des
évocations par &lt;a href=&quot;http://goncalomtavares.blogspot.com/&quot;&gt;Gonçalo M.
Tavares&lt;/a&gt; des habitants de son « bairro » en forme de bibliothèque
idéale. Est aussi publié &lt;a href=&quot;http://www.viviane-hamy.fr/fiche-ouvrage.asp?O=245&quot;&gt;Monsieur Kraus et la
politique&lt;/a&gt;, et dans ce volume-ci, on trouve en prime et en postface un joli
texte de Jacques Roubaud, « Calvino &amp;amp; Monsieur Palomar ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: lire aussi « &lt;a href=&quot;http://www.viviane-hamy.fr/pdf/p-244-1.pdf&quot;&gt;Premier rêve de Calvino&lt;/a&gt;
»&lt;br /&gt;
::: et un &lt;a href=&quot;http://1.bp.blogspot.com/_MLgqwI2sdUM/Sqf0iF2XzwI/AAAAAAAAALU/KBGoyyiYLn0/s1600-h/Portrait+LH+2009-1-150jpg.jpg&quot;&gt;
article de Véronique Rossignol&lt;/a&gt; dans &lt;em&gt;Livres Hebdo&lt;/em&gt; (787, 4 sept
2009)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>il suffisait d'avoir envie de les voir</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/09/26/il-suffisait-d-avoir-envie-de-les-voir</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:74e3eff4870443318fe140da83b1cd23</guid>
    <pubDate>Sat, 26 Sep 2009 01:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_sept09/.yann_suty_cubes_s.jpg&quot; alt=&quot;untitled&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;untitled&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sans quitter un instant ces géants de verre des yeux, j'ai reculé à la
manière d'un appareil photo exécutant un lent zoom arrière. Quand les cubes
sont tous apparus dans une seule et même image, je me suis assis dans l'herbe.
Repensant aux paroles de mon père le soir où j'avais demandé quels animaux
vivaient dans des cubes en verre, j'ai tout à coup vu un serpent glisser à
l'intérieur d'un cube. Mais je n'avais pas peur. Cette apparition, je savais
bien que je l'avais provoquée. D'ailleurs, le serpent n'avait pas l'air réel.
Il ressemblait plutôt à un dessin animé. Il a grimpé le long de la paroi
verticale avant de glisser sur le plafond et de redescendre de l'autre côté. Sa
taille était telle que le bout de son corps n'apparaissait toujours pas. À ce
rythme, il allait bientôt remplir tout le cube. Ça suffit, ai-je pensé, et j'ai
fermé les yeux. Quand je les ai rouverts, le serpent avait disparu. Évidemment.
(p. 21-22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cubes se rappelaient à mon bon souvenir quand ils le décidaient. Ils
étaient là. Tout le temps. Partout. Si je ne les voyais pas, c'était uniquement
parce que je n'avais pas encore cette idée en tête. Il m'aurait pourtant suffi
de lever le nez pour déceler les signes qu'ils ne cessaient de m'envoyer. Pour
les faire apparaître à volonté. Chaque matin, quand j'entrais dans la cabine de
douche, ne pénétrais-je pas à l'intérieur d'un cube ? De la même manière,
lorsque je passais devant un magasin, les vitrines ne me lançaient-elles pas
des clins d'œil ? Oh oui, les cubes étaient là, il suffisait d'avoir envie
de les voir. (p. 70)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Et la force qui gouverne ma mémoire continue de n'en faire qu'à sa guise et
au milieu de ce souvenir elle exécute un brusque saut en arrière pour me
rappeler, souvenir dans le souvenir, la réaction d'Erena quand je lui ai relaté
mes « retrouvailles » avec les cubes le jour de la chasse au
sanglier. « Quel intérêt ? m'avait-elle demandé. Un cube a une forme
si banale ('Si pure', lui avais-je rétorqué), alors qu'aujourd'hui on fait des
choses tellement plus complexes et originales. Comment peut-on s'intéresser à
ça ? » Et alors je comprends, je comprends pourquoi ce parallèle entre
Alexis et Erena a été dressé. Ils ont tous les deux réagi de la même manière.
Ils ont réagi de la même manière parce qu'ils ne comprennent pas. Ils ne
comprennent pas. ILS NE COMPRENNENT PAS. Comme Laura l'a expliqué (mais
pourquoi faut-il toujours que les choses me soient montrées du doigt pour que
je les perçoive ?) il y a ceux à qui les cubes parlent et ceux à qui ils ne
parlent pas. Ceux qui savent et les autres. Qu'est-ce qui leur manque ? Ou
plutôt : qu'est-ce que j'ai, qu'est-ce que Laura et moi avons, qu'ils
n'ont pas ?) (p. 238)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yann Suty, &lt;a href=&quot;http://www.editions-stock.fr/livre/stock-322883-Cubes-hachette.html&quot;&gt;Cubes&lt;/a&gt;
(Stock, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un narrateur sans qualités, entre lucidité et folie, réécrit sa vie banale
pour en faire un thriller fantastique gouverné par d'énigmatiques cubes de
verre : « Le hasard est toujours là pour vous rappeler qu'il n'existe
pas » est le titre de l'un des chapitres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yann Suty est né le 3 mai 1978 dans le Nord. Il vit et travaille à Paris
dans la publicité.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Cubes&lt;/em&gt; est son premier roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur &lt;a href=&quot;http://www.yannsuty.com&quot;&gt;son site&lt;/a&gt; on trouve une &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xaj5rr_yann-suty-cubes_creation&quot;&gt;vidéo de
présentation&lt;/a&gt; dans laquelle il évoque le &lt;a href=&quot;http://yannsuty.com/?page_id=8&quot;&gt;pré-texte de ce roman&lt;/a&gt;, une œuvre de Damien
Hirst, « &lt;a href=&quot;http://www.whitecube.com/artists/hirst/vitrineworksl/&quot;&gt;The Physical
Impossibility of Death in the Mind of Someone Living&lt;/a&gt; », un triple cube en
verre rempli de formol dans lequel était plongé un requin.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>parce que ce sont des femmes</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/09/24/parce-que-ce-sont-des-femmes</link>
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    <pubDate>Thu, 24 Sep 2009 02:54:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_sept09/martin-winckler-le-choeur-des-femmes.jpg&quot; alt=&quot;martin-winckler-le-choeur-des-femmes.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Là, j'explose.&lt;br /&gt;
- Ça suffit ! J'ai été major de ma classe cinq années de suite, j'ai une
mémoire photographique, j'ai enregistré tous les cours qu'on m'a donnés, je me
souviens de toutes les conversations que j'ai eues avec mes profs et mes
patrons ! &lt;em&gt;Comment se fait-il que je ne le sache pas ?&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je monte une marche vers lui.&lt;br /&gt;
Il me regarde, les yeux écarquillés. Il doit se demander si j'ai bu ou si je
délire de lui raconter ça, mais il ne sourit pas, il ne me fait pas cette moue
de mépris que j'ai essuyée trois cent mille fois à la moindre occasion, non, il
soupire, ses épaules s'affaissent et il dit :&lt;br /&gt;
- Vous ne pouvez pas savoir ce qu'on ne vous a pas appris. Et vous ne pouvez
pas apprendre avec des lunettes noires.&lt;br /&gt;
- Qu'est-ce que vous racontez ?&lt;br /&gt;
Il descend une marche vers moi.&lt;br /&gt;
- Je parle de la morgue, de la vanité, de la boursouflure de vous-même qu'on
vous a inculquées après vous avoir soigneusement humiliée et culpabilisée. Je
parle de la manière dont les patrons à qui vous avez eu affaire vous ont
&lt;em&gt;déformée&lt;/em&gt; pour vous transformer en robot. C'est de &lt;em&gt;ça&lt;/em&gt; que je
parle.&lt;br /&gt;
Je grimpe une marche de plus et je me trouve nez à nez avec lui à pré-sent, si
près que j'ai l'impression de lui cracher au visage.&lt;br /&gt;
- Mais &lt;em&gt;bordel de dieu&lt;/em&gt; les autres peuvent pas avoir &lt;em&gt;tout le
temps&lt;/em&gt; tort, quand même, et vous, toujours raison ! Ils ne font pas
tout mal, tout le temps. Arrêtez donc de vous prendre pour le nombril du monde
et pour le meilleur médecin de bonnes femmes de la planète !&lt;br /&gt;
Il ne répond rien. Il me regarde. J'ai l'impression que je lui ai soufflé toute
ma colère dans la figure et alors que je m'attends à ce qu'enfin il me foute
dehors, je le vois hocher la tête.&lt;br /&gt;
- Vous avez raison, dit-il calmement.&lt;br /&gt;
Il me plante là et se remet à gravir l'escalier.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Salopard !&lt;/em&gt; (p. 155)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Quand un médecin met deux doigts dans le vagin d'une femme qui va bien et
ne lui a rien demandé, il le fait essentiellement pour se rassurer. Ça ne fait
pas de lui un bon médecin, mais un anxieux pervers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La profession de médecin, c'est risqué, même quand on s'occupe de
cadavres. Si tu ne veux pas faire face à l'inconnu, change de métier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- On devient soignant parce qu'on a un patient symbolique à soigner. Qui est
le tien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Tu n'as pas de jugement à porter... mais tu en porteras quand même. Et ils
reviendront te frapper en pleine gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Il est difficile de ne pas porter de jugement. Tu es un être humain. Mais
ça ne t'autorise ni à condamner ni à appliquer des peines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Tous les patients ne sont pas aimables; mais ils n'ont pas besoin d'être
aimés pour aller moins mal. Ils ont juste besoin que tu les respectes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Si tu ne les respectes pas, qui donc te respectera ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Qui donc es-tu pour affirmer que ce patient ne dit pas la
vérité ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Soigner, c'est autre chose que jouer au docteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Tu ne sauveras peut-être jamais personne. Mais tu peux soulager et soigner
presque tout le monde. Choisis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Pose ton stylo, tu écriras plus tard. Regarde. Enlève tes bouchons
d'oreille. Ôte tes lunettes noires. Écoute. Regarde. Sens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- N'hésite jamais à dire NON quand on t'impose une sale besogne. Si elle est
vraiment importante, ton patron doit pouvoir la faire lui-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ha ! Elle est bien bonne, celle-là ! Quel donneur de
leçons&lt;/em&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'empile les feuilles les unes sur les autres mais une autre phrase
m'accroche le regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Tout le monde ment. Les patients mentent pour se protéger ; les
médecins mentent pour garder le pouvoir. (p. 164-165)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Parfois, j'ai eu le sentiment qu'elles racontaient des bobards. Ou
qu'elles ne disaient pas tout. Le personnage de série télé, là, le médecin
misanthrope...&lt;br /&gt;
- House...&lt;br /&gt;
- Oui, House. Dans les quelques épisodes que j'ai vus, il n'arrête pas de dire
« Tout le monde ment », et ça me mettait hors de moi. Mais à présent, je
me mets à penser qu'il a raison !&lt;br /&gt;
- Je comprends que tu aies ce sentiment mais je crois que, dans son esprit -
enfin, dans l'esprit des scénaristes -, ça ne veut pas dire « tout le
monde ment pour couillonner les médecins ». Ça veut dire « tout le monde
ment parce que tout n'est pas facile à dire ». Tout le monde ment pour protéger
quelque chose. Pour se protéger de quelque chose.&lt;br /&gt;
- Tout le monde ?&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Pourquoi est-ce que je pose la question ?&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
- Bien sûr. Ce n'est pas nécessairement un secret terrible ou destructeur, mais
il est suffisamment chargé de honte pour ne pas pouvoir être étalé sur la place
publique. Souvent, les secrets sont décevants pour les autres, quand ils les
apprennent, tant ils sont communs, tant ils pourraient être les secrets de tous
et de n'importe qui. Mais pour les personnes qui les portent, ce sont des
fardeaux insupportables. Et la peur de les révéler est telle qu'elles
travestissent la réalité pour ne pas avoir à attirer l'attention. Elles
racontent des histoires pour enrober la vérité. Ce qu'elles ne savent pas c'est
que l'histoire qu'elles racontent enveloppe parfois si bien cette vérité
qu'elle en dessine les contours.&lt;br /&gt;
Je ne comprends rien à ce qu'il me dit. Je sais que ça a du sens. Je n'arrive
juste pas à le voir. Comme les gens à qui un mauvais coup sur le devant du
crâne a sectionné le nerf olfactif, et pour qui une fraise n'a plus qu'un goût
de flotte, ils se souviennent que ça avait un parfum, mais il n'est plus là et
ils attendent avec impatience que ça revienne, si seulement ils pouvaient
garder la fraise dans la bouche, mais là, c'est ce goût de flotte, cette
texture d'éponge... (p. 360)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biais de sélection :&lt;br /&gt;
Bien sûr que toutes les femmes de Tourmens qui vont voir un médecin pour une
contraception, une grossesse, une IVG ne sont pas obèses, migrantes, immigrées
voilées, seules et abandonnées, adolescentes en rupture ou mères
sous-prolétaires en attente de leur bulletin d'aide médicale. Mais ce sont
celles-là que nous recevons ici. Et si elles viennent ici c'est parce qu'on ne
veut pas d'elles ailleurs. Essayez d'appeler un gynécologue de ville en prenant
l'accent du Maghreb ou en disant que vous vivez dans une roulotte et vous
verrez comment vous serez reçue. Et ce « biais de sélection » est ce
qui amène presque toujours les femmes qui consultent ici. Et quand ce n'est pas
le voile ou l'obésité ou l'aide médicale, ce sont les douleurs inexpliquées qui
durent depuis des mois, les saignements qui pourrissent la vie, les angoisses
de grossesse ou de stérilité... Toutes les choses qui nécessitent de &lt;em&gt;donner
un peu de son temps&lt;/em&gt; pour écouter ce qu'elles ont à en dire si on veut y
comprendre quelque chose. « Mais le temps, n'est-ce pas, c'est de
l'argent. Et on ne va tout de même pas en donner à toutes ces emmerdeuses,
n'est-ce pas ? »&lt;br /&gt;
La médecine française est, purement et simplement, une médecine de classe. Un
trop grand nombre de « professionnels » méprisent souverainement tous
les patients et les traitent comme des enfants - et plus encore les femmes,
&lt;em&gt;parce que ce sont des femmes&lt;/em&gt;. (p. 379)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Winckler, &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6290&quot;&gt;Le Chœur des
femmes&lt;/a&gt; (POL, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau gros roman médical de &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/ficheauteur.asp?num=200&quot;&gt;Martin
Winckler&lt;/a&gt; n’est pas seulement un &lt;a href=&quot;http://wincklersblog.blogspot.com/2009/09/proximiteautobiographie-et-tout-ca.html&quot;&gt;
roman autobiographique&lt;/a&gt; (même si Franz Karma est l’anagramme de Marc/k
Zaf(f)ran), c'est aussi un « roman pédagogique » sur la relation de
soin, une charge chevaleresque et savoureuse contre les féodalités du milieu
médical français, un roman documentaire où l’on apprend des tas de choses
utiles (que n’ai-je rencontré plus tôt un tel gynécologue se diront sans doute
pas mal de lectrices !), une &lt;a href=&quot;http://wincklersblog.blogspot.com/2009/09/comedie-medicale-humaine.html&quot;&gt;comédie
(médicale) humaine&lt;/a&gt; où chacun(e) tour à tour raconte son histoire, une
comédie musicale chorale aussi, avec solos, duos, polyphonies et un final
mélodramatique et rocambolesque assumé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://martinwinckler.com/&quot;&gt;Winckler’s Webzine&lt;/a&gt;. Le site
personnel de Martin Winckler&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://wincklersblog.blogspot.com/&quot;&gt;Chevaliers des touches - un
blog pour écrivants&lt;/a&gt;, son nouveau blog, où il posait hier une bonne
question : « &lt;a href=&quot;http://wincklersblog.blogspot.com/2009/09/qui-le-droit-decrire.html&quot;&gt;Qui a le
droit d'écrire ?&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xa0fqm_martin-winckler-le-chyur-des-femmes_creation&quot;&gt;
Entretien video&lt;/a&gt; (avec Sylvain Bourmeau, pour &lt;em&gt;Mediapart&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://bibliobs.nouvelobs.com/20090903/14416/je-ne-suis-quun-modeste-generaliste&quot;&gt;
Rencontre avec Martin Winckler&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;BibliObs&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
::: « &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/article322.html&quot;&gt;Le Chevalier au
spéculum&lt;/a&gt; », un bel article de Mona Chollet (&lt;em&gt;Périphéries&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : dites, docteur, si vous passez par là, c’est quoi le médicament
qui sert de modèle à la « migrazine » qui p. 305 tue la migraine en
10 minutes ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>rentrée mélancolique dans l'internet littéraire</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/09/22/tout-le-monde-met-la-clef-sous-la-porte</link>
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    <pubDate>Tue, 22 Sep 2009 02:18:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_sept09/cranach_melancolie1.jpg&quot; alt=&quot;cranach_melancolie1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;em&gt;Zazieweb&lt;/em&gt;, qui était là depuis une éternité - 13 ans ! - et
m'avait donné envie de faire partie de l'internet littéraire naissant, ferme
ses portes : &lt;a href=&quot;http://www.zazieweb.fr/&quot;&gt;Isabelle Aveline explique
longuement pourquoi elle fait une pause&lt;/a&gt;, qu'on veut espérer temporaire.
Qu'ajouter aux billets d'&lt;a href=&quot;http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2009/09/zazie-dans-la-panade.html&quot;&gt;Olivier
Ertzscheid&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1882&quot;&gt;François Bon&lt;/a&gt;,
&lt;a href=&quot;http://desordre.net/blog/?debut=2009-09-13#2261&quot;&gt;Philippe De
Jonckheere&lt;/a&gt;, ou &lt;a href=&quot;http://www.archicampus.net/wordpress/?p=502&quot;&gt;Virgine Clayssen&lt;/a&gt;, sinon la
remercier et lui demande de revenir très vite, sous cette forme ou une
autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: Apparus beaucoup plus récemment mais devenus des lectures presque
quotidiennes pleine de surprises, d'humour et d'envies qui vont aussi beaucoup
me manquer, deux blogs d'écrivains, &lt;a href=&quot;http://situvoiscequejeveuxdire.blogspot.com/2009/09/silence-on-tourne-une-page.html&quot;&gt;
Si tu vois ce que je veux dire&lt;/a&gt; de Sébastien Smirou et &lt;a href=&quot;http://lesideesheureuses.over-blog.com/article-36292383-6.html&quot;&gt;Les Idées
heureuses&lt;/a&gt; de Didier da Silva, mettent aussi &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1886&quot;&gt;la clef sous la
porte&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: Une bonne nouvelle, tout de même, &lt;em&gt;De tout sur rien&lt;/em&gt;, le blog de
Daniel Bourrion, fait peau neuve en devenant &lt;a href=&quot;http://www.face-ecran.fr/&quot;&gt;Face Ecran&lt;/a&gt; ; et &lt;a href=&quot;http://www.face-ecran.fr/terres/&quot;&gt;Terres&lt;/a&gt; est désormais ici.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>partir pour la rentrée</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/09/04/partir-pour-la-rentr%C3%A9e</link>
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    <pubDate>Fri, 04 Sep 2009 13:30:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>vraie vie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/.martin_parr_ocean-dome-bath-center_m.jpg&quot; alt=&quot;martin_parr_ocean-dome-bath-center.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant qu'il sont tous rentrés et que l'automne gagne, je pars vers le
sud voir si la mer y est encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce blog, qui était déjà très paresseux ces derniers temps, sera en vacances
jusqu'au 21 septembre et les commentaires modérés. Quelques connections
&lt;a href=&quot;http://twitter.com/cgenin/&quot;&gt;twitter&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://www.facebook.com/christine.genin&quot;&gt;facebook&lt;/a&gt;, quelques liens partagés
sur le &lt;a href=&quot;http://lignesdefuite.tumblr.com/&quot;&gt;tumblr de lignes de fuite&lt;/a&gt;
ne sont toutefois pas exclus ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous laisse avec cette mer artificielle japonaise photographiée par
Martin Parr, pour vous inciter à aller visiter l'&lt;a href=&quot;http://www.jeudepaume.org/?page=article&amp;amp;idArt=828&amp;amp;lieu=1&quot;&gt;exposition
qui lui est consacrée au Jeu de Paume&lt;/a&gt;, ou à défaut &lt;a href=&quot;http://www.martinparr.com&quot;&gt;son site&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>étoile point étoile</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/09/03/%C3%A9toile-point-%C3%A9toile</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:2632d4677dc02a47c58981d60c973332</guid>
    <pubDate>Thu, 03 Sep 2009 01:45:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/Suel_Patience.jpg&quot; alt=&quot;Suel_Patience.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;À Deûlémont, Christophe Moreel s'extirpa du fauteuil club pour se diriger
vers la bibliothèque. Les années avaient passé mais cette bibliothèque
continuait de refléter la personnalité de son amie, offrant à la vue celles et
ceux qui avaient contribué à la formation de son esprit. Marie Noël voisinait
avec Sophie Podolski, Samuel Beckett et Georges Bataille fréquentaient Thomas
Merton et Georges Hyvernaud. Recueils de poèmes et romans noirs, littérature
prolétarienne et Pères de l'Église, bandes dessinées érotiques, manuels de
jardinage et traités d'architecture, tous les ouvrages étaient mêlés sans
distinction, ni préséance, dans la bibliothèque de Mauricette. On y rencontrait
aussi ceux qu'André Blavier appelle « les fous littéraires » et des
internés célèbres comme Germain Nouveau, Émile Nelligan, Antonin Artaud, Carl
Solomon...&lt;br /&gt;
Reconnaissable à son dos marqué d'une paire d'étoiles séparées par un point, le
gros classeur contenait le manuscrit en cours de Mauricette. ÉTOILE POINT
ÉTOILE. *.* ; elle avait eu l'idée de ce titre pendant le stage de 1988,
ayant noté qu'en informatique, le signe * peut remplacer n'importe quel mot.
Ainsi, *.* désigne n'importe quel fichier et par là, tous les fichiers existant
dans la mémoire de l'ordinateur.&lt;br /&gt;
Depuis la fin des années soixante-dix, Mauricette avait commencé de fabriquer
ce livre qui voulait décrire le monde actuel dans sa totalité, une œuvre
composée majoritairement de textes trouvés, découpés dans les journaux de
petites annonces, les prospectus de supermarché, les catalogues de vente par
correspondance, des listes de courses, des extraits des magazines ou des livres
qui lui tombaient sous la main. Au fil du temps, Mauricette avait incorporé à
son livre d'autres documents, des fragments du journal intime qu'elle tenait
épisodiquement et puis surtout l&lt;em&gt;'anthoveaulogie&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
Lorsqu'elle lisait un roman ou un recueil de poèmes, chaque fois
qu'apparaissait le mot « veau », elle relevait scrupuleusement la phrase
qui contenait le vocable, avec indication du numéro de page et en
l'accompagnant des données bibliographiques, auteur, titre, éditeur, année de
publication. Christophe ne connaissait pas le pourquoi de cette manie qui la
faisait se focaliser sur ce mot de quatre lettres. Pour lui, cela faisait
partie de son personnage au même titre que les trous dans sa biographie, ou les
périodiques accès de mélancolie succédant à des journées d'intense
activité.&lt;br /&gt;
Mauricette ne collait pas tous ces éléments dans son manuscrit. Elle les
recopiait intégralement, souvent à la machine à écrire, parfois au stylo-bille,
s'agissant de son journal intime. La pratique de l'informatique lui avait
fourni un nouvel instrument, le traitement de texte, et partant, le titre
général d'ÉTOILE POINT ÉTOILE qui « collait » véritablement à son
projet globalisant. Ce travail en cours lui donnait sans doute la sensation de
recréer la réalité, de lutter contre l'éparpillement qui est la marque du monde
contemporain.&lt;br /&gt;
Elle n'avait jamais envoyé ÉTOILE POINT ÉTOILE au moindre éditeur. Cependant
quelques extraits, sans doute procurés par Alfonsina Vandenbeulque, une de ses
relations, figuraient dans l'ouvrage &lt;em&gt;Cadavre Grand m'a raconté&lt;/em&gt;, une
&lt;em&gt;Anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le nord de la
France&lt;/em&gt; (sic) &lt;a href=&quot;http://www.lecorridorbleu.fr/Cadavre_grand.php&quot;&gt;éditée en 2006 au Corridor
Bleu par les soins du poète Ivar Ch'Vavar&lt;/a&gt;. Il est également certain que la
publication en 1991 de ses &lt;em&gt;Lettres de l'asile&lt;/em&gt; lui avait donné un début
de notoriété dans le domaine de la littérature marginale.&lt;br /&gt;
Non sans une certaine émotion, entre un &lt;em&gt;Traité de la taille des arbres
fruitiers&lt;/em&gt; et un &lt;em&gt;Slang Dictionary&lt;/em&gt;, Christophe dénicha un
exemplaire de cet opuscule sur le second rayon de la bibliothèque de
Mauricette, un livre mince de format oblong, à la modeste couverture grise,
publié à Lyon par les Éditions de Garenne. Christophe Moreel était à l'origine
de cette publication. (p. 42-45)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il cliqua dans ses favoris sur le signet « Étoile Point Étoile ».&lt;br /&gt;
Mauricette avait, avec son aide, ouvert un blog sous ce titre, un complément à
son œuvre encyclopédique éponyme. Elle y postait assez irrégulièrement des
extraits de son Anthologie du veau dans la littérature, des photos ratées, des
maximes inattendues souvent drôles... Bref, elle avait une présence sur le web.
Sur l'écran, il lut : « Le blog a été supprimé. Nous sommes désolés,
le blog à l'adresse etoilepointetoile.blogspot.com a été supprimé. Cette
adresse n'est pas disponible pour de nouveaux blogs. » Christophe ne fut
qu'à moitié surpris. Avant sa crise, sans doute la sentant venir, Mauricette
avait jeté dans les vastes oubliettes électroniques d'Internet toute la matière
qu'elle y avait accumulée. Certains lecteurs seraient sans doute déçus, mais
Christophe préférait apprendre la disparition du blog plutôt que celle de son
animatrice. (p. 95-96)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien Suel, &lt;a href=&quot;http://academie23.blogspot.com/2009/08/la-patience-de-mauricette.html&quot;&gt;La
Patience de Mauricette&lt;/a&gt; (La Table Ronde, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mauricette Beaussart tenait depuis 2005 un blog étonnant, &lt;a href=&quot;http://etoilepointetoile.blogspot.com/&quot;&gt;Etoile point étoile&lt;/a&gt; qui a été
fermé quelques mois et a rouvert &lt;a href=&quot;http://etoilepointetoile.blogspot.com/2009/05/je-suis-revenue.html&quot;&gt;le 6 mai
dernier&lt;/a&gt;, mais sans ses archives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est désormais un magnifique personnage romanesque, &lt;a href=&quot;http://etoilepointetoile.blogspot.com/2009/05/je-me-souviens.html&quot;&gt;petite
fille&lt;/a&gt; septuagénaire pleine de lignes de fuite, dont on découvre peu à peu
les secrets après sa fugue de l’hôpital psychiatrique où elle s’était réfugiée.
Du cabas vert de Mauricette, le lecteur voit surgir tous les lieux communs de
la vie et du roman, magistralement exploités et détournés à la fois par ce
livre aussi émouvant qu'intelligent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://academie23.blogspot.com/&quot;&gt;Lucien Suel&lt;/a&gt; est né en 1948
dans les Flandres artésiennes où il vit toujours. Éditeur de la revue &lt;em&gt;The
Starscrewer&lt;/em&gt;, puis du magazine &lt;em&gt;La Moue de Veau&lt;/em&gt;, il a publié
plusieurs recueils de poésie, et, l’an dernier, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/12/05/tu-as-encore-tellement-de-livres-a-lire&quot;&gt;Mort d’un
jardinier&lt;/a&gt; (La Table ronde, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;à lire en ligne :&lt;br /&gt;
::: Laure Limongi, « &lt;a href=&quot;http://rougelarsenrose.blogspot.com/2009/08/en-attendant-mauricette.html&quot;&gt;En
attendant Mauricette&lt;/a&gt; » (Rougelarsenrose)&lt;br /&gt;
::: Florence Trocmé, « &lt;a href=&quot;http://poezibao.typepad.com/flotoir/2009/06/vies-au-creux-du-texte.html&quot;&gt;Vies
au creux du texte&lt;/a&gt; » (Poezibao)&lt;br /&gt;
::: « &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/blogs/alamblog/index.php/post/2009/08/29/Lucien-Suel-f%C3%AAte-Mauricette&quot;&gt;Lucien
Suel fête Mauricette&lt;/a&gt; » (L’Alamblog)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>je disciplinais mon cri d'animal</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/31/je-disciplinais-mon-cri-d-animal</link>
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    <pubDate>Mon, 31 Aug 2009 01:49:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/noemi_lefebvre_autoportrait_bleu.jpg&quot; alt=&quot;noemi_lefebvre_autoportrait_bleu.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le commandant de bord a dit quelque chose mais je ne sais pas quoi, le
steward a montré comment respirer dans le masque et comment enfiler le gilet de
sauvetage et je n'ai pas regardé. J'avais exactement une heure trente minutes
pour changer de langage. Il va falloir modifier ta façon de parler ma fille, je
me disais en allemand, en français, puis de nouveau en allemand, puis en
français et comme si j'étais ma propre mère. J'ai fait le point sur mes
blessures, de haut en bas, les cheveux qui me faisaient mal, les épaules
remontées et les rats qui me couraient dans le ventre, les genoux mous, le
droit mou et le gauche, j'avais maigri des bras et des jambes et le tout
tremblait plus ou moins sans interruption, pour tout dire je manquais
fondamentalement de sérénité, j'affichais une sérénité, j'étais quasiment dans
une plénitude vu de l'extérieur. Si j'avais laissé s'exprimer l'intérieur on
m'aurait prise pour une vache beuglant à la lune comme la fois dans ma voiture
où je m'étais mise à beugler, c'est-à-dire meugler en criant, le cri nocturne
de la vache, je me demande encore comment j'ai pu cette nuit-là pas une autre
mais celle-là glacée, émettre un tel horrible cri bovin, il fallait en avoir de
l'animal, sur la route en vache, un grand cri entre deux moments de
civilisation, de Zivilisation, je traduisais en simultané, maintenant brisée
jusqu'aux cylindres osseux je disciplinais mon cri d'animal, mettais toute mon
énergie dans la sérénité et ça marchait vu de l'extérieur, personne dans cet
avion n'aura entendu mon horrible cri de blöde Kuh comme on se traite en
Allemagne, de vache imbécile, je traduisais en simultané, la Kuh domestique
mais animale qui cherche son veau au petit matin et qui appelle son veau tout
en sachant déjà avec sa suffisante matière grise de vache que le veau à
l'oreille numérotée ne reviendra jamais parce qu'il est trop durablement pas
là, beugle encore un jour ou deux mais finit par ravaler son cri, se remet à
ruminer comme si elle n'avait jamais eu ce veau, un veau, ni deux ni trois ni
aucun veau avec ou sans numéro, l'animal qui voit réellement mourir chaque
instant. J'avais tellement beuglé ce soir-là que je m'étais fait peur, je me
conformais tant à la vache que j'étais en quasi-symbiose avec la nature, aux
prises avec la nature, comme si entre elle et moi la distance avait disparu,
verschwunden, je traduisais automatiquement. Et voilà que l'envie de beugler me
reprend en plein vol Berlin-Paris. (p. 7-8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as des idées sur tout, aurait pu dire le pianiste mais ne l'avait pas
dit, il est parfois bon de se taire, aurait-il pu dire, aurait ainsi
interrompu, par cette remarque de bon sens, les interminables réflexions et
ingénieuses associations d'idées qui me venaient, chaque nouvelle idée plus
étonnante, subtile, singulière, et formidable que la précédente, aurait arrêté
le pianiste cette invasion verbale aussi massive que désordonnée, barbarie
contre culture au Café Einstein, où les idées ne font pas de bruit mais
trouvent leur intensité dans les mots silencieux de l'écrit et leur profondeur
dans la méditation de l'imprimé, j'aurais mieux fait de lire die Welt à la
manière de n'importe quel habitué et mieux fait de profiter du concerto diffusé
pour feuilleter le journal selon cette manière décontractée et culturelle
typique du lieu, j'aurais pu ce n'était pourtant pas compliqué, si j'avais
simplement suivi la pente naturelle de la culture indiquée par la maison,
retraite et correction, je ne serais pas maintenant à exploser de l'intérieur
dans l'espace européen, entre rien et rien, dans l'indifférence générale. Au
lieu de profiter de cet environnement réputé favorable entre tous à la culture,
j'y pensais maintenant dans l'avion donc trop tard, honte, grande honte,
j'enroulais mes jambes comme des serpents venimeux et je remontais mes épaules,
non seulement ça mais je balançais au pianiste une rafale d'informations
impudiques dans la plus pure tradition des filles sans retenue, lui infligeais
les pires tortures de l'Inquisition avec ma façon mal élevée de transgresser
les règles de la conversation que je n'ai jamais apprises mais que j'aurais pu
au moins singer, le singe imite l'homme mieux que moi je me disais, apercevant
dans le miroir du Café Einstein ma tête de fille déplacée, rien du singe dans
le miroir, la singerie comme limitation et l'imitation comme garantie de
bienséance, le singe bienséant absent du miroir où la fille déplacée sans
bienséance se voit telle qu'elle est, que fais-tu ici, éloignée du singe,
qu'est-ce que tu veux à la fin, sautant de branche en branche devant la glace à
la manière d'un imitateur de singe, l'inhumanité de l'animal ne singeant pas
l'homme mais singeant le singe, imitant instinctivement je sautais sur
n'importe quoi. (p. 13-14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser à l'éducation de ma sœur a provoqué chez moi, c'est-à-dire au plus
profond de mon être qui est l'ultime chez moi, un cri désespérant de vache
étouffé, la vache qui appelle son veau étouffant en silence. Non pas qu'elle
soit mal éduquée ma sœur, au final son éducation pas si ratée, mais c'est à
cause de la mienne, d'éducation, qui est à peu de chose près la même que la
sienne, et penser à mon éducation me fait chuter dans la profondeur de mon
identification. Je n'y pense que de loin en loin mais déjà beaucoup trop et je
pense beaucoup plus souvent encore à l'éducation de ma sœur, presque à chaque
fois que je vois ma sœur, non pas, encore une fois, qu'elle soit éduquée de
travers, il y a beaucoup plus raté comme éducation que celle de ma sœur, mais
parce que je connais cette éducation comme aucune autre vu que c'est presque la
même que la mienne, et que je me prends souvent à considérer ses comportements
comme le résultat de son éducation, ce qui est une erreur puisque ma sœur,
contrairement à moi, a toujours été inéducable. J'en étais là, à essayer de ne
pas m'appesantir sur l'éducation ratée de ma sœur ni sur la mienne réussie,
quand l'avion a viré sur la gauche, enfin ce que j'ai imaginé être une gauche
parce que je n'ai jamais réussi à acquérir de certitude quant à la droite et la
gauche non pas en général mais en particulier sur le plan spatial, et qu'est
apparu par ce virement sinistre, soudain dans le hublot, le Wannsee. (p.
28-29)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu sais dire non pour demain mais pas pour aujourd'hui, tu sais dire non
dans un avenir incertain mais pas sur l'instant, non en général oui mais non en
particulier non, voilà comment tu es, je le sais parce que toi et moi c'est
pareil, a dit ma sœur dans l'avion, l'éducation est identique, dire oui c'est
bien mais pas non, il faut dire oui disait Maman qui avait toujours dit oui en
général de génération en génération ce qui lui faisait dire non en particulier,
disait il ne faut pas dire ceci ou cela, non, surtout ne pas le dire, disait
aussi il ne faut pas faire ceci ou cela, surtout ne pas le faire si bien que je
disais oui à Maman comme oui en général tandis que ma sœur qui disait oui
pensait non, moi obéissante mais elle désobéissante, telle est ma sœur depuis
son premier cri poussé, le cri de ma sœur encore dans les oreilles maternelles
mais mon absence de cri plus encore, on ne l'entend pas, j'entendais toujours à
mon propos, l'obéissance ne fait pas de bruit, je pensais dans l'avion, au
moment même où ma sœur se souvenait de son oui qui n'a rien de commun avec un
oui obéissant, mon oui à moi toujours si servile mais le oui de ma sœur
toujours libre, s'est souvenue que toujours elle disait oui trop tôt, toujours
je dis oui et après je regrette, parfois même je regrette avant de le dire et
sachant que je le dirai comme ce jour de mon mariage, a dit ma sœur, je ne
pourrais pas le jurer mais je crois bien que j'ai commencé à le regretter avant
de l'avoir dit mais que je l'ai dit quand même et par esprit de contradiction.
Moi aussi je l'ai dit quand même, j'ai dit à ma sœur, mais je ne sais pas par
quel esprit, j'ai dit non mais trop tard, quand le choix était définitivement
limité entre non et non si bien que ce non n'a pas de valeur, entre non et non
c'est facile, comme a dit la guide dans le musée de la Résistance et de la
Déportation, dire non en particulier quand le oui est général, oui, disait la
guide, le non de ces noms écrits là est un non plus résistant que le non des
noms qui ont suivi et qui ne sont pas écrits là parce qu'ils ne méritent pas le
nom de Résistants, de la première ou de la deuxième heure ce n'est pas la même
chose, a expliqué la guide, la première c'est la première et la deuxième n'est
pas trop tard mais presque, et presque trop tard est bel et bien déjà trop
tard. Dire non n'est pas toujours possible, a dit la guide en arrivant dans la
salle de la Déportation, parfois non est tout simplement impossible à dire mais
possible à penser et parfois pourtant impossible à penser, mais pas non plus.
Le pianiste avait suivi la guide à travers les salles de la mémoire déportée et
commencé à réfléchir au Jasager, celui qui dit oui. La question du Ja ou du
Nein n'apparaissait pas au pianiste comme une question nouvelle mais comme une
ancienne, très ancienne, ancestrale question, les ancêtres des Jasager avec
lesquels il faut bien avoir affaire, faire des affaires avec les Jasager
ancestraux est un commerce de tous les jours. Composer un Neinsager serait une
manière de ne pas composer avec le oui, pensa le pianiste, il avait décidé de
parler du Jasager dans la salle de conférence du musée de la Résistance et de
la Déportation justement en présence d'un spécialiste de la communication
c'est-à-dire de la Jasagung, la communication dans la Résistance comme partout
et le piano dans la communication comme la Résistance et la Déportation dans la
communication, le communicant posait des questions sur la musique et la
Résistance au pianiste et le pianiste répondait au communicant, le pianiste
assis à côté du Jasager cherchait une issue de secours, aperçut l'extincteur,
ne pas choisir l'extinction mais la sortie, dire oui pour dire non et pas non
pour non, non pour oui mais pas oui pour oui, l'extincteur c'est non pour non
la sortie oui pour non, au fond dans l'obscur cherchait la ligne de fuite. (p.
124-127)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noémi Lefebvre, &lt;a href=&quot;http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=312&amp;amp;rubrique=3&quot;&gt;L’autoportrait
bleu&lt;/a&gt; (Verticales, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/.schonberg_autoportrait_en_bleu_m.jpg&quot; alt=&quot;schonberg_autoportrait_en_bleu.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup aimé les phrases interminables, pleines de nuances, de
revirements et d'autodérision, du premier des 87 premiers romans français de
cette rentrée que je lis : le temps d’un vol entre Berlin et Paris, la
narratrice y évoque pêle-mêle (parce que tout se tient), avec humour et
gravité, (parce que l'une ne va pas sans l'autre), Schönberg, l’éducation des
filles, le nazisme, son ex belle-mère scout, l’esprit de résistance, les
vaches, sa sœur, Wagner, et surtout son inadaptation chronique à la vie en
société.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Née en 1964 à Caen, &lt;a href=&quot;http://www.editions-verticales.com/auteurs_fiche.php?id=153&amp;amp;rubrique=4&quot;&gt;Noémi
Lefebvre&lt;/a&gt; vit et enseigne à Grenoble. &lt;a href=&quot;http://www.musicologie.org/Auteurs/lefebvre_noemi.html&quot;&gt;Docteur en sciences
politiques&lt;/a&gt;, après des études musicales et une thèse sur le thème
« Éducation musicale et identité nationale en Allemagne et en
France » (1994), elle a publié plusieurs essais. &lt;em&gt;L'autoportrait
bleu&lt;/em&gt; est son premier roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: un &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xa0j53_noemi-lefebvre-autoportrait-bleu-me_news&quot;&gt;
entretien video avec Sylvain Bourmeau&lt;/a&gt; pour &lt;em&gt;Mediapart&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
::: « &lt;a href=&quot;http://www.espacestemps.net/document2197.html&quot;&gt;Musique et
résistance&lt;/a&gt; » (EspacesTemps.net, mars 2007)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;post scriptum :&lt;br /&gt;
::: un &lt;a href=&quot;http://livres.fluctuat.net/noemi-lefebvre/interviews/7083-Entretien-avec-Noemi-Lefebvre.html&quot;&gt;
entretien pour Fluctuat.net&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: Thierry Clermont, « &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/livres/2009/09/03/03005-20090903ARTFIG00281-dentelles-de-berlin-.php&quot;&gt;Dentelles
de Berlin&lt;/a&gt; » (&lt;em&gt;Le Figaro&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>rater encore rater mieux</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/24/rater-encore-rater-mieux</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:1fb8b98ed2eb54bd3463abfb372440d8</guid>
    <pubDate>Mon, 24 Aug 2009 01:04:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Encore. Dire encore. Soit dit encore. Tant mal que pis encore. Jusqu'à plus
mèche encore. Soit dit plus mèche encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire pour soit dit. Mal dit. Dire désormais pour soit mal dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire un corps. Où nul. Nul esprit. Ça au moins. Un lieu. Où nul. Pour le
corps. Où être. Où bouger. D'où sortir. Où retourner. Non. Nulle sortie. Nul
retour. Rien que là. Rester là. Là encore. Sans bouger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout jadis. Jamais rien d'autre. D'essayé. De raté. N'importe. Essayer
encore. Rater encore. Rater mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire moindre. Plus pas concevable. Pire à défaut d'un meilleur moindre. Le
meilleur moindre. Non. Néant le meilleur. Le meilleur pire. Non. Pas le
meilleur pire. Néant pas le meilleur pire. Moins meilleur pire. Non. Le moins.
Le moins meilleur pire. Le moindre jamais ne peut être néant. Jamais au néant
ne peut être ramené. Jamais par le néant annulé. Inannulable moindre. Dire ce
meilleur pire. Avec des mots qui réduisent dire le moindre meilleur pire. À
défaut du bien pis que pire. L'imminimisable moindre meilleur pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paire. Les mains. Mains étreintes étreignant. Ce peu s'en faut
vrai ! Comme lorsque d'abord dite sur mains atrophiés la tête. Mains
atrophiées ! Eux là donc les mots. Maintenant ici étreintes étreignant.
Comme lorsque d'abord dit. Dé-dédit lorsque plus mal dit. Ouste. Mains
étreintes étreignant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vides aussi. Ouste. Nulles mains dans le -. Non. Garder aux fins de pire
à dire. Tant mal que pis pire tant mal que pis dire. Dire pour l'instant encore
vues. Obscurément vues. Blanc obscur. Deux mains vides d'un blanc obscur. Dans
la pénombre vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi cap au moindre encore. Tant que la pénombre perdure encore. Pénombre
inobscurcie. Ou obscurcie à plus obscur encore. À l'obscurissime pénombre. Le
moindrissime dans l'obscurissime pénombre. L'ultime pénombre. Le moindrissime
dans l'ultime pénombre. Pire inempirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels mots pour quoi alors ? Comme ils presque sonnent encore. Tandis
que tant mal que pis hors de quelque substance molle de l'esprit ils suintent.
Hors ça en ça suintent. Comme c'est peu s'en faut non inepte. Jusqu'au dernier
imminimisable moindre comme on rechigne à réduire. Car alors dans l'ultime
pénombre finir par dé-proférer le moindrissime tout.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Samuel Beckett, &lt;em&gt;Cap au pire&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Worstward Ho&lt;/em&gt;, 1982), traduit
de l'anglais par Edith Fournier (Minuit, 1991, p. 7-8 et p. 41-43)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>folie que de vouloir croire entrevoir</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/22/folie-que-de-vouloir-croire-entrevoir</link>
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    <pubDate>Sat, 22 Aug 2009 02:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/.Film_Beckett_m.jpg&quot; alt=&quot;Film_Beckett.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;folie –&lt;br /&gt;
folie que de –&lt;br /&gt;
que de –&lt;br /&gt;
comment dire –&lt;br /&gt;
folie que de ce –&lt;br /&gt;
depuis –&lt;br /&gt;
folie depuis ce –&lt;br /&gt;
donné –&lt;br /&gt;
folie donné ce que de –&lt;br /&gt;
vu –&lt;br /&gt;
folie vu ce –&lt;br /&gt;
ce –&lt;br /&gt;
comment dire –&lt;br /&gt;
ceci –&lt;br /&gt;
ce ceci –&lt;br /&gt;
ceci-ci –&lt;br /&gt;
tout ce ceci-ci –&lt;br /&gt;
folie donnée tout ce –&lt;br /&gt;
vu –&lt;br /&gt;
folie vu tout ce ceci-ci que de –&lt;br /&gt;
que de –&lt;br /&gt;
comment dire –&lt;br /&gt;
voir –&lt;br /&gt;
entrevoir –&lt;br /&gt;
croire entrevoir –&lt;br /&gt;
vouloir croire entrevoir –&lt;br /&gt;
folie que de vouloir croire entrevoir quoi –&lt;br /&gt;
quoi –&lt;br /&gt;
comment dire –&lt;br /&gt;
et où –&lt;br /&gt;
que de vouloir croire entrevoir quoi où –&lt;br /&gt;
où –&lt;br /&gt;
comment dire –&lt;br /&gt;
là –&lt;br /&gt;
là-bas –&lt;br /&gt;
loin –&lt;br /&gt;
loin là là-bas –&lt;br /&gt;
à pleine –&lt;br /&gt;
loin là là-bas à peine quoi –&lt;br /&gt;
quoi –&lt;br /&gt;
comment dire –&lt;br /&gt;
vu tout ceci –&lt;br /&gt;
tout ce ceci-ci –&lt;br /&gt;
folie que de voir quoi –&lt;br /&gt;
entrevoir –&lt;br /&gt;
croire entrevoir –&lt;br /&gt;
vouloir croire entrevoir –&lt;br /&gt;
loin là là-bas à peine quoi –&lt;br /&gt;
folie que d'y vouloir croire entrevoir quoi –&lt;br /&gt;
quoi –&lt;br /&gt;
comment dire –&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comment dire&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Samuel Beckett, &lt;em&gt;Comment dire&lt;/em&gt; (dernier texte, daté du 29 octobre
1988)&lt;br /&gt;
dans &lt;em&gt;Poèmes&lt;/em&gt; ; suivi de &lt;em&gt;Mirlitonnades&lt;/em&gt; (Minuit, 1992)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>organiser les traces internet qui construisent l'ambiguïté</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/19/organiser-les-traces-internet-qui-construisent-l-ambigu%C3%AFt%C3%A9</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:f82ac92197e34d7d79655cdfc57d6e20</guid>
    <pubDate>Wed, 19 Aug 2009 02:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/francois_bon_incendie_hilton.jpg&quot; alt=&quot;francois_bon_incendie_hilton.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cet incendie du Hilton comme allégorie de la ville, et la ville comme
allégorie du monde : où étions-nous, quelle ville, quel monde, qui soudain
basculait dans son envers ? Il n'y avait plus de ville ni de temps :
ces galeries, et le bruit du monde, s'il nous parvenait, nous n'en étions plus
acteurs. Émigrants, plutôt, et jetés : à trois rues et une dizaine
d'étages d'où nous étions deux heures plus tôt, lors de la première alerte,
surplombant ce ventre souterrain dont nous devions être, trois jours durant,
les appendices. Garants de la continuité, d'un état stable du monde, et
voilà : entracte.&lt;br /&gt;
Quatre heures très précisément, juste un bloc de nuit. De 1 h 50 la première
sirène et l'appel, jusqu'à 5 h 50, et qu'on s'effondre, sans retrouver pourtant
le sommeil, avant journée blafarde à suivre. Et c'est maintenant, à dix
semaines de distance, que je rouvre ces heures. Un non-événement : le plus
parfait des non-événements. Des victimes, des blessés, des morts, dans
l'immense catastrophe ordinaire du monde : rien, aucun. Un bouleversement
de la ville, des ruines, un effondrement absolument pas. Juste cela, l'incendie
du Hilton, ce qu'on y cherche, ce basculement provisoire, et la ville cul
par-dessus tête.&lt;br /&gt;
Au moment de commencer, compteraient donc non pas des faits, mais le souvenir
de cette déambulation dans l'envers de la ville, soudain offerte : le
moderne montrait ses coutures. Alors cette attente, et l'incendie tout là-haut
sous les toits, un livre qui en serait non pas la restitution, encore moins
l'illusion, mais voudrait le redonner temps pour temps - quatre heures vécues,
quatre heures à lire. Construction de nuit, construction d'une ville ou de
l'envers d'une ville, construction d'un temps coupé de la grande loi du monde,
comme nous l'étions, et qui pourtant exhibait soudain à nu, très
provisoirement, toutes les lois cachées du monde. (p. 9-10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours travaillé en double, avançant à la fois le livre et son
projet : dans les anciens carnets, en page de gauche des listes, des
bribes de plans et des éléments à se remémorer, des noms, des lieux. On note
des titres de livres, on découpe ou recopie des bribes d'articles, on stocke
des images, autrefois découpées, maintenant repiquées sur l'écran, on bricole
des plans, des schémas avec des flèches et des assemblages, puis ces bouts de
phrases, celles qui viennent dans la nuit, qu'on tient précautionneusement
devant soi au lever pour les déposer dans le cahier qui les garde, la date avec
le texte, ou juste comme ça, dans la rue. Et puis, autrefois page de droite des
carnets, le récit linéaire, ses ajouts, reprises, corrections. Je gardais tout
cela dans une vieille valise noire mais longtemps que l'ordinateur avait mangé
d'abord les versions en cours, puis les carnets eux-mêmes.&lt;br /&gt;
De même j'aimais ces stylos-plumes de marque Schaeffer, au lourd corps de métal
noir brossé, et leur capacité de tenir une écriture à la fois minuscule et
grasse. Je ne supporte pas, s'il s'agit de récit, ce qui porte atteinte à la
vitesse : le clavier aujourd'hui le permet, ils sont sur une plaque
souple, on s'habitue à les utiliser sans voir et c'est comme ça que j'entame ce
texte, première heure, juste au lever, avec un bol de café et le silence du
dehors, la nuit pas encore défaite, l'ordinateur tenu sur les genoux dans
quelque recoin qui ne soit pas la table de travail et ses tâches du jour :
listes dans mini-bloc-notes hors du traitement de texte principal, schémas et
noms, déroulé des heures - et c'est nouvelle grotte ou nouveau labyrinthe, ce
qu'on peut associer à l'incendie du Hilton. (p. 15-16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des Salons du livre en général, et de celui-ci en particulier, j'ai peu à
dire : ce qui nous occupe n'est pas un métier, en tout cas ça se passe
ailleurs que dans ces entassements clos. Et ceux qu'on y croise, quand le
hasard vous y ramène, sont comme la partie morte de ce petit monde : on
dirait qu'eux ça leur convient, qu'ils n'en louperaient pas un de toute la
France, y ont leurs habitudes presque comme d'un portemanteau réservé. Certains
de mes plus proches amis, on peut se voir une fois tous les deux ans, c'est
bien le roulement de temps qu'il nous faut pour avoir accumulé de quoi exprimer
ce qu'on a (si je prenais ses mots à lui) ou conquis, ou vaincu, ou déplacé -
ou bien, au contraire, là où on s'est résigné, et dont on laisse à d'autres le
soin d'investir le territoire aperçu, sombre, hostile. C'était un Salon comme
les autres, et sans cette table ronde sur le numérique je n'aurais pas, de
moi-même, eu le souhait d'y participer, ni même d'y traîner : le livre,
pour ses lecteurs, est un objet rare, personnel, et non pas ces accumulations
en masse qui en mêlent toutes les catégories, vous donnent le tournis, tout en
vous faisant respirer cette poussière des allées de ciment brut, ici aggravée
par les sous-sols. (p. 51-52)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Utiliser des noms de personnes, existantes, qu'elles aient réellement été à
ce Salon du livre de Montréal, ou bien que je les y convoque fictivement, au
nom de la logique même de mon récit : ne rien laisser qui permette de
trancher. Organiser même, en amont et rétrospectivement, les traces Internet
qui construisent l'ambiguïté, ça doit pouvoir se négocier. (p. 158-159)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consciencieusement évacuer toute version intermédiaire : ça m'aura aidé
à avancer. Reste celles que j'envoie régulièrement, en cours de travail, à une
boîte aux lettres créée il y a déjà quatre ou cinq ans uniquement pour cela, et
dans laquelle je n'ai jamais fait le ménage, n'ayant jamais eu besoin de
l'ouvrir. Étrange de penser à ce genre de dépôt. (p. 180)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Titre de travail, tout au long de la rédaction : &lt;em&gt;Typologie de
l’incendie du Hilton&lt;/em&gt;. Tenté aussi : &lt;em&gt;Nouveau Monde&lt;/em&gt;. (p.
183)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;François Bon, &lt;a href=&quot;http://www.albin-michel.fr/fiche.php?EAN=9782226193902&quot;&gt;L'incendie du
Hilton&lt;/a&gt; (Albin Michel, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les 430 romans français de la très française « &lt;a href=&quot;http://bibliobs.nouvelobs.com/20090813/14165/rentrez-litteraires&quot;&gt;rentrée
littéraire&lt;/a&gt; » commencent à déferler sur les tables des libraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choisir de commencer par &lt;em&gt;L’incendie du Hilton&lt;/em&gt;, qui paraît jeudi
mais que François Bon a eu la gentillesse de m’envoyer, afin d’adresser un
salut virtuel à &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1851&quot;&gt;celui qui a traversé il y
a quelques jours l’océan&lt;/a&gt; pour s’installer quelque temps dans ce
« Nouveau Monde » où se situe &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article539&quot;&gt;l'incident de la nuit du
22 novembre 2008&lt;/a&gt; qui a servi de pré-texte à cette belle réflexion sur le
roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce roman, c’est son auteur qui parle le mieux, par exemple dans cet
&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x9yhqy_francois-bon-lincendie-du-hilton-me_news&quot;&gt;
entretien vidéo avec Sylvain Bourmeau&lt;/a&gt; pour &lt;em&gt;Mediapart&lt;/em&gt;, et
certainement pas &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1847&quot;&gt;Christophe Donner&lt;/a&gt;,
qui auparavant « n’avait jamais lu un livre de François Bon », car il se
« méfiai(t) du côté social de ses titres » (sic !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;voir aussi :&lt;br /&gt;
::: des &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1678&quot;&gt;extraits
avec photos du dernier chapitre&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: un &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1854&quot;&gt;film de
Jean-Paul Hirsch&lt;/a&gt;, directeur commercial chez POL.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>nous lisons</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/15/nous-lisons</link>
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    <pubDate>Sat, 15 Aug 2009 02:02:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/.van_gogh_la_lectrice_de_roman_m.jpg&quot; alt=&quot;van_gogh_la_lectrice_de_roman.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous lisons pour connaître la fin, pour l’histoire. Nous lisons pour ne pas
atteindre cette fin, pour le seul plaisir de lire. Nous lisons avec un intérêt
profond, tels des chasseurs sur une piste, oublieux de ce qui nous entoure.
Nous lisons distraitement, en sautant des pages. Nous lisons avec mépris, avec
admiration, avec négligence, avec colère, avec passion, avec envie, avec
nostalgie. Nous lisons avec des bouffées de plaisir soudain, sans savoir ce qui
a provoqué ce plaisir. « Qu’est-ce donc que cette émotion, demande Rebecca
West après avoir lu &lt;em&gt;Le Roi Lear&lt;/em&gt;. Quelle est cette influence qu’ont sur
ma vie les très grandes œuvres d’art, qui me fait tant de bien ? » Nous ne
le savons pas. Nous lisons dans l’ignorance. Nous lisons à longs gestes lents,
comme si nous flottions dans l’espace, en apesanteur. Nous lisons pleins de
préjugés, dans la malice. Nous lisons généreusement, pleins d’indulgence pour
le texte, comblant les vides, réparant les erreurs. Et parfois, quand les
astres nous sont favorables, nous lisons le souffle court, parcourus d’un
frisson, comme si quelqu’un ou quelque chose avait « marché sur notre
tombe », comme si un souvenir enfoui au fond de nous avait soudain été libéré –
comme si nous reconnaissions une chose dont nous avions toujours ignoré la
présence, ou une chose que nous sentions vaguement, ombre ou petite lueur, dont
la silhouette fantomatique s’élève et rentre en nous avant que nous ayons pu
voir ce que c’était, nous laissant plus vieux et plus sages.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alberto Manguel, &lt;em&gt;Une histoire de la lecture&lt;/em&gt; (1996, Actes sud, 1998,
p. 357)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>l'égalité des intelligences</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/12/l-%C3%A9galit%C3%A9-des-intelligences</link>
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    <pubDate>Wed, 12 Aug 2009 00:52:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>essais</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/ranciere_maitre_ignorant.gif&quot; alt=&quot;ranciere_maitre_ignorant.gif&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que les descriptions et les propositions de l'émancipation
intellectuelle peuvent entrer enjeu et nous aider à reformuler le problème. Car
cette médiation auto-évanouissante n'est pas pour nous quelque chose d'inconnu.
C'est la logique même de la relation pédagogique : le rôle dévolu au
maître y est de supprimer la distance entre son savoir et l'ignorance de
l'ignorant. Ses leçons et les exercices qu'il donne ont pour fin de réduire
progressivement le gouffre qui les sépare. Malheureusement il ne peut réduire
l'écart qu'à la condition de le recréer sans cesse. Pour remplacer l'ignorance
par le savoir, il doit toujours marcher un pas en avant, remettre entre l'élève
et lui une ignorance nouvelle. La raison en est simple. Dans la logique
pédagogique, l'ignorant n'est pas seulement celui qui ignore encore ce que le
maître sait. Il est celui qui ne sait pas ce qu'il ignore ni comment le savoir.
Le maître, lui, n'est pas seulement celui qui détient le savoir ignoré par
l'ignorant. Il est aussi celui qui sait comment en faire un objet de savoir, à
quel moment et selon quel protocole. Car à la vérité, il n'est pas d'ignorant
qui ne sache déjà une masse de choses, qui ne les ait apprises par lui-même, en
regardant et en écoutant autour de lui, en observant et en répétant, en se
trompant et en corrigeant ses erreurs. Mais un tel savoir pour le maître n'est
qu'un &lt;em&gt;savoir d'ignorant&lt;/em&gt;, un savoir incapable de s'ordonner selon la
progression qui va du plus simple au plus compliqué. L'ignorant progresse en
comparant ce qu'il découvre à ce qu'il sait déjà, selon le hasard des
rencontres mais aussi selon la règle arithmétique, la règle démocratique qui
fait de l'ignorance un moindre savoir. Il se préoccupe seulement de savoir
plus, de savoir ce qu'il ignorait encore. Ce qui lui manque, ce qui manquera
toujours à l'élève, à moins de devenir maître lui-même, c'est le &lt;em&gt;savoir de
l'ignorance&lt;/em&gt;, la connaissance de la distance exacte qui sépare le savoir de
l'ignorance.&lt;br /&gt;
Cette mesure-là échappe précisément à l'arithmétique des ignorants. Ce que le
maître sait, ce que le protocole de transmission du savoir apprend d'abord à
l'élève, c'est que l'ignorance n'est pas un moindre savoir, elle est l'opposé
du savoir ; c'est que le savoir n'est pas un ensemble de connaissances, il
est une position. L'exacte distance est la distance qu'aucune règle ne mesure,
la distance qui se prouve par le seul jeu des positions occupées, qui s'exerce
par la pratique interminable du « pas en avant » séparant le maître
de celui qu'il est censé exercer à le rejoindre. Elle est la métaphore du
gouffre radical qui sépare la manière du maître de celle de l'ignorant, parce
qu'il sépare deux intelligences : celle qui sait en quoi consiste
l'ignorance et celle qui ne le sait pas. C'est d'abord cet écart radical que
l'enseignement progressif ordonné enseigne à l'élève. Il lui enseigne d'abord
sa propre incapacité. Ainsi vérifie-t-il incessamment dans son acte sa propre
présupposition, l'inégalité des intelligences. Cette vérification interminable
est ce que Jacotot nomme abrutissement.&lt;br /&gt;
À cette pratique de l'abrutissement il opposait la pratique de l'émancipation
intellectuelle. L'émancipation intellectuelle est la vérification de l'égalité
des intelligences. Celle-ci ne signifie pas l'égale valeur de toutes les
manifestations de l'intelligence mais l'égalité à soi de l'intelligence dans
toutes ses manifestations. Il n'y a pas deux sortes d'intelligence séparées par
un gouffre. L'animal humain apprend toutes choses comme il a d'abord appris la
langue maternelle, comme il a appris à s'aventurer dans la forêt des choses et
des signes qui l'entourent afin de prendre place parmi les humains : en
observant et en comparant une chose avec une autre, un signe avec un fait, un
signe avec un autre signe. Si l'illettré connaît seulement une prière par cœur,
il peut comparer ce savoir avec ce qu'il ignore encore : les mots de cette
prière écrits sur du papier. Il peut apprendre, signe après signe, le rapport
de ce qu'il ignore avec ce qu'il sait. Il le peut si, à chaque pas, il observe
ce qui est en face de lui, dit ce qu'il a vu et vérifie ce qu'il a dit. De cet
ignorant, épelant les signes, au savant qui construit des hypothèses, c'est
toujours la même intelligence qui est à l'œuvre, une intelligence qui traduit
des signes en d'autres signes et qui procède par comparaisons et figures pour
communiquer ses aventures intellectuelles et comprendre ce qu'une autre
intelligence s'emploie à lui communiquer.&lt;br /&gt;
Ce travail poétique de traduction est au cœur de tout apprentissage. Il est au
cœur de la pratique émancipatrice du maître ignorant. Ce que celui-ci ignore,
c'est la distance abrutissante, la distance transformée en gouffre radical que
seul un expert peut « combler ». La distance n'est pas un mal à abolir,
c'est la condition normale de toute communication. Les animaux humains sont des
animaux distants qui communiquent à travers la forêt des signes. La distance
que l'ignorant a à franchir n'est pas le gouffre entre son ignorance et le
savoir du maître. Elle est simplement le chemin de ce qu'il sait déjà à ce
qu'il ignore encore mais qu'il peut apprendre comme il a appris le reste, qu'il
peut apprendre non pour occuper la position du savant mais pour mieux pratiquer
l'art de traduire, de mettre ses expériences en mots et ses mots à l'épreuve,
de traduire ses aventures intellectuelles à l'usage des autres et de
contre-traduire les traductions qu'ils lui présentent de leurs propres
aventures. Le maître ignorant capable de l'aider à parcourir ce chemin
s'appelle ainsi non parce qu'il ne sait rien, mais parce qu'il a abdiqué le
« savoir de l'ignorance » et dissocié ainsi sa maîtrise de son
savoir. Il n'apprend pas à ses élèves &lt;em&gt;son&lt;/em&gt; savoir, il leur commande de
s'aventurer dans la forêt des choses et des signes, de dire ce qu'ils ont vu et
ce qu'ils pensent de ce qu'ils ont vu, de le vérifier et de le faire vérifier.
Ce qu'il ignore, c'est l'inégalité des intelligences. Toute distance est une
distance factuelle, et chaque acte intellectuel est un chemin tracé entre une
ignorance et un savoir, un chemin qui sans cesse abolit, avec leurs frontières,
toute fixité et toute hiérarchie des positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Rancière, &lt;a href=&quot;http://atheles.org/lafabrique/livres/lespectateuremancipe/index.html&quot;&gt;Le
Spectateur émancipé&lt;/a&gt; (La Fabrique, 2008, p. 14-17)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis &lt;em&gt;Le Maître ignorant&lt;/em&gt;, publié en 1987, l'émancipation
intellectuelle, qui passe par l'abolition de la position d'autorité, est au
cœur de la pensée de Jacques Rancière. C'est un concept particulièrement
nécessaire aujourd'hui pour s'opposer aux thèses de ceux qui accusent
Wikipedia, Google ou Internet en général d'attenter à l'intelligence en
supprimant la hiérarchie des positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Né en 1940, Professeur émérite au département de philosophie de l’Université
de Paris VIII, Jacques Rancière a animé la revue &lt;em&gt;Les Révoltes logiques&lt;/em&gt;
de 1975 à 1985, et a publié notamment :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;La Nuit des prolétaires&lt;/em&gt; (Fayard, 1981)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Le Philosophe et ses pauvres&lt;/em&gt; (Fayard, 1983)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Le Maître ignorant. Cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle&lt;/em&gt;
(Fayard, 1987)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.editions-galilee.fr/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=3047&quot;&gt;La
Mésentente. Politique et philosophie&lt;/a&gt; (Galilée, 1995)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Mallarmé. La politique de la Sirène&lt;/em&gt; (Hachette, 1996)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.atheles.org/lafabrique/livres/auxbordsdupolitique/&quot;&gt;Aux
bords du politique&lt;/a&gt; (La Fabrique, 1998)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;La Parole muette. essai sur les contradictions de la littérature&lt;/em&gt;
(Hachette, 1998)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.editions-galilee.fr/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=3048&quot;&gt;La Chair
des mots. Politiques de l'écriture&lt;/a&gt; (Galilée, 1998)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.editions-galilee.fr/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=3049&quot;&gt;L'Inconscient
esthétique&lt;/a&gt; (Galilée, 2001)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.atheles.org/lafabrique/livres/lepartagedusensible/&quot;&gt;Le
Partage du sensible. Esthétique et politique&lt;/a&gt; (La Fabrique, 2000)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;La Fable cinématographique&lt;/em&gt; (Seuil, 2001)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.atheles.org/lafabrique/livres/ledestindesimages/&quot;&gt;Le
Destin des images&lt;/a&gt; (La Fabrique, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.editions-galilee.fr/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=3050&quot;&gt;Malaise
dans l’esthétique&lt;/a&gt; (Galilée, 2004)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.atheles.org/lafabrique/livres/lahainedelademocratie/&quot;&gt;La
Haine de la démocratie&lt;/a&gt; (La Fabrique, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.editions-galilee.fr/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=3051&quot;&gt;Politique
de la littérature&lt;/a&gt; (Galilée, 2007)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://revuedeslivres.net/articles.php?id=360&quot;&gt;« Critique
de la critique du « spectacle » », Entretien avec Jérôme Game&lt;/a&gt;
(&lt;em&gt;Revue Internationale des Livres et des Idées&lt;/em&gt;, 4, décembre 2008&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>la qualité des hommes sans qualité</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/11/la-qualit%C3%A9-des-hommes-sans-qualit%C3%A9</link>
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    <pubDate>Tue, 11 Aug 2009 01:34:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/ranciere_spectateur_emancipe.jpg&quot; alt=&quot;ranciere_spectateur_emancipe.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les procédures de la critique sociale ont en effet pour fin de soigner les
incapables, ceux qui ne savent pas voir, qui ne comprennent pas le sens de ce
qu'ils voient, qui ne savent pas transformer le savoir acquis en énergie
militante. Et les médecins ont besoin de ces malades à soigner. Pour soigner
les incapacités, ils ont besoin de les reproduire indéfiniment. Or pour assurer
cette reproduction, il suffit du tour qui, périodiquement, transforme la santé
en maladie et la maladie en santé. Il y a quarante ans, la science critique
nous faisait rire des imbéciles qui prenaient des images pour des réalités et
se laissaient ainsi séduire par leurs messages cachés. Entre-temps, les
« imbéciles » ont été instruits dans l'art de reconnaître la réalité
derrière l'apparence et les messages cachés dans les images. Et maintenant,
bien sûr, la science critique recyclée nous fait sourire de ces imbéciles qui
croient encore qu'il y a des messages cachés dans les images et une réalité
distincte de l'apparence. La machine peut marcher ainsi jusqu'à la fin des
temps, en capitalisant sur l'impuissance de la critique qui dévoile
l'impuissance des imbéciles.&lt;br /&gt;
Je n'ai donc pas voulu ajouter un tour à ces retournements qui entretiennent
sans fin la même machinerie. J'ai plutôt suggéré la nécessité et la direction
d'un changement de démarche. Au cœur de cette démarche, il y a l'essai de
dénouer le lien entre la logique émancipatrice de la capacité et la logique
critique de la captation collective. Sortir du cercle, c'est partir d'autres
présuppositions, de suppositions assurément déraisonnables au regard de l'ordre
de nos sociétés oligarchiques et de la logique dite critique qui en est la
doublure. On présupposerait ainsi que les incapables sont capables, qu'il n'y a
aucun secret caché de la machine qui les tienne enfermés dans leur position. On
supposerait qu'il n'y a aucun mécanisme fatal transformant la réalité en image,
aucune bête monstrueuse absorbant tous désirs et énergies dans son estomac,
aucune communauté perdue à restaurer. Ce qu'il y a, c'est simplement des scènes
de dissensus, susceptibles de survenir n'importe où, n'importe quand. Ce que
dissensus veut dire, c'est une organisation du sensible où il n'y a ni réalité
cachée sous les apparences, ni régime unique de présentation et
d'interprétation du donné imposant à tous son évidence. C'est que toute
situation est susceptible d'être fendue en son intérieur, reconfigurée sous un
autre régime de perception et de signification. Reconfigurer le paysage du
perceptible et du pensable, c'est modifier le territoire du possible et la
distribution des capacités et des incapacités. Le dissensus remet en jeu en
même temps l'évidence de ce qui est perçu, pensable et faisable et le partage
de ceux qui sont capables de percevoir, penser et modifier les coordonnées du
monde commun. C'est en quoi consiste un processus de subjectivation
politique : dans l'action de capacités non comptées qui viennent fendre
l'unité du donné et l'évidence du visible pour dessiner une nouvelle
topographie du possible. L'intelligence collective de l'émancipation n'est pas
la compréhension d'un processus global d'assujettissement. Elle est la
collectivisation des capacités investies dans ces scènes de dissensus. Elle est
la mise en œuvre de la capacité de n'importe qui, de la qualité des hommes sans
qualité. Ce ne sont là, je l'ai dit, que des hypothèses déraisonnables. Je
pense pourtant qu'il y a plus à chercher et plus à trouver aujourd'hui dans
l'investigation de ce pouvoir que dans l'interminable tâche de démasquer les
fétiches ou l'interminable démonstration de l'omnipotence de la bête.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jacques Rancière, &lt;a href=&quot;http://atheles.org/lafabrique/livres/lespectateuremancipe/index.html&quot;&gt;Le
Spectateur émancipé&lt;/a&gt; (La Fabrique, 2008, p. 54-55)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>persuadé qu’au fond il n’y en a qu’un</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/10/persuad%C3%A9-qu%E2%80%99au-fond-il-n%E2%80%99y-en-a-qu%E2%80%99un</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:0e5db5af8677ee94051f25ded1397d5b</guid>
    <pubDate>Mon, 10 Aug 2009 03:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/.manet-mallarme-1876_m.jpg&quot; alt=&quot;manet-mallarme-1876.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;C’est que, à part les morceaux de prose et les vers de ma jeunesse et la
suite, qui y faisait écho, publiée un peu partout, chaque fois que paraissaient
les premiers numéros d’une Revue Littéraire, j’ai toujours rêvé et tenté autre
chose, avec une patience d’alchimiste, prêt à y sacrifier toute vanité et toute
satisfaction, comme on brûlait jadis son mobilier et les poutres de son toit,
pour alimenter le fourneau du Grand Œuvre. Quoi ? c’est difficile à
dire : un livre, tout bonnement, en maints tomes, un livre qui soit un
livre, architectural et prémédité, et non un recueil des inspirations de
hasard, fussent-elles merveilleuses… J’irai plus loin, je dirai : le
Livre, persuadé qu’au fond il n’y en a qu’un, tenté à son insu par quiconque a
écrit, même les Génies. L’explication orphique de la Terre, qui est le seul
devoir du poëte et le jeu littéraire par excellence : car le rythme même
du livre, alors impersonnel et vivant, jusque dans sa pagination, se juxtapose
aux équations de ce rêve, ou Ode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voilà l’aveu de mon vice, mis à nu, cher ami, que mille fois j’ai rejeté,
l’esprit meurtri ou las, mais cela me possède et je réussirai peut-être ;
non pas à faire cet ouvrage dans son ensemble (il faudrait être je ne sais qui
pour cela !) mais à en montrer un fragment d’exécuté, à en faire scintiller par
une place l’authenticité glorieuse, en indiquant le reste tout entier auquel ne
suffit pas une vie. Prouver par les portions faites que ce livre existe, et que
j’ai connu ce que je n’aurai pu accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane Mallarmé, &lt;a href=&quot;http://fr.wikisource.org/wiki/Autobiographie_%28St%C3%A9phane_Mallarm%C3%A9%29&quot;&gt;
« Autobiographie », Lettre à Verlaine, 16 novembre 1885&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;::: le Livre, ma contribution au débat sur le livre qui rebondit de &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1850&quot;&gt;blog&lt;/a&gt; en &lt;a href=&quot;http://www.archicampus.net/wordpress/?p=457&quot;&gt;blog&lt;/a&gt; en &lt;a href=&quot;http://amontour.wordpress.com/2009/08/07/ceci-nest-pas-un-livre/&quot;&gt;blog&lt;/a&gt; en
&lt;a href=&quot;http://www.la-grange.net/2009/08/08/qui-suis-je-un-livre&quot;&gt;blog&lt;/a&gt; en
&lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article745&quot;&gt;blog&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: à moins que le livre ne soit &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/06/09/un-objet-transitionnel&quot;&gt;doudou&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/08/29/prenez-garde-a-ces-lignes&quot;&gt;engrenage&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/07/18/un-livre-miraculeux-qui-n-a-ni-feuillets-ni-caracteres&quot;&gt;pendant
d'oreille&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>tptc - tu peux toujours courir</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/06/tptc-tu-peux-toujours-courir</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:27692f8fb39529b6eecda89a17d92d66</guid>
    <pubDate>Thu, 06 Aug 2009 02:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/.jousserand_basket_ville_s.jpg&quot; alt=&quot;jousserand_basket_ville.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;BASKETVILLE&lt;br /&gt;
tu peux tjs courir se lit en deux heures (ou moins) –&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le feu passe au rouge : c’est parti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tptc (tu peux tjs courir)&lt;br /&gt;
[ou comment comprendre le phénomène péri- urbain] (p. 5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;à basketville (1) il y en a qui se clashent pour savoir la couleur de
maillot qu’on voit le plus souvent sur la course ou qui comparent le prix des
baskets entre ici et là-bas quand ils reviennent – il y a ceux qui font des
pronostics entre eux pour anticiper quelle sera la b.o. de leurs amours d’été
et ceux qui classent les revenus des vedettes – il y a celui qui chronomètre
son temps de trajet en métro : 12 stations par une moyenne d’une trente
entre deux stations plus 2 minutes de changement avec en plus à peu près 3
d’attente ou alors ceux qui donnent des notes aux filles entre 0 et 10 quand
ils sont au café – ils font des probabilités sur les cadeaux cachés dans les
couvercles de pâte à tartiner – ils comptent les pubs sur le bord de la route –
il y a ceux qui savent les noms de tous les basketteurs nba et ceux qui vont
voir au thermo- mètre la température qu’il fait tous les quarts d’heure – il y
a celles qui se tirent par les cheveux pour un moins 70% collé sur une
étiquette et celui qui collectionne et qui fait des archives avec les numéros
de plus de 1000 femmes de 40 à 60 ans qu’il a branchées pour des plans cul au
téléphone – il y en a qui font de la customisation d’autos et aussi de motos et
mobylettes ou qui lancent des forums de discussion sur les baskets laquées et
où tous ceux qui aiment ou n’aiment pas les baskets laquées sont au rendez-vous
– il y a ceux qui veulent savoir qui se cachait sous le masque du père fourrat
et tous ceux qui sont inscrits à des concours de poésie – il y a celui qui
connaît tous les tatoueurs de paris – il y a celle qui fait des listes avec le
nom de toutes ses meilleurescopines avec des plus et des moins devant les noms
pour savoir à la fin laquelle est la meilleurecopine ou ceux qui ne lâcheront
pas l’affaire tant que le SAV ne leur aura pas renvoyé le petit service à thé
qu’ils ont commandé TEL QU’IL ÉTAIT SUR LA PHOTO –&lt;/em&gt; (p. 11-12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;à basketville – le jour où on a dynamité la barre – n’a pas été le jour
où tout le monde s’est rassemblé pour commémorer – il n’y avait pas de
tristesse mêlée de joie devant une vie nouvelle – on n’a pas pu apercevoir le
bâtiment qui a été coupé en deux ni les artificiers se féliciter car
l’opération était difficile – il n’y a pas eu de cordon de sécurité pour
permettre aux anciens locataires venus assister à l’événement d’éviter les
projections de poussière – on n’a pas pleuré de bonheur ou laissé éclater sa
colère – ce jour-là on n’a pas organisé un grand repas populaire – pas dit
bonjour à maman devant la caméra – il n’y avait pas un vétéran qui a souligné
qu’on ne quitte pas l’endroit où on a vécu 30 ans sans un pincement au cœur –
et il n’y a pas eu la méticuleuse préparation des explosifs – ça n’a pas été la
fois où toutes les générations sont réunies – pas la fois où à la fin du
comptage à rebours tout le monde applaudit – on n’a pas pris des photos pour
comparer avant et après – on n’a pas vu arriver les officiels contents – il n’y
a pas eu de heurts ou de violences avec les uniformes – on n’a pas pu visiter
les nouveaux pavillons dont les anciens locataires ont pris possession depuis
une dizaine de jours – la fois où la barre s’est comme enfoncée dans elle-même
n’a pas été la fois où un architecte cool va faire un point sur les tendances
actuelles en urbanisme – pas la fois où chacun est reparti avec en souvenir un
morceau de gravats – il n’y avait pas des bravos juste après l’explosion – on
n’a pas chanté ou fait un black-out sur les avis des opposants et ça n’a pas
été l’occasion de venir avec des caméscopes – il n’y a pas eu l’immortalisation
à jamais des dernières minutes du bâtiment b ni de rediffusion au ralenti du
dixième de seconde précis où on a vu les murs comme soufflés par la
déflagration – pour cette fois on n’a pas évoqué la possibilité d’aller habiter
ailleurs – pas non plus pensé à rester – on n’a pas tiré un trait ni entendu un
des anciens dire – c’est la vie – il n’y a pas eu de volonté des constructeurs
de minimiser leurs responsabilités – on n’a pas senti le sol trembler quand les
18 étages se sont écrasés par terre comme un accordéon – pas entendu le
témoignage de parents qui avaient appelé une de leurs filles ariane parce que
ici c’est le quartier de l’ariane – le matin où la barre est tombée – il n’y
avait pas le sentiment partagé que comme un nouveau départ s’annonçait –&lt;/em&gt;
(p. 17-19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Félix Jousserand, &lt;a href=&quot;http://www.audiable.com/livre/?GCOI=84626100352830&quot;&gt;Basketville&lt;/a&gt; (Au Diable
Vauvert, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Basketville&lt;/em&gt;, c'est la création d’une zone poétique, dans une langue
mutante et rythmée, pour dire les zones ou tptc (« tu peux toujours courir
», expression leitmotiv) car les baskets « ont des semelles avec de l'air
dedans » mais les objets artificiels du désir sont toujours hors
d’atteinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.myspace.com/chezfelixj&quot;&gt;Félix Jousserand&lt;/a&gt;, artiste
multi-supports de la scène slam parisienne et membre du collectif &lt;a href=&quot;http://www.spokevousparle.com/&quot;&gt;Spoke&lt;/a&gt; Orkestra, est né en 1978 à
Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre fait partie des trois titres qui lancent la petite (par la taille
!) collection de poésie des éditions &lt;a href=&quot;http://www.audiable.com&quot;&gt;Au
Diable Vauvert&lt;/a&gt;, la &lt;a href=&quot;http://www.actualitte.com/dossiers/452-poesie-Oxmo-puccino-rictus-jousserand.htm&quot;&gt;
collection VO.X&lt;/a&gt; ; les trois titres sont téléchargeables gratuitement
au format pdf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: François Bon, « &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1789&quot;&gt;le slam comme littérature
à part ?&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>extension du domaine du rhizome</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/04/extension-du-domaine-du-rhizome</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:dd545a1be73c2e3b5d85b22dddf6d552</guid>
    <pubDate>Tue, 04 Aug 2009 02:29:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_aout09/.rhizome2_m.jpg&quot; alt=&quot;rhizome2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rentrée très paresseuse de mes ballades à la pointe du Finistère (où les
bruyères (dûment arrosées cette année) étaient d'une splendeur inusuelle) j'ai
du mal à reprendre le rythme ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de billet ce soir encore, donc, mais une invitation à aller visiter le
&lt;a href=&quot;http://lignesdefuite.tumblr.com/&quot;&gt;tumblelog de lignes de
fuite&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.tumblr.com/&quot;&gt;Tumblr&lt;/a&gt; est un service de microblogging
qui me permet de faire converger sur une même page ce qui diverge, les liens
que je fais désormais suivre non plus ici mais là, c'est-à-dire ailleurs, sur
&lt;a href=&quot;http://twitter.com/cgenin/&quot;&gt;twitter&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.facebook.com/christine.genin&quot;&gt;facebook&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://friendfeed.com/cgenin&quot;&gt;friendfeed&lt;/a&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques autres tumblelogs à suivre :&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://ptilonorhynque.tumblr.com/&quot;&gt;Ptilonorhynque&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://silex.tumblr.com/&quot;&gt;les éclats de S.I.Lex&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://liminaire.tumblr.com/&quot;&gt;liminaire&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://liberlibri.tumblr.com/&quot;&gt;liberlibri&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: etc.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>des lignes de fuite vers l'horizon</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/24/des-lignes-de-fuite-vers-l-horizon</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:a6cbe4e21dc92c76bb6d19089ad59911</guid>
    <pubDate>Fri, 24 Jul 2009 01:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>vraie vie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juil09/.vacances_m.jpg&quot; alt=&quot;vacances.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: blog en vacances jusqu'au 3 août&lt;br /&gt;
(les commentaires sont en mode modéré, soyez patients !)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>gros de mille définitions de lune</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/21/gros-de-mille-definitions-de-lune</link>
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    <pubDate>Tue, 21 Jul 2009 04:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juil09/.Cyrano-Savinien-invention_m.jpg&quot; alt=&quot;Cyrano-Savinien-invention.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La lune était en son plein, le ciel était découvert, et neuf heures du soir
étaient sonnées lorsque nous revenions d’une maison proche de Paris, quatre de
mes amis et moi. Les diverses pensées que nous donna la vue de cette boule de
safran nous défrayèrent sur le chemin. Les yeux noyés dans ce grand astre,
tantôt l’un le prenait pour une lucarne du ciel par où l’on entrevoyait la
gloire des bienheureux ; tantôt l’autre protestait que c’était la platine
où Diane dresse les rabats d’Apollon ; tantôt un autre s’écriait que ce
pourrait bien être le soleil lui-même, qui s’étant au soir dépouillé de ses
rayons regardait par un trou ce qu’on faisait au monde quand il n’y était plus.
« Et moi, dis-je, qui souhaite mêler mes enthousiasmes aux vôtres, je
crois sans m’amuser aux imaginations pointues dont vous chatouillez le temps
pour le faire marcher plus vite, que la lune est un monde comme celui-ci, à qui
le nôtre sert de lune. » La compagnie me régala d’un grand éclat de rire.
« Ainsi peut-être, leur dis-je, se moque-t-on maintenant dans la lune, de
quelque autre, qui soutient que ce globe-ci est un monde. » Mais j’eus
beau leur alléguer que Pythagore, Epicure, Démocrite et, de notre âge, Coprins
et Kepler, avaient été de cette opinion, je ne les obligeai qu’à s’égosiller de
plus belle. Cette pensée, dont la hardiesse biaisait en mon humeur, affermie
par la contradiction, se plongea si profondément chez moi que, pendant tout le
reste du chemin, je demeurai gros de mille définitions de lune, dont je ne
pouvais accoucher ; et à force d’appuyer cette créance burlesque par des
raisonnements sérieux, je me le persuadai quasi, mais, écoute, lecteur, le
miracle ou l’accident dont la Providence ou la fortune se servirent pour me le
confirmer. J’étais de retour à mon logis et, pour me délasser de la promenade,
j’étais à peine entré dans ma chambre quand sur ma table je trouvai un livre
ouvert que je n’y avais point mis. C’était les œuvres de Cardan ; et
quoique je n’eusse pas dessein d’y lire, je tombai de la vue, comme par force,
justement dans une histoire que raconte ce philosophe : il écrit
qu’étudiant un soir à la chandelle, il aperçut entrer, à travers les portes
fermées de sa chambre, deux grands vieillards, lesquels, après beaucoup
d’interrogations qu’il leur fit, répondirent qu’ils étaient habitants de la
lune, et cela dit, ils disparurent. Je demeurai si surpris, tant de voir un
livre qui s’était apporté là tout seul, que du temps et de la feuille où il
s’était rencontré ouvert, que je pris toute cette enchaînure d’incidents pour
une inspiration de Dieu qui me poussait à faire connaître aux hommes que la
lune est un monde. « Quoi ! disais-je en moi-même, après avoir tout
aujourd’hui parlé d’une chose, un livre qui peut-être est le seul au monde où
cette matière se traite voler de ma bibliothèque sur ma table, devenir capable
de raison, pour s’ouvrir justement à l’endroit d’une aventure si merveilleuse
et fournir ensuite à ma fantaisie les réflexions et à ma volonté les desseins
que je fais !... Sans doute, continuais-je, les deux vieillards qui apparurent
à ce grand homme sont ceux-là mêmes qui ont dérangé mon livre, et qui l’ont
ouvert sur cette page, pour s’épargner la peine de me faire cette harangue
qu’ils ont faite à Cardan. — Mais, ajoutais-je, je ne saurais m’éclaircir de ce
doute, si je ne monte jusque-là ? — Et pourquoi non ? me répondais-je
aussitôt. Prométhée fut bien autrefois au ciel dérober du feu. » À ces
boutades de fièvres chaudes, succéda l’espérance de faire réussir un si beau
voyage. Je m’enfermai, pour en venir à bout, dans une maison de campagne assez
écartée, où après avoir flatté mes rêveries de quelques moyens capables de m’y
porter, voici comme je me donnai au ciel. Je m’étais attaché autour de moi
quantité de fioles pleines de rosée, et la chaleur du soleil qui les attirait
m’éleva si haut, qu’à la fin je me trouvai au-dessus des plus hautes nuées.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Hector Savinien Cyrano de Bergerac, &lt;a href=&quot;http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Autre_monde_ou_les_%C3%A9tats_et_empires_de_la_Lune&quot;&gt;
L’Autre monde ou Les états et empires de la Lune&lt;/a&gt; (1657)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>cet océan de liberté que promet la solitude</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/18/cet-ocean-de-liberte-que-promet-la-solitude</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:0ee0b8a358904eb345e2909f085cf68c</guid>
    <pubDate>Sat, 18 Jul 2009 02:35:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juil09/.nobecourt_usure_m.jpg&quot; alt=&quot;nobecourt_usure.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;10. Écrire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas très bien à quoi cela tient un écrivain. Pourquoi ni comment
quelque chose en soi résiste au-delà de tout, au-delà des soucis d'argent, de
la solitude, du sentiment d'incompréhension et d'inutilité qui parfois
submerge, de la vanité de toute cette énergie consacrée à témoigner d'une
certaine vision du monde, d'une exigence, ou plutôt d'une soif qui exige en
soi. Je ne sais pas. Je sais seulement que je ne peux faire autrement, parce
que autrement pour moi c'est mourir. Or, j'ai choisi la vie.&lt;br /&gt;
Je comprends si bien comment par lassitude ou épuisement, les uns après les
autres abandonnent et se replient vers l'ordre de la mort. Je connais ce
harassement et ce dégoût de la répétition qui vient sans cesse interroger la
qualité de notre exigence et de notre dignité d'homme. Et pourtant ce sont ces
intimes fatigues, ce dégoût et ces lassitudes qui nous conduisent
progressivement vers la nudité nécessaire à partir de laquelle le vivant peut
nous habiter.&lt;br /&gt;
Humblement il m'arrive de perdre courage. Cependant l'écriture me redresse et
me tient. C'est l'unique façon que j'ai de ne pas complètement échouer à tenir
cette promesse qu'est la vie, témoignant ainsi de cet absolu à notre portée qui
est celui non pas seulement d'être heureux, mais vivant.&lt;br /&gt;
- Vous parlez comme quelqu'un qui a survécu à un traumatisme et vit uniquement
pour témoigner, m'a dit, un jour, un médecin.&lt;br /&gt;
Je témoigne de cet absolu, n'en finissant pas de survivre à ce traumatisme
qu'est le monde. L'absence de sécurité intérieure, où j'ai perpétuellement
vécu, m'a « contrainte » à tisser cet incroyable espace spirituel
qu'est l'écriture, où je peux m'en libérer.&lt;br /&gt;
Elle m'a permis de me construire sur mes propres ruines dont chaque fragment
m'appartient. Je suis entrée dans le plaisir intense d'accéder à ma propre
vérité. Je sais désormais à quel point la vérité rend heureux et que chercher
la sienne c'est aussi dévoiler celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Écrire seul me donne la légitimité d'être. Je n'en ai aucune autre.&lt;br /&gt;
Cette part, inaltérable en moi, personne ne peut la posséder, y compris
moi-même, elle m'ouvre un accès continuel à la connaissance qui est, à mes
yeux, un autre nom de l'amour. (p. 33-35)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Solitude&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je suis seule, même lorsque je suis avec les autres, je suis seule.
Seule. Toujours seule. »&lt;br /&gt;
Il y a quelques années, un oncle m'a rapporté ces propos que je lui ai tenus
enfant.&lt;br /&gt;
Plus que de solitude, je vois qu'il s'agit là d'un isolement profond. Celui
dans lequel j'ai si largement vécu remonte à mon enfance. Je me souviens
qu'autrefois mon isolement était tel que je clignais les yeux, presque sans
paupières. Je ne voyais personne à qui m'adresser, personne.&lt;br /&gt;
J'éprouve depuis si longtemps que nous sommes en exil de notre propre dignité
d'homme, œuvrant dans le jardin du diable comme sur des terres étrangères.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solitude est l'unique façon que j'ai trouvée d'échapper à cet isolement.
Seule, je rejoins le monde, puisque j'écris. Et ainsi, vient l'opulence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lis couchée sur mon lit. Le motif de mon gilet projette sur mon livre un
éclat de soleil qui va et vient au rythme de ma respiration. Être là pour
témoigner de la sensualité paisible de cette tache de lumière justifie, à mes
yeux, mon existence tout entière. Cette délicatesse, la présence des autres
l'altère. Mais ce sont ces délicatesses dont j'ai aussi besoin pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas être seuls parce que nous ne voulons pas être libres.
C'est si terrible d'être son propre maître avec sa propre loi. Et accrochés à
nos contraintes comme à un misérable parapet, nous nous dérobons à cet océan de
liberté que promet la solitude. (p. 51-52)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorette Nobécourt, &lt;a href=&quot;http://www.bibliosurf.com/L-usure-des-jours&quot;&gt;L’Usure des jours&lt;/a&gt; (Grasset,
2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une dépression oblige une femme à reprendre les choses de sa vie dans
l'ordre et en 44 chapitres : 1. Naître 2. Prénom 3. Père 4. Mère, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.autofiction.org/index.php?post/2009/03/27/Loette-Nobecourt&quot;&gt;Lorette
Nobécourt&lt;/a&gt; est née à Paris le 16 septembre 1968 et a publié aussi :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;La Démangeaison&lt;/em&gt; (Sortilèges, 1994 ; réédition Grasset en
2009)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;L'Équarrissage&lt;/em&gt; (Grasset/Les Inrockuptibles, 1997)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;La Conversation&lt;/em&gt; (Grasset, 1998)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Horsita&lt;/em&gt; (Grasset, 1999)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Substance&lt;/em&gt; (Pauvert, 2001)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Nous&lt;/em&gt; (Pauvert, 2002)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;En nous la vie des morts&lt;/em&gt; (Grasset, 2006)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: un &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/livres/l-usure-des-jours,39104.php&quot;&gt;article de Marine
Landrot&lt;/a&gt; pour &lt;em&gt;Télérama&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>mais j'aime tellement proust</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/17/mais-j-aime-tellement-proust</link>
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    <pubDate>Fri, 17 Jul 2009 02:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;div class=&quot;external-media&quot; style=&quot;margin: 1em auto; text-align: center;&quot;&gt;
&lt;object type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; data=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x9uabs_pascale-borel-jaime-tellement-prous_music&amp;amp;related=0&quot; width=&quot;400&quot; height=&quot;316&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x9uabs_pascale-borel-jaime-tellement-prous_music&amp;amp;related=0&quot; /&gt;
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&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x9uabs_pascale-borel-jaime-tellement-prous_music&quot;&gt;
&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://chezpascaleborel.free.fr/&quot;&gt;le site de Pascale
Borel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>ce qui se forme alors c'est une tentative de fuite</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/15/ce-qui-se-forme-alors-c-est-une-tentative-de-fuite</link>
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    <pubDate>Wed, 15 Jul 2009 03:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>essais</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juil09/malabou_accident.jpg&quot; alt=&quot;malabou_accident.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le plus souvent, les vies vont leur chemin comme les fleuves. Les
changements et les métamorphoses propres à ces vies, survenus en conséquence
des aléas et des difficultés ou simplement liés au cours naturel des choses,
apparaissent comme les marques et les rides d'un accomplissement continu,
presque logique, qui conduit à la mort. Avec le temps, on devient finalement ce
que l'on est, on ne devient que ce que l'on est. Les transformations du corps,
de l'âme renforcent la permanence de l'identité, la caricaturent ou la figent,
ne la contredisent jamais. Ne la dérangent pas.&lt;br /&gt;
Cette pente existentielle et biologique progressive, qui ne fait que
transformer le sujet en lui-même, ne saurait faire oublier le pouvoir de
plastiquage de cette même identité qui s'abrite sous son apparent poli, comme
une réserve de dynamite enfouie sous la peau de pêche de l'être pour la mort.
En conséquence de graves traumatismes, parfois pour un rien, le chemin bifurque
et un personnage nouveau, sans précédent, cohabite avec l'ancien et finit par
prendre toute la place. Un personnage méconnaissable, dont le présent ne
provient d'aucun passé, dont le futur n'a pas d'avenir, une improvisation
existentielle absolue. Une forme née de l'accident, née par accident, une
espèce d'accident. Une drôle d'engeance. Un monstre dont aucune anomalie
génétique ne permet d'expliquer l'apparition. Un être nouveau vient au monde
une seconde fois, venu d'une tranchée profonde ouverte dans la
biographie.&lt;br /&gt;
Il existe des métamorphoses qui dérangent la boule de neige que l'on forme avec
soi-même dans la durée, ce gros tas circulaire bien rempli, replet, complet.
D'étranges figures qui surgissent de la blessure, ou de rien, d'une sorte de
décrochage d'avec l'avant, des figures qui ne résultent ni d'un conflit
infantile non réglé, ni de la pression du refoulé, ni du retour subit d'un
fantôme. Il est des transformations qui sont des attentats. J'ai longuement
parlé de ces phénomènes de plasticité destructrice, des identités scindées,
interrompues soudainement, désertes des malades d'Alzheimer, de l'indifférence
affective de certains cérébro-lésés, des traumatisés de guerre, des victimes de
catastrophes, naturelles ou politiques. Force est de constater et de faire
reconnaître que nous pouvons tous, un jour, devenir quelqu'un d'autre,
d'absolument autre, quelqu'un qui ne se réconciliera jamais avec lui-même, qui
sera cette forme de nous sans rédemption ni rachat, sans dernières volontés,
cette forme damnée, hors du temps. Ces modes d'être sans généalogie n'ont rien
à voir avec le tout-autre des éthiques mystiques du XXe siècle. Le Tout-Autre
dont je parle demeure à jamais étranger à Autrui.&lt;br /&gt;
Le plus souvent, les vies vont leur chemin comme les fleuves. Parfois, elles
sortent de leur lit, sans qu'aucun motif géologique, aucun tracé souterrain, ne
permette d'expliquer cette crue ou ce débord. La forme soudainement déviante,
déviée, de ces vies est de plasticité explosive. (p. 9-10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une issue, que peut être une issue là même où il n'y a aucun
dehors, aucun ailleurs ? C'est bien en ces termes que Freud décrit la
pulsion, cette excitation étrange qui ne peut pas trouver sa décharge à
l'extérieur du psychisme et dont il n'est pas possible, comme il est dit dans
&lt;em&gt;Pulsions et destin des pulsions&lt;/em&gt;, de « venir à bout par des
actions de fuite ». La question est bien de savoir comment
« éliminer » la force constante de la pulsion. « Ce qui se forme
alors, dit Freud, c'est une tentative de fuite. » Il faut prendre ici au
sérieux le verbe « ce qui se forme », « &lt;em&gt;es kommt zu Bildung&lt;/em&gt;
», littéralement « ce qui vient à formation », car ce verbe ne fait pas
qu'annoncer la tentative de fuite, il la constitue. La seule issue possible à
l'impossibilité de fuir semble bien être la constitution d'une &lt;em&gt;forme&lt;/em&gt;
de fuite. C'est-à-dire à la fois la constitution d'un genre ou d'un ersatz de
fuite et la constitution d'une identité qui se fuit, qui fuit l'impossibilité
de se fuir. Identité désertée, dissociée encore une fois, qui ne se réfléchit
pas elle-même, ne vit pas sa propre transformation, ne la subjective pas. (p.
18)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style de Duras repose lui-même tout entier sur la suppression des liens
et des enchaînements, sur cette figure de rhétorique que l'on appelle savamment
l'asyndète. Celle-ci est une sorte d'ellipse au moyen de laquelle on retranche
les conjonctions qui unifient les propositions et les segments de la phrase. Le
&lt;em&gt;Dictionnaire de rhétorique&lt;/em&gt; la présente comme une « figure obtenue
par suppression des termes de liaison ». Elle appartient à la classe des
disjonctions et fait se télescoper les mots, qui arrivent les uns aux autres,
les uns sur les autres, s'arrivent, comme autant d'accidents en effet. Ils se
cabossent, perdent tout liant, tout enduit, toute graisse, toute société.
L'asyndète est l'alcoolisme du langage. (p. 60)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Catherine Malabou, &lt;a href=&quot;http://www.leoscheer.com/spip.php?article1701&quot;&gt;Ontologie de l’accident&lt;/a&gt;
(Léo Scheer, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.leoscheer.com/spip.php?mot159&quot;&gt;Catherine Malabou&lt;/a&gt; est
professeur de philosophie à l’Université de Paris X Nanterre et directrice de
la collection de philosophie aux Éditions Léo Scheer. Elle a publié aussi
:&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;L’Avenir de Hegel. Plasticité, temporalité, dialectique&lt;/em&gt; (Vrin,
1996)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;La Contre-allée&lt;/em&gt; ; avec Jacques Derrida (La Quinzaine littéraire
- Louis Vuitton, 1999)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Le Temps&lt;/em&gt; (Hatier, 2000)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.leoscheer.com/spip.php?article95&quot;&gt;Plasticité, actes du
colloque du Fresnoy&lt;/a&gt; (Léo Scheer, 2000)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.leoscheer.com/spip.php?article146&quot;&gt;Le Change Heidegger.
Du fantastique en philosophie&lt;/a&gt; (Léo Scheer, 2004)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://consciences.blogspirit.com/archive/2006/02/24/que-faire-de-notre-cerveau.html&quot;&gt;
Que faire de notre cerveau ?&lt;/a&gt; (Bayard, 2004)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.leoscheer.com/spip.php?article253&quot;&gt;La plasticité au soir
de l’écriture. Dialectique, destruction, déconstruction&lt;/a&gt; (Léo Scheer,
2005)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Les Nouveaux Blessés, de freud à la neurologie : penser les
traumatismes contemporains&lt;/em&gt; (Bayard, 2007)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>maintenir le monde avec ses pieds</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/12/maintenir-le-monde-avec-ses-pieds</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:466ea4e5941fc5049609e04c5f010259</guid>
    <pubDate>Sun, 12 Jul 2009 01:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juil09/Kafka_5ans.jpg&quot; alt=&quot;Kafka_5ans.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une tâche scabreuse, marcher sur la pointe des pieds en passant par une
poutre vermoulue qui sert de pont ; ne rien avoir sous les pieds ;
gratter d’abord la terre avec ses pieds pour rassembler le sol que l’on va
fouler ; marcher uniquement sur son propre reflet que l’on voit dans l’eau
au-dessous de soi ; maintenir le monde avec ses pieds ; en l’air
seulement se tordre les mains afin de pouvoir endurer cette peine. (p. 560)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Ce n’est pas un mur nu, c’est de la vie très sucrée qu’on a comprimée
pour en faire un mur, grain de raisin sur grain de raisin. – Je ne le crois
pas. – Goûte. – Je ne peux pas lever la main à force d’incrédulité. – Je
porterai le raisin à ta bouche. – Je ne pourrai pas le goûter à force
d’incrédulité. – Alors rentre sous terre. – Ne le disais-je pas que devant la
nudité de ce mur on ne peut que rentrer sous terre ? » (p. 585-586)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je sais nager comme les autres, seulement j’ai plus de mémoire qu’eux, je
n’ai pas pu oublier l’époque où je ne savais pas nager. Comme je ne l’ai pas
oubliée, il ne me sert de rien de savoir nager et malgré cela je ne sais pas
nager. (p. 586)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Frantz Kafka, Traductions de Marthe Robert. &lt;em&gt;Œuvres complètes. 2 :
Récits et fragments narratifs&lt;/em&gt; (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade,
1980)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;::: les « traductions » du fragment « wenn man doch ein
indianer wäre... » ont été réunies et mises en page par François Bon dans
un &lt;a href=&quot;http://calameo.com/read/0000060412fd38db84755&quot;&gt;très joli petit
calaméo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: et l'on trouve &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1526&quot;&gt;d’autres fragments
narratifs&lt;/a&gt; dans le &lt;em&gt;tiers livre&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>wenn man doch ein indianer wäre...</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/09/wenn-man-doch-ein-indianer-ware</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:574e4fc4660d0e4e421bbd290adb419a</guid>
    <pubDate>Thu, 09 Jul 2009 02:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juil09/warhol_kafka.jpg&quot; alt=&quot;warhol_kafka.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Wenn man doch ein Indianer wäre, gleich bereit, und auf dem rennenden
Pferde, schief in der Luft, immer wieder kurz erzitterte über dem zitternden
Boden, bis man die Sporen ließ, denn es gab keine Sporen, bis man die Zügel
wegwarf, denn es gab keine Zügel, und kaum das Land vor sich als glatt gemähte
Heide sah, schon ohne Pferdehals und Pferdekopf.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Christine Bauer lance sur le blog &lt;a href=&quot;http://regardaupluriel.hautetfort.com/archive/2009/07/02/franz-kafka.html#comments&quot;&gt;
regard au pluriel&lt;/a&gt; une invitation à &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1837&quot;&gt;traduire/interpréter&lt;/a&gt;
ce texte de Kafka ... et je me retrouve à traduire sans doute de manière très
inexacte mais avec grand plaisir une langue dont je ne parle pas un mot, ce qui
donne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Faire comme si on était un indien, toujours prêt à s’enfuir sur un cheval
fendant l’air pour échapper aux spasmes de la terre, et s’aperçevoir qu’on a
perdu ses éperons, car il n’y avait pas d’éperons, qu’on a laché les rênes, car
il n'y avait pas de rênes, et que progressivement le paysage virtuel s’efface,
se mue en une matrice vide, tandis que l’encolure puis la tête du cheval
retournent aux pixels.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela me rappelle l’époque où j’attaquais mes versions anglaises ou latines à
l’intuition, ce qui produisait des résultats très ... contrastés,&lt;br /&gt;
cela me rappelle aussi pourquoi je me méfie des textes traduits,&lt;br /&gt;
cela me rappelle que &lt;a href=&quot;http://towardgrace.blogspot.com/2009/01/le-clavier-cannibale.html&quot;&gt;Le Clavier
cannibale&lt;/a&gt; de Claro attend sagement d’être lu sur une de mes étagères.&lt;br /&gt;
et cela me rappelle enfin un autre texte allemand que j'aime beaucoup, dans la
traduction où je l'ai rencontré pour la première fois, en exergue
d’&lt;em&gt;Histoire&lt;/em&gt; de Claude Simon :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela nous submerge. Nous l'organisons. Cela tombe en morceaux.&lt;br /&gt;
Nous l'organisons de nouveau et tombons nous-mêmes en morceaux.&lt;br /&gt;
(traduction de J.F. Angelloz, Aubier bilingue)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;le texte allemand, extrait de la huitième des &lt;em&gt;Élégies de Duino&lt;/em&gt;
(1912-1922, parution 1923) de Rainer Maria Rilke, est :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Uns überfüllts. Wir ordnens. Es zerfällt.&lt;br /&gt;
Wir ordnens wieder und zerfallen selbst.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;et les autres traductions que j’ai pu en lire, en recherchant la référence
de la première, me parlent beaucoup moins, par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Débordés. Nous mettons de l'ordre. Tout s'écroule.&lt;br /&gt;
Nous remettons de l'ordre et nous-mêmes croulons.&lt;br /&gt;
(traduction de François-René Daillie, Orphée-La Différence)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;En sommes submergés. L'agençons. Sa ruine survient.&lt;br /&gt;
L'agençons de nouveau et périclitons nous-mêmes.&lt;br /&gt;
(traduction de la Pléiade)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce tout nous submerge. Nous y mettons de l'ordre. Il vole en éclats.&lt;br /&gt;
Nous l'ordonnons encore : nous volons en éclats nous-mêmes.&lt;br /&gt;
(traduction de Jean-Yves Masson, Imprimerie nationale)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>I can pick my own nose</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/08/I-can-pick-my-own-nose</link>
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    <pubDate>Wed, 08 Jul 2009 02:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>art</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juil09/warhol_the_lord_gave_me.jpg&quot; alt=&quot;warhol_the_lord_gave_me.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Andy_Warhol&quot;&gt;Andy Warhol&lt;/a&gt;, The Lord
Gave Me My Face But I Can Pick My Own Nose&lt;br /&gt;
(Le Seigneur m'a refilé mon visage, mais je peux me gratter le nez tout seul,
1948, Pittsburgh, Collection Paul Warhola Family)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'exposition &lt;a href=&quot;http://www.rmn.fr/Le-grand-monde-d-Andy-Warhol&quot;&gt;Le
Grand monde d’Andy Warhol&lt;/a&gt; (au Grand Palais) permet de réviser pas mal
d'idées reçues, de faire de jolies découvertes (comme l'autoportrait ci-dessus)
et de mettre en perspective les quelque 250 portraits présentés dans la grande
histoire du portrait et de l'autoportrait, depuis les portraits du Fayoum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.warhol.org/&quot;&gt;Andy Warhol Museum&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.warholfoundation.org/&quot;&gt;Andy Warhol Foundation&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.warholcity.com/&quot;&gt;Andy Warhol City&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>prière ératépiste</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/06/priere-eratepiste</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:df8b5a5e18b492819073c348cdba7a6a</guid>
    <pubDate>Mon, 06 Jul 2009 03:21:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juil09/.le_tellier_zindien_m.jpg&quot; alt=&quot;le_tellier_zindien.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Notre Auber&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre Auber qui êtes Jussieu&lt;br /&gt;
Que Simplon soit Parmentier&lt;br /&gt;
Que Ta Volontaires soit Place des Fêtes&lt;br /&gt;
Que Ton Rennes arrive&lt;br /&gt;
Sur Voltaire comme Courcelles&lt;br /&gt;
Donne-nous Galliéni notre Havre-Caumartin&lt;br /&gt;
Et ne nous soumets pas à la Convention&lt;br /&gt;
Cambronne-nous nos Défense&lt;br /&gt;
Comme nous Odéon à ceux qui nous ont Maraîchers&lt;br /&gt;
Délivre-nous des Halles.&lt;br /&gt;
Miromesnil.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Hervé Le Tellier, &lt;a href=&quot;http://www.oulipo.net/oulipiens/document13279.html&quot;&gt;Zindien&lt;/a&gt; (Syllepse,
2000) (Le Castor Astral, 2009, p. 47)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>il manque une pièce au puzzle</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/07/05/il-manque-une-piece-au-puzzle</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:596cddbf779d5eb38274d18478df3867</guid>
    <pubDate>Sun, 05 Jul 2009 03:19:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juil09/lhommepacifique.jpg&quot; alt=&quot;lhommepacifique.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette discussion presque quotidienne me manque beaucoup après son décès, et
chaque début d'après-midi il y a un moment où je ne sais plus quoi faire entre
deux activités. C'est l'heure, deux heures et demie de l'après-midi, où
habituellement depuis des mois je l'appelais au téléphone. Bien sûr, il n'y a
plus personne à appeler, il a disparu, rayé de la liste, au suivant. Tout de
même, quelque chose cloche dans ce système où tous les êtres humains décèdent
un à un ; quelque chose a raté dans la création du monde, l'ensemble est
défectueux, il manque une pièce au puzzle. Les choses sont bizarres,
normalement les gens que l'on aime ne devraient pas mourir. (p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le repas d'anniversaire de ses quatre-vingts ans, une nièce a fait
imprimer sur les menus une photographie de lui que je n'avais jamais vue :
il est enfant, il doit avoir cinq ou six ans, ses cheveux sont coiffés
bizarrement, coupés au bol, trop longs, cela lui donne un air de fille ;
il pourrait être l'objet de moqueries de ses camarades d'école mais je sais que
c'est impossible, il a un regard qui inspire le respect et la crainte, il a une
autorité naturelle qui s'impose à tous, même au travers du temps, qui s'impose
même à moi aujourd'hui. La reproduction photographique est la partie d'un
cliché plus large le montrant au milieu de ses père, mère et tante. Il a le
regard dans le vide avec un timide sourire. Comme pour chaque photo d'enfant
qui ne rit pas aux éclats, on peut réinterprêter a posteriori le personnage et
prétendre voir des décennies plus tard quelque chose dans son regard. Mais
personne ne peut jamais dire ce que va devenir un être, quelle va être sa vie,
le hasard est le roi du monde et très peu d'hommes et de femmes peuvent le
combattre et le vaincre. On ne peut non plus jamais savoir ce qu'a pensé une
personne, ce qu'elle a ressenti, elle seule le sait, et encore, si elle n'a
aucune mémoire, elle oublie son passé au fur et à mesure que la fin de sa vie
approche. La photographie montre seulement un enfant qui pose pour l'objectif
aux côtés des grandes personnes. Il ne peut rien savoir de son avenir, il ne
sait même pas ce que le mot signifie ; il connaît seulement son présent et
ce présent, c'est la grande maison, la rue, le château et la ville tout autour.
(p. 29-30)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on n’a pas d’enfants, on ressent d’une manière plus intense le devenir
de l’humanité, on peut voir en surimpression sur le monde la trace du temps,
telle une autoroute en pointillé. Un écrivain comme Marcel Proust en est
l’exemple parfait, Franz Kafka également. Mais quand Proust est immobile, Kafka
court, il sprinte à grandes foulées, il veut s’échapper, il attaque la réalité
à la pioche, ou plus précisément à la clef à molette et au tournevis, il est là
pour changer quelque chose, pour démonter le système et le remonter dans le bon
sens, il est là pour réparer le monde. Si je devais comparer mon oncle à un de
ces écrivains, je le comparerais à Proust : il voit, il comprend, il
observe, il explique. Mais il laisse tout en place, il ne part pas en guerre
contre le monde comme le fait Kafka. Non, mon oncle est un homme pacifique, un
homme non pas résigné mais respecteux. (p. 54-55)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Pautrel, &lt;a href=&quot;http://marc.pautrel.free.fr/lhommepacifique.html&quot;&gt;L’homme pacifique&lt;/a&gt;
(Gallimard, L’Infini, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Marc Pautrel est né en 1967. Il a publié auparavant :&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://marc.pautrel.free.fr/lemetierdedormir.html&quot;&gt;Le métier de
dormir&lt;/a&gt; (Confluences, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/01/22/en-tracant-des-gribouillis-geants&quot;&gt;La vie des
écrivains classiques&lt;/a&gt; (publie.net, 2008)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/03/22/cet-etre-a-part-trop-doue-exterieur-a-la-planete&quot;&gt;Je suis une
surprise&lt;/a&gt; (voir billet)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: en ligne : deux articles de &lt;a href=&quot;http://remue.net/spip.php?article3317&quot;&gt;Guénaël Boutouillet&lt;/a&gt; (remue.net) et
&lt;a href=&quot;http://bibliobs.nouvelobs.com/20090529/12812/lhomme-pacifique-de-marc-pautrel&quot;&gt;
Jérôme Garcin&lt;/a&gt; (NouvelObs)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: et aussi : le &lt;a href=&quot;http://marc.pautrel.free.fr&quot;&gt;site de Marc
Pautrel&lt;/a&gt;, son &lt;a href=&quot;http://blog.marcpautrel.com/&quot;&gt;blog&lt;/a&gt; et son
&lt;a href=&quot;http://carnet.marcpautrel.net/&quot;&gt;Carnet&lt;/a&gt; de triptyques
quotidiens.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>suite mobile de bifurcations, dérives, rhizomes</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/30/suite-mobile-de-bifurcations-derives-rhizomes</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:438a05f0c13869a4834783badb3d16e0</guid>
    <pubDate>Tue, 30 Jun 2009 01:51:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/cazier_silence.jpg&quot; alt=&quot;cazier_silence.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Un livre ne commence pas – absence de commencement, une écriture sans
début ni fin. Livre déjà commencé, déjà commencé d’être écrit. Non dans
l’existence de l’écrivain, ses expériences, son enfance heureuse ou
malheureuse, ses pensées, bêtes ou géniales, mais dans quelque chose en lui, un
ailleurs à travers lui ouvert à l’absence de commencement, ouverture sans bord,
illimitée – qui ne serait que cela, ouverture, vide désert, béance sans lieu,
sans espace. Et, pas davantage, l’origine ne serait dans la langue ou le
langage, dans des idées ou la culture ou... Personne n’écrit : ce qui
écrit est personne, ce qui écrit est rien. Un livre ne se limite pas aux
petites frontières de quelques pages rassemblées, selon la représentation
commune qui retrouve dans le volume du livre les caractères les plus éculés de
la subjectivité. Le livre dérive, fait de dérives, et d’un inconscient,
l’écriture : suite mobile de bifurcations, dérives, rhizomes –
infiniment.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Philippe Cazier, &lt;a href=&quot;http://www.publie.net/tnc/spip.php?article252&quot;&gt;Le silence du monde&lt;/a&gt;
(publie.net, 2009, p. 78)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;::: et aujourd’hui sur publie.net un troisième livre de &lt;a href=&quot;http://jeanphilippecazier.blogspot.com/&quot;&gt;Jean-Philippe Cazier&lt;/a&gt; ! un
essai très dense, sur l'expérience de la lecture notamment, composé de
fragments, nourri de nombreuses références et citations, que je télécharge pour
y revenir à loisir.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>vie cérébrale du monde</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/29/vie-cerebrale-du-monde</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b9c95d4f77c0fb972b6538a84471188d</guid>
    <pubDate>Mon, 29 Jun 2009 03:02:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/cazier_joseph_k.jpg&quot; alt=&quot;cazier_joseph_k.jpg&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/cazier_ecrires.jpg&quot; alt=&quot;cazier_ecrires.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Écrire : zone obscure, écrire : inconnue zone obscure du monde,
parler : mobilité du cerveau du monde, de la pensée, du corps du monde –
parler inachevé :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ondes, vie cérébrale, engloutie et sans forme, chutes d’un cerveau d’ondes,
dans l’obscurité : écrire…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;… (ondes sans cesse, sans cesse écrire, inachevé le monde, le cosmos du
monde, mots à l’intérieur du crâne, écrire : vie cérébrale du monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(écrire sur le cerveau du monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(mobilité de la pensée, dans l’obscurité : écrire))).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Philippe Cazier, &lt;em&gt;Écrires&lt;/em&gt; ; précédé de &lt;em&gt;Poémonder&lt;/em&gt;
(&lt;a href=&quot;http://www.inventaire-invention.org/index_auteurs/cazier.htm&quot;&gt;Inventaire/Invention&lt;/a&gt;,
2004, &lt;a href=&quot;http://www.publie.net/tnc/spip.php?article250&quot;&gt;Publie.net&lt;/a&gt;,
2009, p. 17-21)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jean-Philippe Cazier est né en 1966 ; il est professeur de philosophie
et a publié :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Voix sans voix&lt;/em&gt; (Sils Maria, 2002)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Écrires&lt;/em&gt; précédé de &lt;em&gt;Poémonder&lt;/em&gt; (Inventaire/invention,
2004)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Désert ce que tu murmures&lt;/em&gt; (La Cinquième Roue, 2006)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.publie.net/tnc/spip.php?article251&quot;&gt;C’est pourtant Joseph
K. qui est là&lt;/a&gt; (publie.net, 2009)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: son blog : &lt;a href=&quot;http://jeanphilippecazier.blogspot.com/&quot;&gt;http://jeanphilippecazier.blogspot.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>un prophète de notre post-humanité ?</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/27/un-prophete-de-notre-post-humanite</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:7c4cd4f5300099125cad773912136c16</guid>
    <pubDate>Sat, 27 Jun 2009 02:02:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/.gailliot_bambi_s.jpg&quot; alt=&quot;gailliot_bambi.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Wacko Jacko en offrait toujours plus ! Cela faisait longtemps qu'il
donnait le spectacle d'une douloureuse entredévoration de l'image et du modèle,
sans qu'il soit possible de déterminer ce qui chez lui était premier. Personne
n'aurait su dire s'il s'incarnait plutôt dans l'original ou le reflet. Ou
encore dans leur hypothétique entre-deux. Deux miroirs se renvoyant leur propre
néant déformant ? Dans la surenchère au sublime et au grotesque qui,
depuis la nuit des temps médiatiques, mettait aux prises les principes de
Réalité et de Fiction au sein de chaque individu, mais jamais à un degré plus
pathétiquement déchirant que dans le personnage de mutant hybride que s'était
composé Michael Jackson (p. 15-16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le martyre d'un genre nouveau qu'endurait Michael Jackson, cet être mal
défini, ni tout à fait toon ni tout à fait humain, ni vraiment noir ni vraiment
blanc, ni enfant ni adulte - son martyre spécial ne tenait-il pas à sa faculté
unique d'accueillir toutes les tares et contradictions de l'époque :
l'amour de la nature, les phobies, le culte de la beauté, le métamorphisme, la
jeunesse éternelle, la cryogénisation, la candeur de Bambi, le déchaînement de
la violence, l'ubiquité, l'ennui, la chirurgie plastique, les films d'horreur
et particulièrement ceux avec Boris Karloff et Vincent Price, la pudeur, le
sexe extrême, la différence érigée en horizon moral indépassable, les clones,
la réclusion, l'exhibitionnisme - non seulement de les accueillir, ces tares et
contradictions, sans en rejeter aucune, mais de les incarner dans la chair
étrangement composite qui était la sienne à leur degré maximum ? Son
apparence, sa voix, son art, ses comportements, tour à tour outranciers ou
doucereux, étaient-ils autre chose que la tentative de contenir, dans une même
et frêle enveloppe corporelle, cette effrayante énergie disruptive ? Et si
tel était le cas, cela n'en faisait-il pas un prophète de notre
post-humanité ? voué à être adulé par les masses puis réprouvé par
l'opinion - suscitant force extases glamour et pâmoisons collectives jusqu'en
1995 (cent trente-trois millions d'albums vendus, et combien de singles ?
de tickets de concerts ?), le payant de la dérision populaire ensuite (les
caricatures moquant l'homme-qui-avait-perdu-son-nez, les photos le montrant
menottes aux poignets, les plaisantes perspectives de déconfiture financière,
sanction logique de sa ruine morale et de sa décrépitude physique) - parce
qu'il révélait dans la sphère publique ce que chacun de nous expérimentait déjà
à petites touches dans la sphère privée, et vivrait demain au grand jour, comme
lui, Michael « Bambi » Jackson, mais à doses de plus en plus élevées,
exaspérantes, destructrices ?&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Modèle ou créature, vous vivez dans l'imagination du public. La popularité
est l'élément au sein duquel vous vous propagez. Mais plus votre popularité
s'accroît et plus votre personnalité est diffractée, par le mental d'autrui, en
une infinité de doubles, certains ressemblants, la plupart totalement
aberrants. Pour tout personnage célèbre, tôt ou tard l'exigence de ressemblance
cède le pas aux impératifs de la notoriété. « A-t-il jamais existé ?
» en vient-on à se demander. On comprendrait qu'une créature comme Michael
Jackson, si c'en est une, éprouve le besoin de rejoindre son modèle dans la
réalité.&lt;/em&gt; (p. 23-25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PAR ANTICIPATION, ON POUVAIT LIRE SUR LA FIGURE ARTIFICIELLE DE BAMBI
FRANKENSTEIN LE RÉCIT VRAI DE LA PURE FICTION QUE SERAIT BIENTÔT CHACUNE DE NOS
VIES. (p. 34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Hubert Gailliot, &lt;a href=&quot;http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=53614&quot;&gt;Bambi Frankenstein&lt;/a&gt;
(L’Olivier, 2006)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Né en 1961, co-fondateur des Editions Tristram en 1987, Jean-Hubert Gailliot
a aussi publié :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;La Vie magnétique&lt;/em&gt; (L’Olivier, 1997)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Les Contrebandiers&lt;/em&gt; (L’Olivier, 2000)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;L'Hacienda&lt;/em&gt; (L’Olivier, 2004)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;30 minutes à Harlem&lt;/em&gt; (Petite Bibliothèque de l'Olivier, 2004)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>tous ont quelque chose pour eux dans la toile</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/25/tous-ont-quelque-chose-pour-eux-dans-la-toile</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:fb78e7c45f5ba2f0e48dcd772b6cdd90</guid>
    <pubDate>Thu, 25 Jun 2009 03:39:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/.william_blake_dantes_inferno_whirlwind_of_lovers_m.jpg&quot; alt=&quot;william_blake_dantes_inferno_whirlwind_of_lovers.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Lecture&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les livres sont ennuyeux à lire. Pas de libre circulation. On est invité à
suivre. Le chemin est tracé, unique.&lt;br /&gt;
Tout différent le tableau : immédiat, total. À gauche, aussi, à droite, en
profondeur, à volonté.&lt;br /&gt;
Pas de trajet, mille trajets, et les pauses ne sont pas indiquées. Dès qu'on le
désire, le tableau à nouveau, entier. Dans un instant, tout est là. Tout, mais
rien n'est connu encore. C'est ici qu'il faut commencer à LIRE.&lt;br /&gt;
Aventure peu recherchée, quoique pour tous. Tous peuvent lire un tableau, ont
matière à y trouver (et à des mois de distance matières nouvelles), tous, les
respectueux, les généreux, les insolents, les fidèles à leur tête, les perdus
dans leur sang, les labos à pipette, ceux pour qui un trait est comme un saumon
à tirer de l'eau, et tout chien rencontré, chien à mettre sur la table
d'opération en vue d'étudier ses réflexes, ceux qui préfèrent jouer avec le
chien, le connaître en s'y reconnaissant, ceux qui dans autrui ne font jamais
ripaille que d'eux-mêmes, enfin ceux qui voient surtout la Grande Marée,
porteuse à la fois de la peinture, du peintre, du pays, du climat, du milieu,
de l'époque entière et de ses facteurs, des événements encore sourds et
d'autres qui déjà se mettent à sonner furieusement de la cloche.&lt;br /&gt;
Oui, tous ont quelque chose pour eux dans la toile, même les propres à rien,
qui y laissent simplement tourner leurs ailes de moulin, sans faire vraiment la
différence, mais elle existe et combien instructive.&lt;br /&gt;
Que l'on n'attende pas trop toutefois. C'est le moment. Il n'y a pas encore de
règles. Mais elles ne sauraient tarder ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1950)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Henri Michaux, &lt;em&gt;Passages&lt;/em&gt; (1937-1963) (Gallimard, L’Imaginaire, p.
75-76)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>certains jours les nouvelles technologies épuisent</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/23/certains-jours-les-nouvelles-technologies-epuisent</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:18bd3464a08bcf0e68c508be55a99792</guid>
    <pubDate>Tue, 23 Jun 2009 02:24:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/.pittolo_spider_s.jpg&quot; alt=&quot;pittolo_spider.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quand il n'y a pas de nouveau héros,&lt;br /&gt;
on retravaille les anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bientôt, une puce sous la peau, un capteur&lt;br /&gt;
nous permettra de trimballer nos souvenirs.&lt;br /&gt;
Puissants comme Spider, nous serons une&lt;br /&gt;
maquette de sensations.&lt;br /&gt;
Quand des nanotubes circulent dans&lt;br /&gt;
les artères, le cerveau ne reçoit plus&lt;br /&gt;
d'informations.&lt;br /&gt;
Je peux encore dessiner un cavalier dans un&lt;br /&gt;
espace vierge, si je veux, en attendant.&lt;br /&gt;
Faire boire mon cheval à la rivière.&lt;br /&gt;
Bientôt, je serai l'homme augmenté ou&lt;br /&gt;
miniaturisé, je mènerai une bataille de&lt;br /&gt;
résistance sur la planète Voya Nui.&lt;br /&gt;
La mâchoire de Piraka s'ouvrira&lt;br /&gt;
et je serai phosphorescent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nanomètres rendent léger,&lt;br /&gt;
font briller l'intérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(On m'appellera Terminaison ou Focus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une puce sous la peau ?&lt;br /&gt;
La quatrième dimension ?&lt;br /&gt;
Cette puce deviendra un agenda compulsif.&lt;br /&gt;
Dans ce nouveau réseau de communication,&lt;br /&gt;
je ne sais pas si les toons auront encore de&lt;br /&gt;
l'intérêt.&lt;br /&gt;
Il faut leur réserver un cabinet noir.&lt;br /&gt;
Les sensations seront sismiques, ne pourront&lt;br /&gt;
se transmettre : une quantité de programmes,&lt;br /&gt;
les vies antérieures, l'infiniment petit de la&lt;br /&gt;
résistance personnelle (p. 38-39)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains jours, les nouvelles technologies&lt;br /&gt;
épuisent, le software, tout ce qui connecte (p. 42)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Véronique Pittolo, &lt;a href=&quot;http://presenceweb.wordpress.com/2008/10/26/cuisines-de-limmediat-ralentir-spider/&quot;&gt;
Ralentir Spider&lt;/a&gt; (Éditions de l’Attente, 2008)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans la collection SPOOM dirigée par Franck Pruja, une plongée dans la
culture d’aujourd’hui à propos duquel une petite note de l’auteur, glissée dans
le livre, dit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans Ralentir Spider, je dresse une archéologie du toon, à travers une
typologie de personnages issus de l’entertainment. Spiderman est une figure
générique raccourcie en Spider pour évoquer le terme anglais speed,
speeder : vitesse accélérée.&lt;br /&gt;
Il s’agit d’un clin d’œil à l’inflation vertigineuse des représentations de
comics, le mot toon englobe à la fois l’univers de la BD, l’animation, les
séries de science-fiction, les jeux vidéos et leurs dérivés (Pokemon, Jeux en
ligne).&lt;br /&gt;
Entre addiction et aliénation, le monde virtuel imprègne l’imaginaire d’un
adolescent, et produit d’autres modes d’exploration. Une collusion se produit
entre ce monde artificiel et la réalité que l’on perçoit par bribes
documentaires (attentats, catastrophisme exhibé par les médias).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.m-e-l.fr/fiche-ecrivain.php?id=354&quot;&gt;Véronique
Pittolo&lt;/a&gt; est née en 1960 à Douai. Elle a aussi publié :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Montage&lt;/em&gt; (Fourbis, 1992)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;XY ou la Poursuite du Bonheur&lt;/em&gt; (Cahiers Ephémérides, 1998)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Héros&lt;/em&gt; (Al Dante, 1998)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Schrek&lt;/em&gt; (L’Attente, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Chaperon Loup Farci&lt;/em&gt; (La Main Courante, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Gary Cooper ne lisait pas de livres&lt;/em&gt; (Al Dante, 2004)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Opéra isotherme&lt;/em&gt; (Al Dante, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Exploration&lt;/em&gt; (Éoliennes, 2006)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Danse à l’école&lt;/em&gt; (L’Attente, 2006)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/08/07/de-tout-temps-les-couples-n-ont-pas-forme-un-tout&quot;&gt;Hélène
mode d’emploi&lt;/a&gt; (Al Dante, 2008)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/08/06/lhomme-ecrase-et-lhomme-pousse&quot;&gt;La Révolution dans
la poche&lt;/a&gt; (publie.net, 2008)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>un langage qui se tient au bord du vide</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/22/un-langage-qui-se-tient-au-bord-du-vide</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:1fc426cb3aea513e3c99b4675a3f09fb</guid>
    <pubDate>Mon, 22 Jun 2009 01:58:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/.froger_s.jpg&quot; alt=&quot;froger.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;5 -&lt;br /&gt;
des phrases ce ne sont pas des phrases qui sont parties au bout de la
ligne&lt;br /&gt;
que tu as laissée - quand je respire c'est sur un pont entre des mots&lt;br /&gt;
ou sur une corde qui se déroule jusqu'au centre - une corde qui se dénoue&lt;br /&gt;
quand tu le veux - au centre bien au centre lettre après lettre - c'est le
temps –&lt;br /&gt;
c'est tout le temps - par le nez par les yeux - quand une lèvre se tient
–&lt;br /&gt;
quand j'attends les odeurs - quand une lèvre se tient sous une autre –&lt;br /&gt;
qu'elle respire et se noue - qu'elle retourne la spirale jusqu'au
jour&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 -&lt;br /&gt;
nous entendons des phrases qui viennent d'ailleurs -&lt;br /&gt;
nous ne les arrêtons pas - elles se sont étrangement données –&lt;br /&gt;
elles sont faites pour passer dans l'espace - pour tomber –&lt;br /&gt;
elles traversent des champs de sable en sifflant - en signant –&lt;br /&gt;
alors nous défaisons les mots fuyants - les mots flottants –&lt;br /&gt;
nous cherchons s'il y a un monde pour nous parler –&lt;br /&gt;
nous sommes un langage qui se tient au bord du vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rémi Froger, &lt;a href=&quot;http://presenceweb.wordpress.com/2009/03/18/lignes-de-derivations-de-remi-froger/&quot;&gt;
lignes de dérivations&lt;/a&gt; (Éditions de L’Attente, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J’ai enfin trouvé - au Marché de la Poésie - ce joli volume rouge - que son
titre et un &lt;a href=&quot;http://situvoiscequejeveuxdire.blogspot.com/2009/03/remi-froger-sait-ou-il-va.html&quot;&gt;
billet de Sébastien Smirou&lt;/a&gt; m’avaient donné envie de lire et qui - avec des
tirets comme seule ponctuation et intime respiration - tient toutes ses
promesses -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/ficheauteur.asp?num=5787&quot;&gt;Rémi
Froger&lt;/a&gt; est né en 1956 et a publié aussi :&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=5745&quot;&gt;Chutes, essais,
trafics&lt;/a&gt; (POL, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6225&quot;&gt;Des
prises de vue&lt;/a&gt; (POL, 2008)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.publie.net/tnc/spip.php?article68&quot;&gt;Routes, repérages&lt;/a&gt;
(publie.net, 2008)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>comment cohabiter sans servir ?</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/10/comment-cohabiter-sans-servir</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:537a24ac3785b6c171abe6b69a5ee1db</guid>
    <pubDate>Fri, 19 Jun 2009 01:10:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/michaux_dessins5.jpg&quot; alt=&quot;michaux_dessins5.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La mouche est si bien organisée qu'elle a pu assidûment fréquenter l'homme
depuis des milliers d'années, sans être mise à la porte, ni mise à travailler.
Le tout sans se gêner et ne cherchant nullement comme le chat à feindre d'être
apprivoisée. Allant même jusqu'à s'installer au bord de ses yeux et à puiser
dans ses larmes admirablement salées l'appoint chloruré nécessaire à son
régime. Avec la même aisance elle fréquente aussi de plus gros mammifères aux
yeux confortables et nul doute qu'elle ne rêve d'yeux plus parfaits encore,
creusés au lieu de bombés, pareils à des soucoupes, soucoupes vivantes,
distillant le liquide exquis.&lt;br /&gt;
Voilà l'être que tout homme, dans une époque qui rend esclave, se doit de bien
étudier au lieu des aigles, des lions et des chevaux, ou des princes qui ne lui
apprendront jamais ce qu'il lui importerait tellement de savoir : «
&lt;em&gt;Comment cohabiter sans servir ?&lt;/em&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Henri Michaux, &lt;em&gt;Passage&lt;/em&gt; (1937-1963) (Gallimard, L’Imaginaire, p.
143)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>faire toujours comme si</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/01/04/faire-toujours-comme-si</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:c834bcc4a84dd10b78e3d4455adf849d</guid>
    <pubDate>Wed, 17 Jun 2009 01:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/.sollers_chine_1974_s.jpg&quot; alt=&quot;sollers_chine_1974.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ils croient qu’il y a un truc : les relations, l’argent, le sexe, la
drogue, etc. Pas un instant, ils ne pensent que tout vient de la méditation, de
la discipline du vice, du travail. Par élégance, et par sécurité, donc, faire
toujours comme si on était truqueur, vénal, accroché, fébrile, paresseux,
bâclé.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://sollers.jubiblog.fr/&quot;&gt;Philippe Sollers&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=220&quot;&gt;Carnet de
nuit&lt;/a&gt; (Plon, 1989, p. 8-9)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le premier &lt;a href=&quot;http://www.livreshebdo.fr/prix/actualites/philippe-sollers-laureat-du-prix-de-la-bnf/3150.aspx&quot;&gt;
Prix de la BnF a été attribué hier 15 juin à Philippe Sollers&lt;/a&gt; pour
l'ensemble de son œuvre.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>ils ressemblent beaucoup aux esclaves</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/07/09/ils-ressemblent-beaucoup-aux-esclaves</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:aac5a434da4e5837b32ccf7deab6604c</guid>
    <pubDate>Tue, 16 Jun 2009 01:40:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;div class=&quot;external-media&quot; style=&quot;margin: 1em auto; text-align: center;&quot;&gt;
&lt;object type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; data=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/xfnaq&amp;amp;related=1&quot; width=&quot;400&quot; height=&quot;316&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/xfnaq&amp;amp;related=1&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;wmode&quot; value=&quot;transparent&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;FlashVars&quot; value=&quot;playerMode=embedded&quot; /&gt;&lt;/object&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xfnaq_guy-debord-in-girum-extraits_shortfilms&quot;&gt;
Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni (extrait) (1978)&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;::: quand &lt;a href=&quot;http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/06/15/diner-in-situ-ce-soir-a-paris/&quot;&gt;banquiers
et grands patrons se cotisent pour acheter du Debord&lt;/a&gt; le &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2006/12/25/la-publicite-du-temps&quot;&gt;spectacle&lt;/a&gt; bat &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2006/12/25/lempire-de-la-passivite-moderne&quot;&gt;son plein&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>et même si tout est faux</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/15/et-meme-si-tout-est-faux</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:dfb83471aa5a38f6d2a4997bf8670ee7</guid>
    <pubDate>Mon, 15 Jun 2009 01:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/.dubois_pas_dors_s.jpg&quot; alt=&quot;dubois_pas_dors.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi tout change rien n'est pareil tout change devient le&lt;br /&gt;
contraire de ce que c'était avant. Et pouvoir s'accorder&lt;br /&gt;
ainsi dans la distribution deux trois extraits de&lt;br /&gt;
prodigieuse vie singulière permet d'en varier le cours&lt;br /&gt;
du tout au tout d'en vivre simultanément plusieurs&lt;br /&gt;
plutôt qu'une seule et tout en dessinant chaque fois&lt;br /&gt;
un cas unique en perspective de composer de bascule&lt;br /&gt;
en bascule un bel assortiment qu'on n'a pas sur la terre&lt;br /&gt;
ou peu d'êtres occupent en même temps le présent. (p. 12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je ne suis pas privée j'ai tant de choses les rivages&lt;br /&gt;
enchantés la côte et l'immense océan sauvage&lt;br /&gt;
et contre l'art d'être un iceberg belle scène du balcon sur&lt;br /&gt;
la mer écumante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et même si tout est faux fausse nuit fausse lune&lt;br /&gt;
transparente pure fausse marée sous la lumière&lt;br /&gt;
artificielle quand il me touche avec ses yeux me font&lt;br /&gt;
bien plus d'effet qu'une vraie main gauche un bras droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Rex Harrison entrez s'il est quatre heures hantez&lt;br /&gt;
même à l'essai venez me dire my dear la nuit sur le&lt;br /&gt;
balcon venez me dire les mots qu'il faut pour faire un&lt;br /&gt;
livre d'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et peu m'importe que vous soyez voire sans ombre&lt;br /&gt;
pense le genre humain puisque avec vous j'ai les mêmes&lt;br /&gt;
bruits du monde extérieur et dans l'oreille et tout ce que&lt;br /&gt;
j'ai à dire et le timing. (p. 30-31)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Dubois, &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6263&quot;&gt;Comment ça je
dis pas dors&lt;/a&gt; (POL, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/.madame_muir_1_s.jpg&quot; alt=&quot;madame_muir_1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'il suffit de les énoncer pour que les choses existent, pourquoi ne
pas entrer dans le cadre pour y rencontrer de séduisants fantômes de cinéma
...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/05/devenir-la-copie-d-une-sorte-de-faux-autre&quot;&gt;sur Caroline
Dubois, voir aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>seul, complètement seul, comme toujours</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/13/seul-completement-seul-comme-toujours</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:4767b4bfe76e8c9973e5097e97167f2e</guid>
    <pubDate>Sat, 13 Jun 2009 01:55:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/tavares.jpg&quot; alt=&quot;tavares.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;LE CLOU&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Valéry connaissait des gens arrogants et il ne les aimait
pas.&lt;br /&gt;
Pour monsieur Valéry, une personne était arrogante lorsqu'elle s'estimait
supérieure à sa tâche : que ce soit servir à table, écrire ou peindre un
tableau.&lt;br /&gt;
Monsieur Valéry expliquait :&lt;br /&gt;
- Je connais des gens qui marchent dans la rue comme s'ils faisaient une faveur
à l'acte de marcher. Il est dangereux de s'estimer supérieur à sa tâche,
expliquait monsieur Valéry.&lt;br /&gt;
- Si on a pour tâche d'enfoncer un clou dans le mur... (et il dessinait)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- ... et si on s'estime plus intelligent que cette tâche, on court le risque
de manquer le clou et de se taper en plein sur le doigt.&lt;br /&gt;
- Mais on ne peut pas non plus se juger moins intelligent que sa tâche car, par
inhibition, on court le risque de manquer le clou encore une fois et ainsi de
se taper à nouveau en plein sur le doigt.&lt;br /&gt;
- C'est pourquoi, concluait monsieur Valéry, je me considère, en toutes
circonstances, au même niveau que ma tâche. Je ne suis ni son chef, ni son
employé. Moi et ma tâche sommes des choses d'égale intelligence dont les
destins se croisent à un instant donné. Et c'est tout.&lt;br /&gt;
Monsieur Valéry, après cette dissertation philosophique, eut le souffle coupé,
tellement il était heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA COMPÉTITION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Valéry n'aimait pas les compétitions.&lt;br /&gt;
À propos de n'importe quelle épreuve, il disait que de la première à la
dernière place le classement était entièrement à revoir.&lt;br /&gt;
Et il s'interrogeait :&lt;br /&gt;
- Battre les autres, dans quel but ? Perdre contre les autres, pour quelle
raison ?&lt;br /&gt;
- Je préfère être vice-dernier ou sous-dernier, disait-il avec ironie.&lt;br /&gt;
Et il expliquait :&lt;br /&gt;
- Une compétition n'est juste que si tout le monde part sur un pied d'égalité.
Mais cela est impossible, comme on le sait. Et si on était tous égaux, comment
les uns pourraient-ils devancer les autres ? Dans une compétition les gens
finissent toujours comme ils ont commencé, concluait monsieur Valéry.&lt;br /&gt;
Et monsieur Valéry disait encore :&lt;br /&gt;
- Ce que j'aimerais, c'est voir une course de cent mètres dans laquelle chaque
piste terminerait à un point différent.&lt;br /&gt;
- Imaginez quatre pistes de cent mètres comme ça... (et il dessinait)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- ... de cette façon, continuait monsieur Valéry, en terminant la
compétition, chaque athlète comprendrait mieux ce qui l'attend le lendemain.
Même en cas de victoire, à la fin de la course il se retrouverait tout seul, ce
qui est une petite leçon de vie.&lt;br /&gt;
Et après cette affirmation quelque peu ambiguë, monsieur Valéry continua sa
promenade quotidienne, le corps légèrement courbé, le chapeau vissé sur la
tête, et seul, complètement seul, comme toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gonçalo M. Tavares, &lt;a href=&quot;http://www.viviane-hamy.fr/fiche-ouvrage.asp?O=230&quot;&gt;Monsieur Valéry et la
logique&lt;/a&gt; (2002) (Viviane Hamy, 2008, p. 61-64)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(pour les dessins, vous devrez acheter le livre !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« O Bairro » (ou Le Quartier) est un drôle d’endroit peuplé
d’écrivains célèbres, et où la logique est parfois la raison du plus fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/Bairro.jpg&quot; alt=&quot;Bairro.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gonçalo M. Tavares est né en 1970. Après avoir étudié la physique, le sport
et l’art, il est professeur d’épistémologie à Lisbonne. Il a publié, au
Portugal, des romans, recueils de poésie, essais, pièces de théâtre, contes et
autres ouvrages inclassables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Éditions Viviane Hamy ont également publié un roman, &lt;a href=&quot;http://www.viviane-hamy.fr/fiche-ouvrage.asp?O=229&quot;&gt;Jérusalem&lt;/a&gt;, en 2008, et
« poursuivront la promenade dans ce drôle de quartier » avec les
publications de &lt;em&gt;Monsieur Kraus&lt;/em&gt; puis &lt;em&gt;Monsieur Henri&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &lt;em&gt;Monsieur Calvino&lt;/em&gt;, on pourrait l'avoir, aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: lire aussi le &lt;a href=&quot;http://www.viviane-hamy.fr/pdf/p-230-1.pdf&quot;&gt;premier chapitre, « Les amis
»&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: un &lt;a href=&quot;http://didier-jacob.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/12/08/dernier-arret-a-kafka-gare.html&quot;&gt;
billet de Didier Jacob et un entretien&lt;/a&gt;, en français&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: et le &lt;a href=&quot;http://goncalomtavares.blogspot.com/&quot;&gt;blog de Gonçalo M.
Tavares&lt;/a&gt;, en portugais&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>une tête d'écrivain</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/11/une-tete-d-ecrivain</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:6a075f401b5e632f7013c9e35c5cf912</guid>
    <pubDate>Thu, 11 Jun 2009 02:11:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/caradec.jpg&quot; alt=&quot;caradec.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;La photo&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'était vraiment une belle photo. Il ne put s'empêcher d'avoir un petit
mouvement de vanité, une légère déglutition, et se dit, à haute voix, en se
regardant dans la glace du salon : « C'est bien moi ! »&lt;br /&gt;
Ce fut alors un long souci, une attention de tous les instants. Lui qui ne
sortait presque jamais se mit à fréquenter assidûment les cocktails d'éditeurs
et les bars de Saint-Germain-des-Prés, en s'efforçant de ressembler à son
portrait.&lt;br /&gt;
Il y parvint. Maintenant qu'il avait une tête d'écrivain, il ne lui restait
plus qu'à écrire, il n'avait pas à s'en faire, on l'éditerait sûrement sur sa
bonne mine. En quoi il se trompait, car les lecteurs n'achètent que les livres
des auteurs qu'ils connaissent déjà. Il s'avisa qu'il était chauve comme une
fesse, mais qu'il pouvait se faire sans effort une tête de Francis Ponge qu'il
admirait beaucoup.&lt;br /&gt;
Ses premiers ennuis commencèrent lorsqu'il lut &lt;em&gt;Du mouvement et de
l'immobilité de Douve&lt;/em&gt; : il poussa le mimétisme jusqu'à s'acheter par
correspondance une perruque d'Yves Bonnefoy. Il fut choqué que le Mercure de
France lui demandât son tour de tête, il pensait que c'était un modèle
standard.&lt;br /&gt;
C'est à cette époque que les éditeurs se mirent à exploiter sérieusement les
produits dérivés. Il compléta sa perruque par une frange (Grasset) pour
ressembler à Hervé Bazin, un fume-cigarettes (Gallimard), modèle Philippe
Sollers, une boîte de poil à gratter pour prendre les tics de Malraux (vendue à
la boutique de la BN), un décolleté de chemise blanche de Bernard-Henri Lévy
fourni par L'Express à tout nouvel abonné avant la fin du mois, un lorgnon
comme Léautaud (encore le Mercure) et, à cette occasion, il commença à tenir
son journal intime.&lt;br /&gt;
Pour s'assurer une place dans le métro, il se déguisait parfois en vieil
académicien, sans l'épée, qu'il jugeait dangereuse, ou en femme de lettres
enceinte, selon les jours.&lt;br /&gt;
Quand il mourut comme Roland Barthes dans un moment d'inattention, on l'inhuma
au Père-Lachaise, sous un saule en zinc payé par la Société des Gens de
Lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;François Caradec, &lt;a href=&quot;http://www.1001nuits.com/Site/CtlPrincipal?controlerCode=CtlCatalogue&amp;amp;requestCode=rechercherArticles&quot;&gt;
Entrez donc, je vous attendais. Contes et devis&lt;/a&gt; (Mille et une nuits, 2009,
p. 62-63)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour ce recueil, composé peu avant &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/11/14/caradec&quot;&gt;sa
mort en novembre dernier&lt;/a&gt;, d’hommages plus ou moins sérieux à tous les
écrivains qu’il a aimés (ou moins aimés), le pataphysicien et oulipien avait
aussi envisagé un autre titre, dont on regrette qu’il ait été écarté :
« Quoi de plus émouvant à marée basse dans le creux d’un rocher qu’un
bigorneau qui marche ».&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>être gouverné</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/10/etre-gouverne</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:c2d7ef5a5b55aac7cc0fd792cb2a1ab0</guid>
    <pubDate>Wed, 10 Jun 2009 02:08:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images%20janv08/.courbet_proudhon_et_ses_enfants_s.jpg&quot; alt=&quot;courbet_proudhon_et_ses_enfants.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Être GOUVERNÉ, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré,
réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré,
commandé, par des êtres qui n’ont ni titre, ni la science, ni la vertu… Être
GOUVERNÉ, c’est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté,
enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié,
autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est sous prétexte
d’utilité publique et au nom de l’intérêt général être mis à contribution,
exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié,
volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé,
amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté,
emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu,
trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement,
voilà sa justice, voilà sa morale !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pierre-Joseph Proudhon, &lt;a href=&quot;http://books.google.fr/books?id=WwcVAAAAQAAJ&quot;&gt;Idée générale de la révolution
au dix-neuvième siècle&lt;/a&gt; (Garnier frères, 1851, p. 341)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>que ceux qui la veulent la prennent</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/09/que-ceux-qui-la-veulent-la-prennent</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:d61b7c496280c4b2ff47b21cfba9a58c</guid>
    <pubDate>Tue, 09 Jun 2009 01:57:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/savelli_cowboy_junkies.jpg&quot; alt=&quot;savelli_cowboy_junkies.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;les éléments épars du lieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui a offert la cassette des Cowboy Junkies fait des études
d'histoire, rêve d'Australie, s'envole pour Canberra et photographie le désert
(des souvenirs de rocs, graphiques, de tableaux granitiques) tandis qu'au tabac
de la Sorbonne se dessinent les vies de ceux de la Villette. Pour l'instant ils
naviguent sur le boulevard Saint-Michel, passent devant Mouna qui arrangue la
foule (Mouna badgé de partout, traçant par terre ses slogans moqueurs à la
craie, le grand amour des japonais), entrent dans des cinémas où la place ne
coûte presque rien, s'affalent dans leurs grands fauteuils déchirés, lardés de
coups de couteaux auxquels on a du mal à croire, puis discutent dans la cour
d'honneur, les fesses calées sous la statue d'Hugo. Des librairies, des
crêperies, un disquaire ; des marchands de frites, des musées, des bureaux
de tabac ; des boutiques de photocopies, le vendeur ambulant du
&lt;em&gt;Monde&lt;/em&gt;, des librairies encore, anciennes, modernes, spécialisées,
d'occase : généralement c'est simple, très simple ces balades aériennes où
tout le monde vous porte, les amis, les scénarios de films, les bouquins
introuvables, la foule. Quand la nuit tombe vous attrapez le 38. Par la vitre,
les deux ponts de Paris qui livrent l'île de la Cité, les phares jaunes des
voitures sur le quai rive droite vous allègent encore ce demi-cercle tracé de
la Conciergerie à la place du Châtelet, compas qui prend la Seine, le ciel
jusqu'à la tour Saint-Jacques c'est chez vous. Rien ni personne pour dire le
contraire, vous contester la place.&lt;br /&gt;
C'est ce qu'il faudrait savoir transmettre (à celui à qui l'on écrit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Margo chuchote dans « Postcard Blues »&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;With my head again clear&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;I think of words to send to you&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;To coax you bock to my side&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un décor de carte postale, ces deux rives de Seine ?&lt;br /&gt;
Peu importe : que ceux qui la veulent la prennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Savelli, &lt;a href=&quot;http://atheles.org/lemotetlereste/solo/cowboyjunkies/index.html&quot;&gt;Cowboy
Junkies / The Trinity Session ’til I’m dead&lt;/a&gt; (Le Mot et le Reste, Solo,
2008, p. 49-50)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les trajets, plans-séquences, lumières et lieux d’une belle prose poétique
qu’on peut retrouver dans &lt;a href=&quot;http://fenetresopenspace.blogspot.com/&quot;&gt;Fenêtres open space&lt;/a&gt;, le blog
d’Anne Savelli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Savelli est née en 1967 à Paris, et a publié aussi &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2007/08/10/de-nuit-sur-ma-ligne-de-jour&quot;&gt;Fenêtres, open space&lt;/a&gt; (Le
Mot et le Reste, 2007). Elle est en &lt;a href=&quot;http://www.104.fr/fr/Artistes/A117-Anne_Savelli&quot;&gt;résidence au 104&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: un &lt;a href=&quot;http://remue.net/spip.php?article2979&quot;&gt;article de Sereine
Berlottier&lt;/a&gt; pour &lt;em&gt;remue.net&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>home</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/06/home</link>
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    <pubDate>Sat, 06 Jun 2009 03:07:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/koltes_prologue.jpg&quot; alt=&quot;koltes_prologue.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'ai longtemps cherché à ressentir cette émotion dont j'avais entendu
parler, qui est celle qu'éprouve l'homme qui rentre à la maison. Bien sûr, je
ressentais vaguement quelque chose dans le genre, en rentrant à Paris après un
voyage, mais je trouvais ce sentiment plutôt con et superficiel, en tous les
cas, il n'y avait pas de quoi en faire des histoires. Un jour - je ne sais,
vraiment plus où, très loin de Paris, dans un milieu plutôt hostile et fermé -,
tout à coup, venant d'un bar ou d'une voiture qui passait, étouffées,
lointaines, j'ai entendu quelques mesures d'un vieux disque de Bob
Marley ; j'ai alors poussé une sorte de soupir, comme les propriétaires
terriens, dans les livres, en poussent en s'asseyant le soir dans un fauteuil,
près de la cheminée, dans le salon de leur hacienda. Et n'importe où
maintenant, à entendre, même de loin, &lt;em&gt;Rat Race&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;War&lt;/em&gt;, je
ressens l'odeur, la familiarité, et le sentiment d'invulnérabilité, le repos de
la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vis avec un Indien, mort il y a de nombreuses années. Comme cela se
faisait à l'époque entre ennemis, sa tête a été vidée, la peau amollie puis
séchée sur des pierres et plus en plus petites. Ses cils et ses sourcils sont
bien fournis ; ses lèvres, très belles, sont fermées par une petite
ficelle, et il y a des lentes de poux dans ses cheveux. Les nuits d'orage,
parfois, il faut que je me lève et que j'aille lui parler dans la pièce à côté.
Un jour, je l'ai prêté pour qu'on me trouve un objet qui l'abrite de la
poussière, comme dans les musées je suppose. Tout le temps de son absence, je
promenais une solitude étrange d'une pièce à l'autre ; de son côté, il
effrayait ses hôtes, déclenchait des orages la nuit, énervait tout le monde. Au
point qu'on me l'a rapporté avant d'avoir eu le temps de trouver quoi que ce
soit pour le protéger. Mais dès son retour tout s'est calmé, il n'y a aucune
raison d'abriter un copain de la poussière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on tient à désigner une catégorie d'individus qu'on estime être une
catégorie parce qu'on estime qu'elle a un aspect, un vice ou un attribut
commun, on a toujours intérêt à utiliser le mot insultant. Le mot insultant est
toujours plus beau et plus imprécis, et on a toujours intérêt à utiliser le mot
le moins précis, parce qu'il est le plus juste pour désigner une
caractéristique commune. Après, bien après l'invention du mot insultant, on
trouve toujours quelque salaud qui, pour faire entrer l'insulte dans le
dictionnaire ou pour pouvoir l'utiliser en famille, invente un ou plusieurs
mots neutres, prétendument objectifs, complètement faux, et incroyablement
laids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avantage provisoire du mot « frère » sur tout autre mot
désignant ce qui lie quelqu'un à quelqu'un, c'est qu'il est dépourvu de toute
sentimentalité, de toute affectivité ; ou, en tous les cas, on peut
facilement l'en débarrasser. Il peut être dur, agressif, fatal, presque dit
avec regret. Et puis il suggère l'irréversibilité et le sang (pas le sang des
rois, des familles ou des races, celui qui est tranquillement enfermé dans le
corps et qui n'a pas plus de sens ni de couleur ni de prix que l'estomac ou la
moelle épinière, mais celui qui sèche sur le trottoir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position la plus humaine, il me semble, c'est celle du cocher qui attend,
celle de l'assouplissement. On n'est définitivement pas assez bien fait pour se
sentir bien debout, et couché, à la longue, on s'énerve ou on devient idiot. En
position assise, avec le menton sur la poitrine, les yeux fermés - aux trois
quarts ou tout à fait -, l'oreille en état de marche, les bras un peu écartés
pour l'équilibre, comme ça, ça me plairait assez de passer la vie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bernard-Marie Koltès, « Home », dans &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=1691&quot;&gt;Prologue
et autres textes&lt;/a&gt; (Minuit, 1991, p. 119-121)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>protégé de la méchanceté du monde derrière des piles de livres</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/04/protege-de-la-mechancete-du-monde-derriere-des-piles-de-livres</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:88567dce9008db2f28fcdd8392bef307</guid>
    <pubDate>Thu, 04 Jun 2009 01:33:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/.assouline_fantomes_s.jpg&quot; alt=&quot;assouline_fantomes.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ça a commencé comme ça. Comme chaque jour, j'étais plongé dans
mes travaux, protégé de la méchanceté du monde derrière des piles de livres
disposées en rempart sur ma table. Un ancien conservateur parmi d'autres,
membre de la communauté universelle des lecteurs, la seule internationale qui
vaille encore. Un silence ouaté nous enveloppait, une vraie quiétude d'abbaye,
juste de quoi nous donner l'illusion d'être des moines copistes. Dehors un
crachin insidieux nous attendait, mais nul ne semblait pressé de le
retrouver.&lt;br /&gt;
Bien à l'abri au cœur de cette nef des fous si sages, on se sentait retranché
de la marche du temps, soustraits de l'ordinaire condition des hommes. Tous
semblaient tacitement convaincus avec Mallarmé que tout, au monde, existe pour
aboutir à un livre. Beaucoup seraient secrètement comblés que ce cloître fût un
jour leur tombeau. En attendant, ils y vivent une sereine exaltation qui
demeurera à jamais inaccessible à l'immense majorité de nos concitoyens.
Quelque chose comme de la volupté, dans un lieu privilégié où le temps est en
suspens.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pierre Assouline, &lt;a href=&quot;http://www.portaparole.it/web/index.php?page=shop.product_details&amp;amp;flypage=shop.flypage&amp;amp;product_id=85&amp;amp;category_id=10&amp;amp;manufacturer_id=0&amp;amp;option=com_virtuemart&amp;amp;Itemid=46&quot;&gt;
Fantômes&lt;/a&gt; ; avec des photographies de Jean-Pierre Bertin-Maghit
(Portaparole, 2009, p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une amusante nouvelle, pour découvrir quel acte impardonnable peut pousser
un lecteur à tuer.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>si le soleil et la lune avaient des doutes</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/03/si-le-soleil-et-la-lune-avaient-des-doutes</link>
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    <pubDate>Wed, 03 Jun 2009 03:23:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>art</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/william_blake_hecate_ou_la_nuit_de_la_joie_d__enitharmon.jpg&quot; alt=&quot;william_blake_hecate_ou_la_nuit_de_la_joie_d__enitharmon.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Celui qui met en doute ce qu'il voit,&lt;br /&gt;
Quoi que tu puisses faire, il ne croira jamais.&lt;br /&gt;
Si le soleil et la lune avaient des doutes,&lt;br /&gt;
Aussitôt leur lumière s'éteindrait.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.tate.org.uk/servlet/ViewWork?cgroupid=999999961&amp;amp;workid=1120&amp;amp;searchid=9249&quot;&gt;
Hécate ou La Nuit de la Joie d'Enitharmon&lt;/a&gt; (Tate Gallery, vers 1795), et ces
quelques vers extraits des &lt;a href=&quot;http://www.arfuyen.fr/html/ficheauteur.asp?id_aut=1021&quot;&gt;Chants d'Innocence&lt;/a&gt;
(1789) ... pour vous inviter à ne pas rater l'exposition « &lt;a href=&quot;http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=6228&amp;amp;document_type_id=2&amp;amp;document_id=63262&amp;amp;portlet_id=14049&quot;&gt;William
Blake, le génie visionnaire du romantisme anglais&lt;/a&gt; », que le Petit Palais
consacre jusqu'au 28 juin à l'œuvre graphique (dessins, aquarelles, gravures…)
du poète.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: lisez des billets moins paresseux que le mien, par exemple Elizabeth
Legros, « L&lt;a href=&quot;http://2009sediments.wordpress.com/2009/05/26/les-soleils-noirs-de-william-blake/&quot;&gt;es
soleils noirs de William Blake&lt;/a&gt; », &lt;a href=&quot;http://leaule.com/billets-dhumeur/william-blake-genie-visionnaire-du-romantisme-anglais/&quot;&gt;
Leaule&lt;/a&gt; ou Pierre Deschodt, « &lt;a href=&quot;http://www.artnet.fr/magazine_fr/expositions/deschodt/William-Blake.asp&quot;&gt;Doux
malaise&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: et, sur William Blake, explorez sans modération le &lt;a href=&quot;http://virtual.park.uga.edu/~wblake/home1.html&quot;&gt;Blake Digital Text Project&lt;/a&gt;
et les &lt;a href=&quot;http://www.blakearchive.org/blake/&quot;&gt;Archives William
Blake&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>au gré des aiguillages</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/02/au-gre-des-aiguillages</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:db5fb6985f2bd93602a9cdb8d45108c6</guid>
    <pubDate>Tue, 02 Jun 2009 02:12:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/enard_zone_petit.jpg&quot; alt=&quot;enard_zone_petit.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;le trajet est prévisible, malgré la pénombre il y aura Reggio d'Emilie puis
Modène Bologne Florence et ainsi de suite jusqu'à Rome, sa douceur de fruit
trop mûr, Rome, ville pourrissante flamboyante et cadavérique dont on comprend
trop bien la fascination qu'elle peut exercer sur certains, Rome et la valise
que je vais y remettre le temps que je vais y passer peut-être le choix est
fait le choix est fait depuis que la déesse chanta la colère d'Achille fils de
Pélée, son choix guerrier son honneur l'amour que Thétis sa mère lui portait et
Briséis son désir qu'Agamemnon détenait comme Pâris possédait Hélène, celle qui
m'attend à Rome dans ses plus beaux péplos, peut-être, comme le train ralentit
à présent à l'approche d'une gare, que l'ennui me prend, de l'autre côté du
couloir un homme d'une cinquantaine d'années fait des mots croisés avec sa
femme dans une revue intitulée &lt;em&gt;La Settimana enigmistica&lt;/em&gt;, la semaine
énigmatique ou peu s'en faut, sa femme a l'air bien plus jeune que lui, à l'âge
d'homme tout est plus difficile, dans le néant de l'indécision qui est le monde
des voies et des aiguillages, elle m'attend, j'aime à croire que Sashka
m'attend, (p. 113)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout est plus difficile à l'âge d'homme vivre enfermé en soi entrechoqué
miséreux empli de souvenirs je ne fais pas ce voyage pour rien, je ne me
recroqueville pas comme un chien dans ce fauteuil pour rien, je vais sauver
quelque chose je vais me sauver malgré le monde qui s'obstine à avancer
péniblement à la vitesse d'une draisine manœuvrée par un manchot, en aveugle un
train la nuit dans un tunnel le noir encore plus épais j'ai dû dormir un
moment, si seulement j'avais une montre, je n'ai qu'un téléphone, il est dans
ma veste à la patère, mais si je le prends je vais être tenté de vérifier que
je n'ai aucun message et d'en envoyer un, toujours la passion pour les
télégrammes, envoyer des signes dans l'éther comme des signaux de fumée des
gestes sans objet des bras des mains tendues vers le néant, à qui pourrais-je
envoyer un message, depuis ce téléphone à carte que j'ai pris soin de faire
acheter par un clochard moyennant un gros pourboire, par chance il avait une
pièce d'identité et n'était pas trop délabré, le vendeur n'a pas fait de
difficultés, j'ai quitté mon appartement laissé quelques affaires chez ma mère
vendu mes livres en vrac à un bouquiniste de la porte de Clignancourt pris
trois quatre trucs, (p. 139&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- curieux cette passion pour la lecture, un reste de Venise, de Marianne
grande dévoreuse de livres, une façon de s'oublier de disparaître corps et
biens dans le papier, petit à petit j'ai remplacé les romans d'aventures par
les romans tout court, la faute à Conrad, à &lt;em&gt;Nostromo&lt;/em&gt; et au &lt;em&gt;Cœur
des ténèbres&lt;/em&gt;, un titre en appelle un autre, et peut-être sans bien
comprendre, qui sait, je me laisse porter, page après page, et bien que j'aie
passé déjà une grande partie de ma journée de fonctionnaire trouble à lire -
des notes, des rapports, des fiches, sur mon écran bien gardé - il n'y a rien
alors que je désire plus qu'un roman, où les personnes soient des personnages,
un jeu de masques et de désir, et petit à petit m'oublier moi-même, oublier mon
corps au repos dans ce fauteuil, oublier mon immeuble, Paris, et jusqu'à la vie
entière au gré des paragraphes ; des dialogues, des aventures, des mondes
insolites, c'est ce que je devrais faire maintenant, continuer le récit de
Rafaël Kahla, retrouver Intissar la Palestinienne et Marwan mort à un carrefour
de Beyrouth, voyage dans le voyage, pour écarter la fatigue, les pensées, le
train bringuebalant et les souvenirs – (p. 155)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comme des rails dans la nuit des traits des réseaux infinis de relais et
nous, le plus souvent silencieux, étrangers qui ne nous ouvrons pas plus l'un à
l'autre que nous ne le faisons à nous-mêmes, obscurs, obtus, perdus dans les
innombrables rails qui entourent la gare de Bologne nœud ferroviaire
inextricable, des aiguillages, des circuits, des voies de garage à n'en plus
finir, une gare divisée en deux parties égales où au contraire de Milan le
gigantisme du bâtiment est remplacé par la profusion des voies, la verticalité
des colonnes par le nombre des traverses, une gare qui n'a besoin d'aucune
démesure architecturale parce qu'elle est en soi démesurée, le dernier grand
carrefour de l'Europe avant le cul-de-sac italien, tout transite par ici, les
bouteilles de nero d'Avola venues des pentes de l'Etna que buvait Lowry à
Taormine, le marbre des carrières de Carrare, les Fiat et les Lancia y croisent
les légumes séchés, le sable, le ciment, l'huile, les peperoncini des Pouilles,
les touristes, les travailleurs, les émigrants, les Albanais débarqués à Bari y
foncent vers Milan, Turin ou Paris : tous sont passés par Bologne, ils ont
vu leur train glisser d'une voie à l'autre au gré des aiguillages, (p. 241)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout est plus difficile à l'âge d'homme la sensation d'être un pauvre type
l'approche de la vieillesse l'accumulation des fautes le corps nous lâche
traces blanches sur les tempes veines plus marquées sexe qui rétrécit oreilles
qui s'allongent la maladie guette, la pelade les champignons de Lebihan ou le
cancer de mon père terrassé par Apollon sans que le couteau de Machaon y puisse
rien, la flèche était trop bien plantée, trop profonde, malgré plusieurs
opérations le mal revenait, s'étendait, mon père a commencé à fondre, à fondre
puis à sécher, il paraissait de plus en plus grand, étiré, son visage immense
et pâli se creusait de cavités osseuses, ses bras se décharnaient, l'homme si
sobre était presque complètement silencieux, ma mère parlait pour lui, elle
disait &lt;em&gt;ton père ceci&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;ton père cela&lt;/em&gt;, en sa présence, c'était
sa pythie, elle interprétait ses signes, &lt;em&gt;ton père est content de te
voir&lt;/em&gt;, disait-elle lors de mes visites, &lt;em&gt;tu lui manques&lt;/em&gt;, et le
corps paternel dans son fauteuil se taisait, lorsque je m'approchais de lui
pour lui demander comment il allait ma mère répondait &lt;em&gt;aujourd'hui il va
très bien&lt;/em&gt;, et petit à petit tout le monde perdait l'habitude de s'adresser
directement à lui, nous consultions son oracle, mon père restait de longues
heures assis à lire saint Augustin ou les Evangiles (p. 415)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathias Énard, &lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/pages_dediees/323.php&quot;&gt;Zone&lt;/a&gt; (Actes Sud, 2008)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&quot;http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=687&quot;&gt;35ème prix du
Livre Inter&lt;/a&gt; a été attribué aujourd’hui, par un jury composé de 24 auditeurs
présidé par Marc Dugain, à &lt;em&gt;Zone&lt;/em&gt; de Mathias Énard (Actes Sud, 2008),
qui avait déjà obtenu notamment le Prix Décembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Né en 1972 à Niort, Mathias Énard a publié auparavant :&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742744121&quot;&gt;La
Perfection du tir&lt;/a&gt; (Actes Sud, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742753246&quot;&gt;Remonter
l'Orénoque&lt;/a&gt; (Actes Sud, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2007/03/12/ornithorynque-de-la-paix&quot;&gt;Bréviaire des
artificiers&lt;/a&gt; (Verticales, 2007)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: sur &lt;em&gt;Zone&lt;/em&gt;, lire aussi deux billets de Claro, « &lt;a href=&quot;http://towardgrace.blogspot.com/2008/09/enard-bio.html&quot;&gt;Énard : “the”
bio&lt;/a&gt; » et « &lt;a href=&quot;http://towardgrace.blogspot.com/2008/09/iliade-si-longtemps.html&quot;&gt;Iliade
longtemps&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>échanger la joie de son cœur contre le réconfort de son estomac</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/06/01/echanger-la-joie-de-son-coeur-contre-le-reconfort-de-son-estomac</link>
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    <pubDate>Mon, 01 Jun 2009 03:18:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_juin09/London-Quiconque.jpg&quot; alt=&quot;London-Quiconque.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, le candidat à la littérature, ou plutôt le candidat-artiste à
la littérature, ou plus exactement le candidat-artiste à la littérature au
ventre qui réclame et à la bourse vide, se trouve confronté à un violent
paradoxe. Comme candidat, il est un homme qui n'a pas réussi, et un homme qui
n'a pas réussi n'attire pas la popularité. Comme homme, il doit manger, or sa
bourse est vide. Comme artiste possédant une authentique âme d'artiste, son
plus grand plaisir consiste à épancher la joie de son cœur dans un texte
imprimé. Et voici donc le paradoxe auquel il est confronté et qu'il doit
résoudre : comment et selon quels usages doit-il chanter la joie de son
cœur pour qu'une fois imprimé, ce chant lui fasse gagner son pain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'apparaît pas comme un paradoxe, tout du moins pas au candidat à la
littérature alimentaire, ni à l'homme doté d'une âme d'artiste et d'une bourse
bien remplie. Le premier, dépourvu d'ambition artistique, se contente de
répondre à la demande du public. Le second, affranchi de la sordide nécessité,
se satisfait d'attendre jusqu'à ce qu'il ait créé la demande. Quant à celui qui
a réussi, il ne compte pas. Il a résolu le paradoxe. Mais l'homme aux rêves
ambitieux et contraint par la sordide nécessité, voilà celui qui doit affronter
la contradiction absolue. Cet homme ne peut épancher son âme d'artiste dans son
travail et échanger ce travail contre du pain et de la viande. Le monde
s'oppose étrangement et implacablement à ce qu'il échange la joie de son cœur
contre le réconfort de son estomac. Et notre homme découvrira que ce que le
monde demande le moins est ce qu'il admire le plus, et qu'il demande à cor et à
cri ce qu'il n'admire pas du tout. (p. 15-17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrive alors le candidat-artiste aspirant à déverser sur la page
dactylographiée son chant inédit, à échanger la joie de son cœur contre le
réconfort de son estomac, à faire quelque chose qui puisse vivre tout en vivant
lui-même. À moins d'être de ces candidats-artistes extrêmement chanceux, il ne
tarde pas à s'apercevoir que chanter grâce à sa machine à écrire et faire
exister ce chant dans les pages d'un magazine sont des exercices sans aucun
lien, que les joies de l'âme et les désirs du cœur, modelés dans une forme
artistique durable, ne sont pas forcément de la littérature immédiate, en bref,
que le maître qu'il cherche à servir pour le pain et la gloire ne veut pas
entendre parler de lui. Alors qu'il s'assied pour reprendre son souffle, il
aperçoit les candidats à la littérature alimentaire lui passer devant, en
foule, se satisfaisant du pain et laissant tomber la gloire. Par définition,
les gens appartiennent au plus grand nombre ou au petit nombre ; il y a
divorce entre le pain et la gloire ; et là où le candidat-artiste rêvait
de servir un maître, il en trouve deux : celui qui lui permettra de vivre
et celui qui permettra à son travail de vivre, et ce qu’exige le premier, le
second n’a pas grand-chose – voire rien – à en faire. (p. 26-28)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jack London, &lt;a href=&quot;http://www.editionsdusonneur.com/produit.php?ref=London-Quiconque&amp;amp;id_rubrique=1&quot;&gt;
Quiconque nourrit un homme est son maître&lt;/a&gt;. Traduit de l'anglais
(États-Unis) par Moea Durieux (Éditions du Sonneur, La Petite collection,
2009)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>une transmnèse utile</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/31/une-transmnese-utile</link>
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    <pubDate>Sun, 31 May 2009 03:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/lva_200-200x307.jpg&quot; alt=&quot;lva_200-200x307.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Elle avait choisi le corps d’un très grand mâle.&lt;br /&gt;
À son âge, elle ne tenait pas à assumer les conséquences du rut dans la peau
d’une femelle dont le partenaire atteindrait les quarante tonnes en moyenne. En
milieu aquatique, qui plus est, alors qu’elle n’avait déjà guère d’expérience à
l’air libre. Et le peu qu’elle avait n’était pas vraiment concluant, c’était le
moins qu’on puisse dire.&lt;br /&gt;
Le docteur Ann Kelvin chassa ses vains regrets par son évent. Un geyser d’air
et d’eau d’une demi-douzaine de mètres emporta les rêves rapiécés et le
romantisme suri qui avaient survécu à quatre-vingts années parmi les hommes.
L’animateur du Marineland assis en tailleur sur le rebord d’émail bleu en fut
trempé jusque dans ses sandales. En cette ﬁn mai, c’était une douche assez
fraîche, mais il rit et agita sa casquette avec enthousiasme tandis que les
premières vannes s’ouvraient.&lt;br /&gt;
La nageoire caudale du grand cachalot battit avec douceur les vagues qui
arrivaient dans la piscine. Devant lui, les écluses s’emplissaient une à une,
et l’odeur des eaux du large lui parvenait de plus en plus forte, de plus en
plus attirante. La peau épaisse et blanche, qui l’avait fait appeler évidemment
Moby Dick pendant la première partie du séjour – jusqu’à ce que le responsable
du projet s’avise des résonances sinistres et péjoratives de ce surnom –,
frissonna lentement, une petite vague de rides qui parcourut dix-huit mètres de
la queue puissante à l’énorme tête en forme de rostre. Ann ouvrit la gueule et
laissa le goût des créatures marines et des carburants dégazés emplir la vaste
ouverture ceinte de dents impressionnantes.&lt;br /&gt;
Oh, Seigneur, rien que pour cela, pour ce goût de sel et d’algues explosant
dans sa bouche en étincelles minuscules et brûlantes de vie, rien que pour
cela, vraiment, elle avait eu raison de dire oui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne-A Debats, &lt;a href=&quot;http://www.griffedencre.fr/spip.php?article315&quot;&gt;La
Vieille Anglaise et le continent&lt;/a&gt; : nouvelle (Griffe d’Encre, 2008, p.
7-8)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette longue et belle nouvelle d’anticipation, écologiste mais pas
moralisatrice, raconte « &lt;a href=&quot;http://www.griffedencre.fr/catalog/pub/lva_extrait.pdf&quot;&gt;une transmnèse
utile&lt;/a&gt; » (p. 12) et a obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire (nouvelle
francophone) 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne-A Debats est née le 29 août 1965&lt;br /&gt;
Elle a publié aussi :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Cendres&lt;/em&gt; : nouvelle – &lt;em&gt;Dieu reconnaîtra les siens&lt;/em&gt;
(2006)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;L'ogre de ciment&lt;/em&gt; : nouvelle – &lt;em&gt;Fugue en Ogre mineur&lt;/em&gt;
(Les Trois Souhaits, 2006)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Fata Organa&lt;/em&gt; : nouvelle – &lt;em&gt;Elément I : La Terre&lt;/em&gt;
(Griffe d’Encre, 2007)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: le &lt;a href=&quot;http://jeanne-a-debats.fantasyblog.fr/&quot;&gt;blog de Jeanne-A
Debats&lt;/a&gt;, où elle évoque notamment &lt;a href=&quot;http://jeanne-a-debats.fantasyblog.fr/post/198/2155&quot;&gt;l’histoire de ce
livre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>la paisible ordonnance de sa toile</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/30/la-paisible-ordonnance-de-sa-toile</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:869c0ce397c1a6745933b10ef31b4002</guid>
    <pubDate>Sat, 30 May 2009 02:54:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'envie la perfection, la sérénité des lignes tracées par l'épeire diadème,
l'araignée porte-croix de nos jardins. Au petit jour, dans le désordre des
chrysanthèmes couchés en tout sens par les vents et pluies d'équinoxe, c'est un
repos de découvrir la paisible ordonnance de sa toile toute neuve aux rayons
étoilés, réunis en multiples polygones concentriques par des segments sans
bavure, progressifs et parallèles, de plus en plus courts à mesure que l'on
s'approche du centre où attend l'artiste dorée, satisfaite à juste titre de sa
rigoureuse œuvre nocturne. Tout autour d'elle, accrochés régulièrement sur
l'ensemble de la trame, brillent les innombrables diamants d'une fine rosée
matinale, dont le faible poids courbe à peine les filins, comme la dentelle de
girandoles d'une escadre illuminée.&lt;br /&gt;
Mais moi j'enrage et je désespère, je me débats contre le vide et je couvre de
coulures improbables les murailles invisibles qui me cernent de toute part. Je
suis enfermé, j'en suis sûr, et je l'ai déjà dit cent fois : enfermé.
Autour de moi se dressent des parois de verre : là et ici, juste devant
moi, et sur les côtés aussi et derrière moi encore. Prisonnier. Les
chrysanthèmes, les rudbeckias d'automne, les phlox tardifs, les ultimes roses,
tout cela se trouve de l'autre côté, dans le calme jardin de l'épeire
porte-croix. Je suis enfermé dans une sorte de cube vide, abstrait, qui forme
comme une explosive absence carrée dans la continuité des choses naturelles. Si
j'en veux capturer le moindre reste, les mégots, les cacahuètes brisées, les
croûtons de pain et autres menus déchets que par dérision l'on me jette, il me
faut agir, construire en toute hâte des rets sur l'impalpable mur, qui sépare
en deux mondes sans commune mesure le dehors et le dedans de ma cellule. Et je
me doute bien, évidemment, que ce monde-ci - le mien - n'existe pas, qu'il
n'est qu'un trou noir au milieu de la constellation vive et gaie des lumières
de l'escadre.&lt;br /&gt;
Allons ! Pas d'excuses ! Pas de jérémiades ! Il faut me mettre
au travail, une fois encore. Mû à nouveau par l'illusoire euphorie de l'action,
je lance d'aventureuses lignes exploratrices autour de moi, dans tous les sens,
avec des gestes nerveux et rapides, vite cassés. Je m'agite. Je me démène.
J'essaie la passion, le désespoir, la fureur, les subterfuges, la petite
surprise. Je frappe à droite. Je frappe à gauche. À droite encore. Je
recommence, je répète, je ressasse. Je m'obstine. Je reviens en arrière. Puis,
soudain, je frappe derechef juste devant moi... Aussitôt, je me retourne d'une
brusque et imprévisible volte-face... Non. Rien... Au milieu de l'espace
transparent qui m'enferme, perçant en son centre sans doute une porte scellée,
il y a seulement un minuscule judas rond, qui est probablement un œil de
caméra.&lt;br /&gt;
Je voudrais me remettre à mon ouvrage, mais une sorte de paralysie peu à peu me
gagne. Je respire de plus en plus mal. Enfin, comme il fallait s'y attendre, je
m'aperçois que je me suis pris moi-même au milieu d'un inextricable écheveau de
fils enchevêtrés. Je tente un dernier soubresaut, en vain : il est trop
tard. Je suis soudé au monde absent, soudé au vide. Dans l'immobilité
définitive de mon corps, de mon visage qui ne peut même plus clore les
paupières, je vois l'énorme araignée noire - moi - qui s'approche de moi pour
me dévorer. Je pousse un hurlement muet de terreur.&lt;br /&gt;
Je me réveille. Les doubles rideaux ne sont pas fermés, ni seulement les
voilages. Le jour se lève à peine. La pluie et le vent d'équinoxe battent la
vitre, de l'autre côté d'une large baie rectangulaire qui occupe presque toute
la paroi, juste en face de mon lit. Sur le fond blanchâtre du petit matin, les
rameaux entremêlés du grand noyer tout proche, dénudé par la tempête, dessinent
un réseau compliqué de courbes mouvantes, remplissant jusqu'aux extrêmes bords
toute la surface de la toile avec ses lignes grises soulignées par des reflets
luisants. Il n'y a pas un oiseau sur les branches, pas de loups blancs, pas
d'araignée géante. Et les idéogrammes superposés formés par les ramures de
l'arbre, inutile filet, sont apparemment privés de sens.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alain Robbe-Grillet, &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=1811&quot;&gt;Les
derniers jours de Corinthe&lt;/a&gt; (Minuit, 1994, p. 206-208)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>la totalité des propositions vraies (avant)</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/28/la-totalite-des-propositions-vraies-avant</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:d0a6743d9024e24e838a462ca2d6bd5f</guid>
    <pubDate>Thu, 28 May 2009 02:49:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>art</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Avec la « &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/La-geologie-blanche/La-Geologie-Blanche.html&quot;&gt;géologie
blanche&lt;/a&gt; » de Philippe Rahm pour écrin et les magnifiques coupoles
vertes comme ciel, &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/&quot;&gt;la Force de l’Art
2&lt;/a&gt;, présentée au Grand Palais jusqu’au 1er juin, mérite une
déambulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En commençant par les dames (pour faire plaisir à &lt;a href=&quot;http://www.martinesonnet.fr/blogwp/&quot;&gt;Martine Sonnet&lt;/a&gt; qui souligne à juste
titre qu'elles ne représentent que 10% des artistes résidents, étiage
malheureusement classique) j’ai aimé tout particulièrement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/fda1.jpg&quot; alt=&quot;fda1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: les splendides &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/Artistes-les-Residents/Anita-Molinero.html&quot;&gt;
poubelles fondues rouge sang d’Anita Molinero&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: « &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/Artistes-les-Residents/Virginie-Yassef.html&quot;&gt;Il
y a 140 millions d’années, un animal glisse sur une pente fangeuse du Massif
Central&lt;/a&gt; » de Virginie Yassef : la drôle et fascinante empreinte
d’un ptérodactyle imaginaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: la « Matrice » proustienne de &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/Artistes-les-Residents/Veronique-Aubouy.html&quot;&gt;
Véronique Aubouy&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/Artistes-les-residents/Fabien-Verschaere.html&quot;&gt;
le troublant cerveau – container de Fabien Verschaere&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: la &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/Artistes-les-Residents/Grout/Mazeas.html&quot;&gt;
maison tronçonnée saupoudrée de sirop de glucose&lt;/a&gt; de Grout/Mazéas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: l’étrange tourniquet monumental et miroitant de &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/Artistes-les-residents/Gilles-Barbier.html&quot;&gt;
Gilles Barbier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: bien sûr les ubuesques « &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/Artistes-les-residents/Philippe-Mayaux.html&quot;&gt;Agitateurs&lt;/a&gt; »
de Philippe Mayaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.fda3_m.jpg&quot; alt=&quot;fda3.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.fda2_m.jpg&quot; alt=&quot;fda2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: et surtout « &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/Artistes-les-Residents/Julien-Previeux.html&quot;&gt;La
totalité des propositions vraies (avant)&lt;/a&gt; » de Julien Prévieux :
le futur non advenu des &lt;a href=&quot;http://couvillencoul.wordpress.com/2009/05/27/le-desherbage-au-musee/&quot;&gt;livres
obsolètes&lt;/a&gt; sauvés temporairement du pilon pour être présentés dans un manège
circulaire, et aux murs, sur de grands tableaux noirs, des oracles étranges de
diagrammes inspirés par le data mining.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour découvrir les autres œuvres, &lt;a href=&quot;http://www.laforcedelart.fr/02/&quot;&gt;explorez sans modération le site&lt;/a&gt;, très
complet, ou suivez un bon guide, par exemple :&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2009/04/27/la-force-de-lart/&quot;&gt;lunettes
rouges&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: ou espace-holbein : billets &lt;a href=&quot;http://espace-holbein.over-blog.org/archive-05-1-2009.html&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://espace-holbein.over-blog.org/archive-05-2-2009.html&quot;&gt;2&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://espace-holbein.over-blog.org/archive-05-3-2009.html&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://espace-holbein.over-blog.org/archive-05-4-2009.html&quot;&gt;4&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://espace-holbein.over-blog.org/archive-05-5-2009.html&quot;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>me suis offert un premier rang de perles</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/27/nouveau-joujou-chronophage</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b6a57d454d05f766c130bdb8c93b3322</guid>
    <pubDate>Wed, 27 May 2009 03:09:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.pearltrees_m.jpg&quot; alt=&quot;pearltrees.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai découvert ce soir (&lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article697&quot;&gt;devinez grâce à qui ?&lt;/a&gt;)
un nouveau joujou chronophage, &lt;a href=&quot;http://www.pearltrees.com&quot;&gt;Pearltrees&lt;/a&gt;, et me suis offert un &lt;a href=&quot;http://www.pearltrees.com/#N-u=1_4153&amp;amp;N-p=277339&amp;amp;N-s=1_41548&amp;amp;N-f=1_41539&quot;&gt;
premier rang de perles&lt;/a&gt; : plus le temps maintenant d'écrire un nouveau
billet !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>tout chat enfui finit à l'ombre du buis</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/26/tout-chat-enfui-finit-a-l-ombre-du-buis</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:ff23e3a2fe8fe3667bf75a1ab9209856</guid>
    <pubDate>Tue, 26 May 2009 03:29:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.chirico_l_enigme_de_l_heure_m.jpg&quot; alt=&quot;chirico_l_enigme_de_l_heure.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Félice fuyait, poursuivie par la voiture noire.&lt;br /&gt;
« Ces cochons m'ont lâchée avec tous mes bagages ; ils m'ont plantée
sur le trottoir, et maintenant débrouille-toi. Ils m'ont jetée dans la gueule
du loup ; pas moyen de retourner en arrière ; et je suis obligée de
courir avec mes paquets sur les bras. »&lt;br /&gt;
La voiture noire suivait Félice au rythme de son pas, à quelques dizaines de
mètres derrière elle.&lt;br /&gt;
« Comment monter dans un bus ? Je ne sais même pas où est l'arrêt, je
ne sais même pas lequel je dois prendre ; et qu'est-ce qui l'empêchera de
suivre le bus ? Quant à moi, je serai bien obligée d'en descendre à un
moment ou à un autre. Ces cochons de paquets m'empêchent de réfléchir.&lt;br /&gt;
Félice ne se retournait plus, ne jetait plus de coup d'œil derrière elle ;
elle localisait seulement, au travers des bruits, le ronflement du moteur au
ralenti.&lt;br /&gt;
« Je n'arriverai pas à m'en débarrasser ; j'ai beau courir. Si je
demandais de l'aide. Qu'on m'aide du moins à porter mes bagages ; si deux
hommes qui me portent mes bagages m'entourent, ce cochon fera peut-être bien
demi-tour. »&lt;br /&gt;
Félice était aux portes du cimetière. Elle se retourna d'une pièce et s'appuya
à la grille. La voiture noire, à quelques dizaines de mètres devant elle,
s'arrêta.&lt;br /&gt;
« Du moins, ce cochon ne peut pas entrer ici. »&lt;br /&gt;
Et elle franchit le portail.&lt;br /&gt;
La voiture noire se rangea. Le moteur tournait, enveloppant la carrosserie
impénétrable de tourbillons de vapeurs sombres.&lt;br /&gt;
« Pour l'instant cela va. Mais quand il fera nuit ? Dans un quart
d'heure il fera nuit ; quand il fera nuit, qu'est-ce que je ferai ?
»&lt;br /&gt;
Félice posa ses paquets, s'assit et regarda sans bouger la grosse boule de
fumée noire qui veillait, au-delà des portes du cimetière.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les corridors de buis, Rose cherche son chat. Elle pousse ses deux
lèvres serrées en avant, fait un trou au milieu - pas plus gros que celui d'une
aiguille - et siffle&lt;br /&gt;
« Petit, petit, mon petit ; que t'ai-je fait ? Pourquoi
partir ? Pourquoi t'escamoter des genoux de laine de ta Rose ? Tes-tu
piqué la patte à une épingle perdue ? as-tu coincé ta moustache dans un
méchant repli qui te l'a arrachée ? Mais qu'ai-je donc fait qui te
chasse ? T'aurais-je excédé ? Mais je n'en ai rien vu, petit, au fond
de ton regard ! Es-tu fâché alors ? Pourquoi ne pas
s'expliquer ? T'aurais-je donc blessé ? Non, ce n'est pas possible.
Oh, dans tous les cas, mon petit, oh, pardon ! Serais-tu las de ta vieille
Rose ? Où es-tu, petit, petit, petit ? »&lt;br /&gt;
Elle gravit les pentes, parcourt les sentiers, étire encore davantage ses
lèvres, et son sifflement pénètre l'épaisseur des buissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CIMETIÈRE DE LA COLLINE AUX CRAPULES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une peuplade sauvage de chats habite le cimetière de la Colline aux
Crapules. Ils se vautrent sur les tombes, s'enroulent aux croix de marbre,
trônent aux faîtes des mausolées et font surgir leurs corps gras aux détours
des oratoires.&lt;br /&gt;
C'est une communauté humaine cependant, très secrète, qui y gouverne
clandestinement - sa puissance est impartagée, ses ramifications innombrables,
ses cellules cloisonnées à l'extrême ; ses membres, aux visages desquels
une terrible taciturnité monte la garde, sont insaisissables.&lt;br /&gt;
La seule idéologie connue de la secte est : la survivance éternelle des
chats ; et la cause évidente de la multiplicité des chats à cet endroit se
trouve dans les gros sacs que, plusieurs fois par jour, des gérontocrates
graves et furtifs déballent au pied des buissons isolés, en faisant sortir de
leurs lèvres de tout petits sifflements.&lt;br /&gt;
(Que celui qui a perdu son chat,&lt;br /&gt;
si la passion frustrée le consume ; si l'ardeur qui lui mord les
entrailles lui fait croire qu'elle le ferait passer au-dessus de
montagnes ; si les germes de l'abandon, du désespoir et de la timidité ont
été étouffés au fond de lui par cette soudaine, insupportable et révoltante
solitude ;&lt;br /&gt;
Que celui qui a perdu son chat,&lt;br /&gt;
s'il n'a pas peur du hasard ; s'il ne craint pas d'errer, aveugle, dans un
dédale dont il ne retrouvera jamais le fil, ni de frôler la découverte d'un
inquiétant pouvoir dont il ne saura jamais rien,&lt;br /&gt;
Que celui-là&lt;br /&gt;
sache que tout chat perdu se retrouve ici, que tout chat enfui finit à l'ombre
du buis, que tous les chemins errants de chats conduisent à la porte du
cimetière de la Colline aux Crapules, aux creux des mains de ses maîtres
grognons ;&lt;br /&gt;
Qu'il&lt;br /&gt;
s'embusque derrière une touffe de feuilles, se mêle aux stucs et aux angelots,
guette le sac déballé et le petit sifflement imperceptible ;&lt;br /&gt;
Qu'alors&lt;br /&gt;
il se jette sur la silhouette penchée, s'y agrippe, la questionne sans relâche,
menace de l'étrangler, ne se laisse duper par aucun artifice. S'il est un vrai
terroriste, il parviendra à ses fins. Il remontera la filière,&lt;br /&gt;
il passera d'un « Voyez ce vieux monsieur, là-bas » à un&lt;br /&gt;
« Demandez à la dame du bout de l'allée » ;&lt;br /&gt;
Et il ne peut pas alors ne point retrouver son transfuge, goinfrant à l'ombre
d'un vieillard haineux ;&lt;br /&gt;
mais si on lui dit, sans hésitation : « un roux tacheté ? depuis
avant-hier ? impossible »,&lt;br /&gt;
alors, qu'il s'abandonne au désespoir, car son chat est perdu, pour
toujours.)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Félice fut poussée hors du cimetière par des sifflements diaboliques, par la
nuit qui tombait, par des ombres qui parcouraient l'allée.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=livAut&amp;amp;auteur_id=1427&quot;&gt;Bernard-Marie
Koltès&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=1683&quot;&gt;La
Fuite à cheval très loin dans la ville&lt;/a&gt; : roman (1976) (Minuit, 1984,
incipit, p. 7-10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.bernardmariekoltes.com/&quot;&gt;site Bernard-Marie
Koltès&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2009/bernard-marie-koltes/&quot;&gt;
dossier France Culture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>les yeux peints des peintres</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/25/les-yeux-peints-des-peintres</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:45106d9dd56ba133b15cf3c185ff4795</guid>
    <pubDate>Mon, 25 May 2009 02:17:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>art</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/chirico_autoportrait_1924.jpg&quot; alt=&quot;chirico_autoportrait_1924.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Giorgio De Chirico, je connaissais surtout, comme tout le monde, la
première période métaphysique, exaltée par les surréalistes, et dont j'aime
assez les « dépaysages » (Cocteau) et les perspectives chaotiques aux
ombres déportées et aux points de fuite multiples ; beaucoup moins les
périodes suivantes, les très ... mystérieux « Bains mystérieux », les
copies de maîtres anciens et les « replay » dignes des meilleurs
faussaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/chirico_autoportrait_1924-25.jpg&quot; alt=&quot;chirico_autoportrait_1924-25.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/chirico_portrait_de_l__artiste_en_costume_rouge_1942.jpg&quot; alt=&quot;chirico_portrait_de_l__artiste_en_costume_rouge_1942.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sont, comme souvent, surtout les autoportraits qui m'ont arrêtée
(les yeux peints des peintres m'attirent toujours) : dans certains,
Giorgio De Chirico se peint à la manière de peintres anciens (un peu comme
aujourd'hui &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2006/08/25/cindy-sherman&quot;&gt;Cindy Sherman&lt;/a&gt; se
photographie) ; dans l'autoportrait de 1924 ci-dessus, on croit même
reconnaître un « pastiche par anticipation » d'Enki Bilal ; très
émouvants aussi le retrait derrière l'image maternelle, ou les nus acceptant de
vieillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/chirico_autoportrait_avec_sa_mere_1921.jpg&quot; alt=&quot;chirico_autoportrait_avec_sa_mere_1921.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/chirico_autoportrait_nu_1942.jpg&quot; alt=&quot;chirico_autoportrait_nu_1942.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;à lire en ligne, les billets de :&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://remue.net/spip.php?article3237&quot;&gt;Catherine Pomparat&lt;/a&gt;
(remue.net)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2009/02/24/enigme-souvenir-melancolie-reve-incertitude-revelation-secret-hermetique-mysterieux/&quot;&gt;
Lunettes&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2009/02/25/la-vie-ne-serait-elle-quun-immense-mensonge/&quot;&gt;
rouges&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://2009sediments.wordpress.com/2009/05/04/giorgio-de-chirico-le-grand-enigmatique/&quot;&gt;
Elizabeth Legros&lt;/a&gt; (Sédiments)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://dominiquehasselmann.blog.lemonde.fr/2009/05/23/j%E2%80%99avais-rendez-vous-avec-giorgio-de-chirico/&quot;&gt;
Dominique Hasselmann&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>l’ombre d’un rêve fuyant</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/24/lombre-dun-reve-fuyant</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:458a5bbbf6074f13d123a155d2befc67</guid>
    <pubDate>Sun, 24 May 2009 01:40:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>art</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.Chirico_Oracle_m.jpg&quot; alt=&quot;Chirico_Oracle.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La vie ne serait-elle qu’un immense mensonge ? Ne serait-elle que
l’ombre d’un rêve fuyant ? Ne serait-elle que l’écho des coups mystérieux
frappés là-bas contre les rochers de la montagne dont personne paraît-il n’a vu
le versant opposé.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sur la terre, il y a bien plus d’énigmes dans l’ombre d’un homme qui marche
au soleil que dans toutes les religions passées, présentes et futures.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Giorgio de Chirico, Manuscrits (Archives de la Fondation Giorgio et Isa de
Chirico, Rome)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;« &lt;a href=&quot;http://www.paris-musees.com/dechirico/&quot;&gt;La fabrique des
rêves&lt;/a&gt; », exposition rétrospective consacrée par le Musée d’Art moderne de
la Ville de Paris à Giorgio de Chirico (1888–1978) se termine ce soir.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>écrire de lignes en lignes</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/21/ecrire-de-lignes-en-lignes</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b4f1ad53b4c04d91ffc37d3572a8d4d4</guid>
    <pubDate>Fri, 22 May 2009 01:32:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/vassiliou_gravite.jpg&quot; alt=&quot;vassiliou_gravite.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;l'objet: impression&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;la date: lundi 12 janvier 2004 21:44&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;de: angelekalia@wanadoo.fr&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;à: moinous@nouillorque.us&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben moi je crois que j'écris de lignes&lt;br /&gt;
en lignes. C'est drôle mais je&lt;br /&gt;
vois ce que j'écris avant de l'écrire. Comme quand&lt;br /&gt;
j'étais gosse. J'ai appris à lire&lt;br /&gt;
en regardant. J'écoutais pas, je regardais. J'ai&lt;br /&gt;
jamais eu le sentiment de savoir lire, je&lt;br /&gt;
savais reconnaître, c'est&lt;br /&gt;
tout. Ben aujourd'hui, c'est un peu pareil, je reconnais avant&lt;br /&gt;
d'écrire. Tout&lt;br /&gt;
passe par les yeux. Des fois j'ai&lt;br /&gt;
l'impression que j'écris en surface, sans fond, sans&lt;br /&gt;
sens. C'est possible ça, d'écrire&lt;br /&gt;
sans sens ? Oui, ça&lt;br /&gt;
doit être possible.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/21/les-sauvages-se-situent-sur-la-ligne&quot;&gt;Véronique
Vassiliou&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Le + et le - de la gravité&lt;/em&gt; (Comp’act, 2006, p. 58)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: un &lt;a href=&quot;http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/12/vronique_vassil.html&quot;&gt;bel article
d'Anne Malaprade&lt;/a&gt; pour Poezibao&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>les sauvages se situent sur la ligne</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/21/les-sauvages-se-situent-sur-la-ligne</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:e1a907ee8ba54efd9bb0a956caac9f12</guid>
    <pubDate>Thu, 21 May 2009 02:47:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.vassiliou_coefficient_m.jpg&quot; alt=&quot;vassiliou_coefficient.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carnet 20&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sauvages se situent sur la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne sauvage n'est pas une frontière. Elle n'est pas à la crête. C'est
l'inverse d'une frontière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une frontière marque la limite d'un territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le territoire sauvage n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sauvages se situent donc sur une ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se tiennent sur un fil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont en constante recherche d'équilibre, c'est-à-dire toujours un peu en
déséquilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sauvage tangue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les sauvages sont des funambules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se situent entre, mais pas au milieu. À la limite, au bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils tentent de rester entre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est toujours à l'extrême.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la ligne entre deux territoires est à l'extrême de l'un ou au début
d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se situer entre, pour un sauvage, c'est mettre en rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport entre deux entités produit de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne sauvage est donc autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sauvages aiment composer de l'autre. C'est inhérent à leur être.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils pratiquent à outrance l'intersection, l'intérim, l'intermittence,
l'interposition, l'interstice, l'intervalle, l'intervention,
l'interversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Véronique Vassiliou, &lt;em&gt;Le coefficient d’échec&lt;/em&gt; (Comp’act, 2002, p.
60)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’inconvénient – l’avantage ? – avec les bonnes anthologies comme
&lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/20/la-liberte-de-trouver-a-redire&quot;&gt;Sac à dos&lt;/a&gt;, c’est
qu’elles donnent envie d’aller relire les recueils dont elles citent des
extraits …!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lactmem.com/medias/auteurs/vassiliou_veronique.html&quot;&gt;Véronique
Vassiliou&lt;/a&gt; est née à Toulon le 1er juillet 1962.&lt;br /&gt;
Elle a publié aussi :&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Geste 8 et 5&lt;/em&gt; (Messidor, 1991)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;La Voix&lt;/em&gt; (La Main courante, 1992)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Seuils&lt;/em&gt; (Harpo &amp;amp;, 2000)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Appellation contrôlée&lt;/em&gt; (Fidel Anthelme, 2000)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;N.O. Le détournement&lt;/em&gt; (Comp'act, 2002)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Une petite nappe verdâtre mal découpée&lt;/em&gt; (Contre-Pied, 2004)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Le + et le - de la gravité&lt;/em&gt; (Comp'Act, 2006)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Rose &amp;amp; Madeleine&lt;/em&gt;, avec Fabienne Yvert (Harpo &amp;amp;, 2006)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Le Petit Vassiliou ménager illustré&lt;/em&gt; (Contre-Pied, 2007)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;L'Almanach Vassiliou&lt;/em&gt; (Argol, 2009)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>la liberté de trouver à redire</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/20/la-liberte-de-trouver-a-redire</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:11b5e3f532ba857be67770309673cde4</guid>
    <pubDate>Wed, 20 May 2009 02:47:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/Sac_a_dos.jpg&quot; alt=&quot;untitled&quot; title=&quot;untitled&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cryptée par essence (mais pas toujours)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elle opère la langue à cœur ouvert, la découpe, la met en tranche,
en transe, en traces, produit effets loupes et perspectives gigognes, la poésie
peut paraître parfois indéchiffrable. Un peu comme un code-barres dont le sens
nécessite un décodeur. En réalité, l'illisibilité procède souvent d'un trop
d'évidence, mais on ne dira jamais assez que l'illisible naît toujours d'abord
d'une défaillance de lecture (pour Jakobson, l'illisibilité serait même ce qui
caractérise la poésie vivante). Cryptages à des fins de décryptages des
cryptages, appauvrissement de la langue démasquant la pauvreté des discours,
mise en boucle donnant à voir la médiatisation répétitive du monde,
trompe-l'œil trompe-leurres, grossissement de l'illusion par laquelle se
constituent pourtant les sociétés, etc., autant de procédures d'écritures qui,
au-delà de leurs apparentes et aberrantes anormalités, jettent au contraire une
lumière crue, aveuglante sur le réel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Épidermique par vocation (mais pas toujours)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre en cause le monde c'est d'abord mettre en cause ce qui le nomme.
C'est aussi résister à l'in-jonction de devoir à tout prix le nommer, de lui
donner du sens. Voilà pourquoi la subversion par la langue ne peut être que
subversion de la langue, dissidence par dissonance. Il ne s'agit plus de
réenchanter le monde, mais au contraire de le soumettre à une observation
critique. Ou alors de le réanchanter par &lt;em&gt;d'autres moyens&lt;/em&gt; que ceux qui
ont déchanté.&lt;br /&gt;
D'ailleurs la poésie déjoue aussi le faux enchantement des images. Dans une
société où il n'est de réel que représenté, la poésie, en tant que système de
représentation ne représentant que lui-même c'est-à-dire, déjà, du représenté,
peut donc aider à démonter les mécanismes aliénants du spectacle. Il existe
aussi une position de distance amusée, moins grave, qui joue de la dérision, du
grotesque en guise de bras-d'honneur aux violences du monde parodie des
discours, pastiches des jargons, barbarie soumise aux barbarismes, que l'on
rencontre chez Charles Pennequin, notamment. Le poème comme « virgule de
résistance » (Smirou)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comique par nature (mais pas toujours)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comique la poésie ? Souvent oui. Parce que les aberrations de sa langue
et les moyens qu'elle se donne pour interroger le réel produisent parfois de
très comiques incongruités. À la dichotomie sérieux/comique se substituent ici
encore par effet de contamination, des matières hybrides où le comique
s'insinue dans des formes (l'accumulation, le répétitif, etc.) qui, &lt;em&gt;a
priori&lt;/em&gt;, ont d'autres objectifs. Comment par exemple ne pas voir tout ce
qu'il y a de comique (en l'espèce, comique de répétition) dans les syllogismes
diaboliques de Christophe Tarkos ou de Gherasim Luca ?&lt;br /&gt;
Il y aurait beaucoup de naïveté à penser que le rire ne fait que rire. Car le
malaise n'est jamais loin, révélateur en même temps que conjuration de la
névrose. Pour Baudelaire le rire « d'origine diabolique » « est
intimement lié à l'accident d'une chute ancienne, d'une dégradation physique et
morale ». C'est parce qu'il est « satanique » qu'il est
« profondément humain ».&lt;br /&gt;
La mise à distance de l'objet poétique, la guerre contre l'esprit de sérieux
trouvent avec le rire, sous toutes ses formes, une arme totale: le rire jaune
ou la farce, l'ironie ou la caricature, le calembour ou le trait d'esprit, le
burlesque ou l'humour noir, etc., autant d'outils dont s'est toujous saisi la
poésie, pour faire tomber les masques, revoir la copie du réel, dénoncer la
bêtise, enrayer le tragique. Le comique est donc aussi anti-conformiste.&lt;br /&gt;
Stéréotypes assénés en vérités métaphysico-sociologiques de Nathalie Quintane,
érudition joueuse de Jacques Roubaud, outrance taxinomique de Valère Novarina,
truculence comico-inquiétante de Jean-Pascal Dubost, liste tordue-joueuse de
Jacques Jouet, loufoqueries contrôlées de Jean-François Bory, idiotie
tragi-comique de Charles Pennequin, abécédaire incongru-farceur de Pascal
Commère, syllogismes litaniques de Jacques Rebotier, baroquisme de James Sacré,
détournements, dérision et auto-dérision chez la plupart (Olivier Cadiot ou
Jérôme Mauche), etc., on pourrait multiplier les exemples (et qu'on me permette
de m'inviter dans cette fine équipe).&lt;br /&gt;
Enfin, si le rire procède aussi de rapprochements hasardeux, inattendus,
contre-nature (« du mécanique plaqué sur du vivant », comme le définit
Bergson), alors... N'est-ce pas ainsi que se définit, dans son acception la
plus générale, la poésie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cérébrale par tradition/&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;difficile par méchanceté (pas toujours)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, la poésie n'est jamais difficile. Elle permet au contraire de voir le
réel sans les écrans et les illusions qui nous en séparent habituellement.
C'est d'ailleurs cette hypervisibilité qui peut désarçonner, parfois. Non, la
poésie n'est jamais difficile. Elle ne l'est pas parce qu'elle nous donne les
moyens de regarder différemment, et de voir ce qui, généralement, ne se voit
pas. Elle n'est pas difficile parce qu'elle ouvre, chaque fois, des espaces de
création qui sont le lieu de formes et d'inventions d'une extrême inventivité,
et le plus souvent, de radicales et bienheureuses fantaisies. Elle n'est pas
difficile parce que, dans les méandres et les rugosités de sa langue, dans ses
étrangetés, ses dissonances et ses faux dysfonctionnements elle fournit
d'incomparables outils pour éprouver le monde, résister à ses barbaries et ses
médiocrités, et comme tel, peut redonner à l'homme contemporain toute sa
liberté de penser, de juger, de rêver, et aussi, ce qui n'est pas la moindre
des choses, de trouver à redire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Michel Espitallier, « Longue vue, foreuse, couteau suisse ».
Introduction de &lt;a href=&quot;http://atheles.org/lemotetlereste/ecrits/sacados/index.html&quot;&gt;Sac à dos. Une
anthologie de poésie contemporaine pour lecteurs en herbe&lt;/a&gt; (Le mot et le
reste, 2009, p. 31-35)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Suit une belle sélection de textes de Pierre Alferi, Jean-Marie Barnaud,
Philippe Beck, Julien Blaine, Jean-François Bory, Olivier Cadiot, Ivar
Ch’vavar, Pascal Commère, Jacques Demarcq, Jean-Pascal Dubost, Antoine Emaz,
Jean-Michel Espitallier, Raymond Federman, Christophe Fiat, Albane Gellé,
Michelle Grangaud, Bernard Heidsieck, Jacques Jouet, Virgine Lalucq, Ghérasim
Luca, Cécile Mainardi, Jérôme Mauche, Bernard Noël, Valère Novarina, Charles
Pennequin, Pascale Petit, Véronique Pittolo, Nathalie Quintane, Jacques
Rebotier, Jacques Roubaud, Valérie Rouzeau, James Sacré, Anne Savelli, Eugène
Savitzkaya, Jacques Sivan, Sébastien Smirou, Jude Stéfan, Christophe Tarkos,
Véronique Vassiliou.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>comment je pense quand je pense ?</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/19/comment-je-pense-quand-je-pense</link>
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    <pubDate>Tue, 19 May 2009 03:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;J) Comment je pense&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment je pense quand je pense ? Comment je pense quand je ne pense
pas ? En cet instant même, comment je pense quand je pense à comment je
pense quand je pense ?&lt;br /&gt;
« Penser/classer », par exemple, me fait penser à « passer/clamser »,
ou bien à « clapet sensé » ou encore à « quand c'est placé ».
Est-ce que cela s'appelle « penser » ?&lt;br /&gt;
Il me vient rarement des pensées sur l'infiniment petit ou sur le nez de
Cléopâtre, sur les trous du gruyère ou sur les sources nietzschéennes de
Maurice Leblanc et de Joe Shuster ; c'est beaucoup plus de l'ordre du
griffonnage, du pense-bête, du lieu commun.&lt;br /&gt;
Mais, tout de même, comment, « pensant » (réfléchissant ?) à ce
travail (« PENSER/CLASSER »), en suis-je venu à « penser » au
jeu de morpion, à Leacock, à Jules Verne, aux Esquimaux, à l'Exposition de
1900, aux noms que les rues ont à Londres, aux igames, à Sei Shônagon, au
&lt;em&gt;Dimanche de la vie&lt;/em&gt;, à Anthémius et à Vitruve ? La réponse à ces
questions est parfois évidente et parfois totalement obscure : il faudrait
parler de tâtonnements, de flair, de soupçon, de hasard, de rencontres
fortuites ou provoquées ou fortuitement provoquées :&lt;br /&gt;
méandres au milieu des mots ; je ne pense pas mais je cherche mes
mots : dans le tas, il doit bien y en avoir un qui va venir préciser ce
flottement, cette hésitation, cette agitation qui, plus tard, « voudra
dire quelque chose ».&lt;br /&gt;
C'est aussi, et surtout, affaire de montage, de distorsion, de contorsion, de
détours, de miroir,&lt;br /&gt;
voire de formule, comme le paragraphe suivant voudrait le démontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K) Des aphorismes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel Benabou ( &lt;em&gt;Un aphorisme peut en cacher un autre&lt;/em&gt;, Bibliothèque
Oulipienne, n° 13, 1980 ) a conçu une machine à fabriquer des aphorismes ;
elle se compose de deux parties : une grammaire et un lexique.&lt;br /&gt;
La grammaire recense un certain nombre de formules communément utilisées dans
la plupart des aphorismes ; par exemple :&lt;br /&gt;
A est le plus court chemin de B à C&lt;br /&gt;
A est la continuation de B par d'autres moyens&lt;br /&gt;
Un peu de A éloigne de B, beaucoup en rapproche&lt;br /&gt;
Les petits A font les grands B&lt;br /&gt;
A ne serait pas A s'il n'était B&lt;br /&gt;
Le bonheur est dans A, non dans B&lt;br /&gt;
A est une maladie dont B est le remède&lt;br /&gt;
Etc.&lt;br /&gt;
Le lexique recense des couples (ou trios, ou quatuors) de mots qui peuvent être
des faux synonymes (amour/amitié, parole/langage), des antonymes (vie/mort,
forme/fond, mémoire/ oubli), des mots phonétiquement proches (foi/ loi,
amour/humour), des mots groupés par l'usage (crime/châtiment, faucille/marteau,
science/vie), etc.&lt;br /&gt;
L'injection du vocabulaire dans la grammaire produit &lt;em&gt;ad lib.&lt;/em&gt; des
quasi-infinités d'aphorismes tous plus porteurs de sens les uns que les autres.
D'ores et déjà, un programme d'ordinateur, conçu par Paul Braffort, en débite à
la demande une bonne douzaine en quelques secondes :&lt;br /&gt;
La mémoire est une maladie dont l'oubli est le remède&lt;br /&gt;
La mémoire ne serait pas mémoire si elle n'était oubli&lt;br /&gt;
Ce qui vient par la mémoire s'en va par l'oubli&lt;br /&gt;
Les petits oublis font les grandes mémoires&lt;br /&gt;
La mémoire ajoute à nos peines, l'oubli à nos plaisirs&lt;br /&gt;
La mémoire délivre de l'oubli, mais qui nous délivrera de la
mémoire ?&lt;br /&gt;
Le bonheur est dans l'oubli, non dans la mémoire&lt;br /&gt;
Le bonheur est dans la mémoire, non dans l'oubli&lt;br /&gt;
Un peu d'oubli éloigne de la mémoire, beaucoup en rapproche&lt;br /&gt;
L'oubli réunit les hommes, la mémoire les sépare&lt;br /&gt;
La mémoire nous trompe plus souvent que l'oubli&lt;br /&gt;
Etc.&lt;br /&gt;
Où est la &lt;em&gt;pensée&lt;/em&gt; ? Dans la formule ? Dans le lexique ?
Dans l'opération qui les marie ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Georges Perec, &lt;em&gt;Penser/Classer&lt;/em&gt; (1982) (Hachette, Textes du XXe
siècle, 1985, p. 173-176)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>habiter, plus petit dénominateur commun</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/17/habiter-plus-petit-denominateur-commun</link>
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    <pubDate>Sun, 17 May 2009 01:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.joy_sorman_gros_oeuvre2_s.jpg&quot; alt=&quot;joy_sorman_gros_oeuvre2.gif&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au même moment, un jeune cadre japonais dans l'industrie alimentaire, un
jeune cadre japonais déjà usé, éreinté, à bout, siphonné par son travail,
regarde lui aussi la ville d'en haut, d'encore plus haut, du treizième étage,
et ça n'est pas Paris mais Tokyo.&lt;br /&gt;
Livide, creusé, visage luisant de fatigue et de stress quand il décline,
retombe, mue en perles de sueur, costume en drap de laine bleu marine, chemise
synthétique blanche auréolée, large nœud de cravate noire défait, le front
contre l'immense hublot de sa capsule hermétique. Et bien sûr ce qu'il voit ce
qu'il regarde ce sont les lumières de la ville comme toujours dans ces cas-là,
sauf que lui ne trouve ça ni beau ni rien, c'est juste que c'est la nuit et que
la voie publique s'éclaire, et les appartements et les enseignes lumineuses,
dont celles qui vantent les produits sous vide fabriqués par son
entreprise.&lt;br /&gt;
Il est 22 heures, le jeune cadre rentre à l'instant de son bureau en open space
et n'ira pas rejoindre sa femme et son fils dans la banlieue résidentielle
qu'il a choisie pour des raisons strictement financières, rien à voir avec la
qualité de vie, se fout du calme et de la verdure. Pas le temps, trop fatigué,
trop loin, improductif. Il a choisi, payable au trimestre et économique, un
module au dernier étage de la Nakagin Capsule Tower inaugurée en 1972 pour
accueillir les forçats en col blanc qui se contentent d'un bol de riz et de
trois ou quatre bières Asahi solitaires avant de s'allonger quelques heures
puis d'y retourner, du lundi au vendredi. Tout confort, fonctionnel, pas de
temps ni d'espace à perdre. (p. 48-49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habiter, plus petit dénominateur commun, la limite, le presque rien. Ce sont
à peine des cabanes - petits abris sommaires -, plutôt des amas de matériaux de
récupération empilés de manière à configurer un cube, une forme approchante, à
l'intérieur duquel pouvoir se glisser, tant bien que mal. Un clapier
plutôt : des palettes récupérées sur des chantiers sont dressées à la
verticale, de longues planches de bois forment parfois un toit mais le plus
souvent ce sont des bâches qui ferment l'abri. Les cabanes sont couvertes de
cartons plats, de plastiques transparents, noirs épais, bleus piquetés, verts
enduits, de sacs de gravats découpés et dépliés, de couvertures bariolées,
parfois un carré de tôle ondulée. Empilements de branchages et de toiles pour
se calfeutrer et créer un peu d'obscurité. De grosses pierres, des pneus
retiennent au sol les bâches contre le vent. L'été, quelques vêtements et une
serviette sèchent pas loin sur une branche. Au sol des palettes pour s'isoler
de l'humidité des sous-bois, maintenir ses affaires au sec, se déchausser. Et
puis des duvets, des sacs de couchage, parfois une couverture de survie en
aluminium, distribués par les humanitaires, des cartons aussi. Un plaid
écossais tendu sur le devant de la cabane figure la porte de l'abri, le seuil,
là où le vent s'engouffre pourtant. Des branchages recouvrent le toit bâché
afin de le camoufler et de le maintenir ; devant, un tabouret pliant,
trace de convivialité - camping à l'heure du rosé quand la chaleur tombe un
peu. (...)&lt;br /&gt;
Début janvier, une fine pellicule de neige couvre le bois et, la nuit, les
cabanes éclairées par les feux de camp sont comme des tentes de Bédouins dans
le désert, à peine dissimulées par l'enchevêtrement d'arbres clairsemés ;
des pans de tissus et de couvertures colorés retombent comme des rideaux de
théâtre. Les cabanes s'allument et ce sont des feux follets, des lampions
doucement battus par la brise du soir, des balises de détresse, des spots de
couleurs dans l'indistinct vert-de-gris des sous-bois; au-dessus passent des
lignes à haute tension. L'œil un instant apaisé se fixe passivement sur cette
couverture orange éclairée par les flammes, y voit quelque chose de vivant,
d'animé, quelque chose de l'ingéniosité humaine qui empiète sur la détresse.
Des ombres qui s'animent, ça bouge dans les cabanes où l'on se tient courbé,
mais quand même on se tient, presque à hauteur d'homme.&lt;br /&gt;
Et puis le jour se lève, la neige a tourné en boue grise et collante, les abris
à nouveau se fondent dans les décharges sauvages qui colonisent les bois, on ne
veut plus croire que ces cabanes sont habitées, perdues au milieu des détritus
elles y ressemblent, échouées comme des radeaux, amenées là par une tempête
sauvage, une mer démontée, de ces mers que prennent les exilés pour une vie
meilleure. Le sol est jonché de bouteilles et sacs plastique, de boîtes de
conserve vides et rouillées, d'emballages divers, de vêtements déchirés et
rigidifiés par la crasse, abandonnés là après avoir été imprégnés de gaz
lacrymogène. (p. 80-83)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joy Sorman, &lt;a href=&quot;http://www.gallimard.fr/gallimard-cgi/Appli_catal/fs_detail.pl?fctx=1242515150&amp;amp;loa=1&amp;amp;nutitre=10066241&quot;&gt;
Gros œuvre&lt;/a&gt; (Gallimard, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En 13 nouvelles - ou 13 chapitres – Joy Sorman explore l’expérience
d’habiter, dont les deux faces heureuse et malheureuse, dans notre époque de
mobilité et de précarité, se déclinent en habitats de crise et de fortune, de
fuite ou de folie : un mobil home posé en plein Paris, la
« jungle » de Calais, la vraie maison de carrelage de Jean-Pierre
Raynaud, le faux camping-car de luxe de Grisélidis Réal, les capsules à dormir
pour cadres japonais, un algeco de chantier avec vue sur Paris, un bunker
militaire, la salle de congrès de la place du Colonel-Fabien, la République
éphémère du collectif Exyzt … toutes ces habitations belles et improbables sont
évoquées avec une précision documentaire qui bascule régulièrement dans la
fantaisie et l’invention poétique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joy Sorman est née en 1973 et a publié auparavant :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Boys, boys, boys&lt;/em&gt; (Gallimard, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2007/04/28/parler-en-mieux&quot;&gt;Du Bruit&lt;/a&gt; (Gallimard,
2007)&lt;br /&gt;
Elle fait également partie du comité de rédaction de la revue &lt;a href=&quot;http://inculte.over-blog.com/&quot;&gt;Inculte&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>une indifférence dont nous ne connaissons pas la raison</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/15/une-indifference-dont-nous-ne-connaissons-pas-la-raison</link>
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    <pubDate>Fri, 15 May 2009 02:46:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.miranda_paridaiza_s.jpg&quot; alt=&quot;miranda_paridaiza.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;De l'autre côté de l'écran, Nuno se sent de plus en plus seul. Il est tard
dans la nuit. Il finit par se déconnecter de Paridaiza et prend un gros livre à
la couverture blanche dans sa bibliothèque. Si aucun événement ne vient dans
les jours suivants donner une inflexion à son existence, il ne lui restera plus
qu'à apprendre par cœur ces lignes du philosophe Heidegger : « La
fuite, le travers, les apparences, l'égarement sont aujourd'hui renforcés...
Sommes-nous devenus nous-mêmes à ce point &lt;em&gt;insignifiants&lt;/em&gt; que nous ayons
besoin d'un rôle ?... Est-ce parce que s'ouvre devant nous, à partir de toutes
choses, une &lt;em&gt;indifférence&lt;/em&gt; dont nous ne connaissons pas la raison ?
» Dans le silence nocturne, il relit plusieurs fois ces mots opaques qui
glissent comme des pierres incandescentes au creux de son ventre.&lt;br /&gt;
Ce qui est certain, c'est que, malgré Paridaiza, il s'ennuie un peu sans Clara
et aux archives de l'Arsenal. L'ennui, se dit-il, vient de ce que l'âme,
souffrant de ses possibilités restées en friche et ralentie par l'indécision,
finit par tomber dans le puits du vide, au fond duquel il y a encore davantage
de possibilités en friche, ce qui est très ennuyeux, etc.&lt;br /&gt;
À moins que l'ennui, cet engourdissement qui a la saveur de la poussière, ce
soit de ne pas voir que nous sommes le puits et les possibilités en
friche ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/14/singulier-c-est-a-dire-felure-ascendante&quot;&gt;Luis de
Miranda&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.paridaiza.net/&quot;&gt;Paridaiza&lt;/a&gt; (Plon, 2008, p.
49)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>singulier, c'est-à-dire fêlure ascendante</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/14/singulier-c-est-a-dire-felure-ascendante</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:4dd311eebacffd5277a6058e2a53aba3</guid>
    <pubDate>Thu, 14 May 2009 02:26:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.miranda_vienouvelleestellepossible_s.jpg&quot; alt=&quot;miranda_vienouvelleestellepossible.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voilà l'essence des âmes : des plis qui se font et se défont à chaque
instant dans tous les sens ; c'est un « prurit », une
« inquiétude ». Comme si mille petits ressorts agissaient dans diverses
directions, selon des forces élastiques. L'âme est un être vivant, multiple, un
réseau infini et bouillonnant de microvariations différentielles. (p.
13-14)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aucune singularité qui ne se soutienne pas de la ligne de rupture, mais qui
ne se contente pas de fuir, puisqu'une fuite perpétuelle est d'ailleurs
impossible. C'est en tenant compte des trois lignes, de la coupure, de la
rupture et de la fêlure que l'individu peut devenir singulier, c'est-à-dire
fêlure ascendante. C'est pourquoi il n'y a qu'une seule ligne, comme Deleuze
l'a suggéré. Et cette ligne est un flux qui monte ou descend en zig-zag et qui
fait parfois éclater les bouchons égotistes, se heurtant ici à une coupure, là
à une rechute.&lt;br /&gt;
Ce n'est pas seulement un travail de la pensée par lequel la différence se fait
singulièrement, car la pensée ne sait pas faire la différence entre le possible
et le réel. Pour que la singularité soit singulière, elle doit faire parler le
réel par le corps, les sens. Mais le réel qui se manifeste, c'est de la
différence couplée au possible de la pensée et aux coupures égotistes. C'est un
mouvement incessant, sisyphien, et l'individu qui se croirait arrivé
retomberait « hors du plan » et deviendrait objet.&lt;br /&gt;
L'exercice du faire-exister-ce-qui-n'existe-pas n'est pas un travail à réaliser
une fois pour toutes, mais un perpétuel effort, sans fin, qui à chaque instant
risque de retomber dans la coupure ou la séparation représentative. À chaque
instant le monde devient objet et à chaque instant la volonté recrée le sujet.
Mais peut-on jamais séparer le sujet de l'objet, peut-on couper en deux un
éclair, ou dire que d'un côté de l'éclair ce n'est pas la même nuit que de
l'autre côté ?&lt;br /&gt;
Je suis présent dans un lieu, entouré de personnes. On me somme d'avoir une
identité, c'est-à-dire qu'on me somme de choisir ma ligne de conduite. Vais-je
montrer une identité de coupure, par exemple un diplôme ou un titre ?
Vais-je montrer une identité de rupture, c'est-à-dire pousser un cri, un rire
délirant ou tenir des propos « incohérents » ? Vais-je montrer ma
fêlure, c'est-à-dire pousser une complainte légère, comme en passant, ou
répondre à côté, par une métaphore ? Chaque fois que je tente de
manifester ma présence par une ligne de conduite, je me fais objet, je mime le
vécu. (p. 45-46)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Seconde hypothèse de la territorialisation des impressions
différentielles : l'habitude. Nous l'avons vu, la répétition est ce qui
enferme en tant que sillonner névrotique du même pli, mais aussi ce qui libère
en tant que résistance, en tant que faire exister ce qui n'existe pas. Car il y
a une habitude du faire et une habitude du ne pas faire, qui est refus
persistant de se laisser (dé)faire, de se laisser couper. Et c'est plutôt ce
dernier qui libère les impressions « La répétition devient une progression
et même une production, quand on cesse de l'envisager relativement aux objets
qu'elle répète, dans lesquels elle ne change rien, ne découvre rien et ne
produit rien, pour l'envisager au contraire dans l'esprit qui la contemple et
dans lequel elle produit une nouvelle impression... »&lt;br /&gt;
En somme, on peut dire que, du point de vue du sujet, la ligne de coupure est
l'acceptation d'une habitude imposée de l'extérieur, tandis que la promenade
sur la ligne de fêlure ascendante est la résistance d'une habitude d'écoute de
l'intérieur. (p. 66)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Luis de Miranda, &lt;a href=&quot;http://www.editions-nous.com/miranda_unevienouvelleestellepossible.html&quot;&gt;Une
vie nouvelle est-elle possible ? Deleuze et les lignes&lt;/a&gt; (Nous,
2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un commentaire intéressant, que je ne pouvais manquer de lire et &lt;a href=&quot;http://www.editions-nous.com/pdf/miranda_unevienouvelleestellepossible.pdf&quot;&gt;dont
on peut feuilleter ici les premières pages&lt;/a&gt;, autour des notions deleuziennes
de ligne de coupure, ligne de fêlure, ligne de rupture et ligne de fuite,
notamment cernées dans &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/08/inventer-nos-lignes-de-fuite&quot;&gt;Mille&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/09/quatre-dangers-pour-les-lignes-de-fuite&quot;&gt;plateaux&lt;/a&gt;, et sur
la manière dont chacun de nous peut en tenir compte dans sa ligne de
conduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Luis_de_Miranda&quot;&gt;Luis de Miranda&lt;/a&gt;,
né au Portugal en 1971, est romancier, philosophe et éditeur.&lt;br /&gt;
Il a publié des essais :&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Ego Trip : La Société des artistes-sans-œuvre&lt;/em&gt; (Max Milo,
2003 ; J’ai Lu, 2008)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Peut-on jouir du capitalisme ?&lt;/em&gt; (Punctum, 2008)&lt;br /&gt;
et des romans :&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Romans Joie&lt;/em&gt; (Le Temps des Cerises, 1997)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;La mémoire de Ruben&lt;/em&gt; (Gamma Press, 1998)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Le spray&lt;/em&gt; (Calmann-Lévy, 2000)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;À vide&lt;/em&gt; (Denoël, 2001)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Moment magnétique de l'aimant&lt;/em&gt; (La Chasse au Snark, 2002)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Expulsion&lt;/em&gt;, avec Helène Delmotte (Max Milo, 2005)&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.paridaiza.net/&quot;&gt;Paridaiza&lt;/a&gt; (Plon, 2008)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://arsenaldumidi.hautetfort.com/&quot;&gt;A r s e n a l d u M i d
i. Le laboratoire créaliste de Luis de Miranda (2004/2007)&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: le blog du &lt;a href=&quot;http://crealisme.hautetfort.com/&quot;&gt;Créalisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>le meilleur moyen de rendre le droit d’auteur impopulaire</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/13/le-meilleur-moyen-de-rendre-le-droit-dauteur-impopulaire</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:93f5f96171dc3dd19f0cf85d9d993292</guid>
    <pubDate>Wed, 13 May 2009 01:39:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/pleureuse_louvre4.jpg&quot; alt=&quot;pleureuse_louvre4.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le projet de loi qui doit être voté aujourd’hui s’exposerait donc, s’il
était adopté, à de nombreuses critiques : cumul de sanctions, suppression
d’Internet et de la messagerie hors contrôle du juge, fichage des internautes,
surveillance de et par les fournisseurs d’accès, sanction collective (la
connexion Internet bénéficie le plus souvent à un foyer) en opposition avec le
principe de la sanction d’un auteur identifié…&lt;br /&gt;
Le gouvernement français a choisi ainsi le meilleur moyen de rendre le droit
d’auteur impopulaire, en France et en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ldh-france.org/Loi-dite-Hadopi-menaces-sur-les&quot;&gt;Ligue
des Droits de l'Homme, 11 mai 2009&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi Hadopi est probablement l'une des plus stupides qu'il ait été donné
au Parlement d'adopter. (...)&lt;br /&gt;
Cette loi est le symptôme d'un aveuglement, d'une stupidité archaïque face à
l'angoissante vitesse du changement qui s'est opéré depuis quelques dizaines
d'années. Aller contre Internet de la sorte, avec le bâton, le casque et les
ciseaux, c'est aller contre la jeunesse, l'avenir, l'enthousiasmante créativité
qu'Internet a libérée. (...)&lt;br /&gt;
Cette loi non seulement ne protège pas les droits des créateurs, non seulement
attente à la liberté sous de nombreux aspects, mais surtout agresse, voire
insulte cette partie de la population qui - jeune peut-être - vit la
mondialisation sans états d'âme, celle qui épouse le mouvement de l'histoire
avec gaieté, curiosité, effronterie, qui utilise, crée, exploite, détourne
l'outil du siècle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/05/12/il-est-stupide-d-aller-contre-internet-avec-baton-casque-et-ciseaux-par-eric-rochant_1192030_3232.html&quot;&gt;
Éric Rochant, Le Monde, 12 mai 2009&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La loi Hadopi a été adoptée à l’Assemblée par &lt;a href=&quot;http://www.assemblee-nationale.fr/13/scrutins/jo0386.asp&quot;&gt;296 voix pour et 233
voix contre&lt;/a&gt; ; elle sera présentée demain dès l’aube au Sénat et
probablement &lt;a href=&quot;http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2009/05/aie.html&quot;&gt;votée&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;a href=&quot;http://www.numerama.com/magazine/12883-Hadopi-Guy-Bono-veut-saisir-les-autorites-europeennes-contre-la-France.html&quot;&gt;
l'incompatibilité avec le droit communautaire&lt;/a&gt; ainsi que les &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/05/12/hadopi-questions-sur-un-projet-de-loi_1191991_823448.html&quot;&gt;
autres questions&lt;/a&gt; demeurent ; et &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/05/12/la-resistance-s-organise-pour-l-apres-hadopi_1188816_651865.html#ens_id=1162478&quot;&gt;
la résistance s’organise&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: « &lt;a href=&quot;http://linuxmanua.blogspot.com/2009/05/plan-de-resistance-anti-hadopi.html&quot;&gt;Plan
de Résistance anti-Hadopi ABCDEFUCK&lt;/a&gt; » de Linux Manua&lt;br /&gt;
::: « &lt;a href=&quot;http://bravepatrie.com/Tutoriel-rendre-votre-ordinateur,1272&quot;&gt;Tutoriel :
rendre votre ordinateur HADOPI® - compatible&lt;/a&gt; » de Brave Patrie&lt;br /&gt;
::: ou, dernière option, s'en aller « &lt;a href=&quot;http://www.bouletcorp.com/blog/index.php?date=20090512&quot;&gt;hacker la
noosphère&lt;/a&gt; », comme le propose Boulet.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>hadopire</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/12/hadopire</link>
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    <pubDate>Tue, 12 May 2009 03:13:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;div class=&quot;external-media&quot; style=&quot;margin: 1em auto; text-align: center;&quot;&gt;
&lt;object type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; data=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x98wio_kafkadopi_fun&amp;amp;related=1&quot; width=&quot;400&quot; height=&quot;316&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x98wio_kafkadopi_fun&amp;amp;related=1&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;wmode&quot; value=&quot;transparent&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;FlashVars&quot; value=&quot;playerMode=embedded&quot; /&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.assemblee-nationale.fr/agendas/odj.asp&quot;&gt;C'est
aujourd'hui qu'est prévu le vote par l'Assemblée nationale&lt;/a&gt; de la loi
« Création et Internet », surnommée Hadopi : petit bouquet de liens
(avec plein d'autres liens à l'intérieur) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.irenedelse.com/2009/05/11/le-mouchard-dhadopi-non-merci/&quot;&gt;Irène
Delse&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://scinfolex.wordpress.com/2009/05/11/la-loi-hadopi-vue-autrement/&quot;&gt;S.I.Lex&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;

::: &lt;a href=&quot;http://www.martinebillard-blog.org/index.php?2009%2F05%2F09%2F313-hadopi-suite&quot;&gt;
Martine Billard&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: les « &lt;a href=&quot;http://www.ecrans.fr/Dixit-Hadopi-Etre-elu-europeen-c,7176.html&quot;&gt;Dixit
Hadopi&lt;/a&gt; » recueillis par &lt;em&gt;Libération&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://hadopi.numerama.com/&quot;&gt;Numerama&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.svmlemag.fr/special/loi_hadopi_creation_et_internet&quot;&gt;SVM&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.pcinpact.com/actu/news/50774-hadopi-points-noirs-projet-internet2.htm&quot;&gt;
PC INpact&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.laquadrature.net/&quot;&gt;La quadrature du net&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2009/04/25/qui-controlera-le-futur.html&quot;&gt;
Génération Science-fiction&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/index-fr.php?page=emission&amp;amp;id_rubrique=662&quot;&gt;
Ce soir ou jamais&lt;/a&gt; (5 mai)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>quatre dangers pour les lignes de fuite</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/09/quatre-dangers-pour-les-lignes-de-fuite</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:df08452278194c6b3cd76b2e3dbc0e9c</guid>
    <pubDate>Sun, 10 May 2009 00:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/vinci_proportions_corps_humain.jpeg&quot; alt=&quot;vinci_proportions_corps_humain.jpeg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais, de ces trois lignes, nous ne pouvons pas dire que l'une soit mauvaise,
ou l'autre bonne, par nature et nécessairement. L'étude des dangers sur chaque
ligne, c'est l'objet de la pragmatique ou de la schizo-analyse, en tant qu'elle
ne se propose pas de représenter, d'interpréter ni de symboliser, mais
seulement de faire des cartes et de tirer des lignes, en marquant leurs
mélanges autant que leurs distinctions. Nietzsche faisait dire à Zarathoustra,
Castaneda fait dire à l'Indien Don Juan : il y a trois et même quatre
dangers, d'abord la Peur, puis la Clarté, et puis le Pouvoir, et enfin le grand
Dégoût, l'envie de faire mourir et de mourir, Passion d'abolition. La peur,
nous pouvons deviner ce que c'est. Nous craignons tout le temps de perdre. La
sécurité, la grande organisation molaire qui nous soutient, les arborescences
où nous nous accrochons, les machines binaires qui nous donnent un statut bien
défini, les résonances où nous entrons, le système de surcodage qui nous
domine, nous désirons tout cela. « Les valeurs, les morales, les patries,
les religions et les certitudes privées que notre vanité et notre complaisance
à nous-mêmes nous octroient généreusement, sont autant de séjours que le monde
aménage pour ceux qui pensent se tenir ainsi debout et au repos, parmi les
choses stables ; ils ne savent rien de cette immense déroute où ils s'en
vont... &lt;em&gt;fuite devant la fuite&lt;/em&gt;. »&lt;br /&gt;
Nous fuyons devant la fuite, nous durcissons nos segments, nous nous livrons à
la logique binaire, nous serons d'autant plus durs sur tel segment qu'on aura
été plus dur avec nous sur tel autre segment, nous nous reterritorialisons sur
n'importe quoi, nous ne connaissons de segmentarité que molaire, aussi bien au
niveau des grands ensembles auxquels nous appartenons que des petits groupes où
nous nous mettons, et de ce qui se passe en nous dans le plus intime ou le plus
privé. Tout est concerné, la façon de percevoir, le genre d'action, la manière
de se mouvoir, le mode de vie, le régime sémiotique. L'homme qui rentre, et qui
dit « Est-ce que la soupe est prête ? », la femme qui répond
« Quelle tête tu fais ! tu es de mauvaise humeur ? » :
effet de segments durs qui s'affrontent deux à deux. Plus la segmentarité sera
dure, plus elle nous rassure. Voilà ce qu'est la peur, et comment elle nous
rabat sur la première ligne.&lt;br /&gt;
Le deuxième danger, la Clarté, semble moins évident. C'est que la clarté, en
fait, concerne le moléculaire. Là aussi, tout est concerné, même la perception,
même la sémiotique, mais sur la seconde ligne. Castaneda montre par exemple
l'existence d'une perception moléculaire que nous ouvre la drogue (mais tant de
choses peuvent servir de drogue) : on accède à une micro-perception sonore
et visuelle qui révèle des espaces et des vides, comme des trous dans la
structure molaire. C'est précisément cela, la clarté : ces distinctions
qui s'établissent dans ce qui nous paraissait plein, ces trous dans le
compact ; et inversement, là où nous voyions tout à l'heure des
terminaisons de segments bien tranchées, il y a plutôt des franges incertaines,
des empiètements, des chevauchements, des migrations, des actes de segmentation
qui ne coïncident plus avec la segmentarité dure. Tout est devenu souplesse
apparente, des vides dans le plein, des nébuleuses dans les formes, des
tremblés dans les traits. Tout a pris la clarté du microscope. Nous croyons
avoir tout compris, et en tirer les conséquences. Nous sommes de nouveaux
chevaliers, nous avons même une mission. Une micro-physique du migrant a pris
la place de la macro-géométrie du sédentaire. Mais cette souplesse et cette
clarté n'ont pas seulement leur danger, elles sont elles-mêmes un danger.
D'abord parce que la segmentarité souple risque de reproduire en miniature les
affections, les affectations de la dure : on remplace la famille par une
communauté, on remplace la conjugalité par un régime d'échange et de migration,
mais c'est encore pire, des micro-Œdipe s'établissent, les micro-fascismes font
loi, la mère se croit obligée de branler son enfant, le père devient maman.
Obscure clarté qui ne tombe d'aucune étoile, et qui dégage une telle
tristesse : cette segmentarité mouvante découle directement de la plus
dure, elle en est la compensation directe. Plus les ensembles deviennent
molaires, plus les éléments et leurs rapports deviennent moléculaires, l'homme
moléculaire pour une humanité molaire. On se déterritorialise, on fait masse,
mais pour nouer et annuler les mouvements de masse et de déterritorialisation,
pour inventer toutes les reterritorialisation marginales encore pires que les
autres. Mais surtout la segmentarité souple suscite ses propres dangers qui ne
se contentent pas de reproduire en petit les dangers de la segmentarité
molaire, ni d'en découler ou de les compenser nous l'avons vu, les
micro-fascismes ont leur spécificité qui peuvent cristalliser dans un
macro-fascisme, mais qui peuvent aussi bien flotter pour leur compte sur la
ligne souple et baigner chaque petite cellule. Une multitude de trous noirs
peuvent très bien ne pas se centraliser, et être comme des virus qui s'adaptent
aux situations les plus diverses, creusant des vides dans les per-ceptions et
les sémiotiques moléculaires. Des interactions sans résonance. Au lieu de la
grande peur paranoïaque, nous nous trouvons pris dans mille petites monomanies,
des évidences et des clartés qui jaillissent de chaque trou noir, et qui ne
font plus système, mais rumeur et bourdonnement, lumières aveuglantes qui
donnent à n'importe qui la mission d'un juge, d'un justicier, d'un policier
pour son compte, d'un gauleiter d'immeuble ou de logis. On a vaincu la peur, on
a quitté les rivages de la sécurité, mais on est entré dans un système non
moins concentré, non moins organisé, celui des petits insécurités qui fait que
chacun trouve son trou noir et devient dangereux dans ce trou, disposant d'une
clarté sur son cas, son rôle et sa mission, plus inquiétante que les certitudes
de la première ligne.&lt;br /&gt;
Le Pouvoir est le troisième danger, parce qu'il est sur les deux lignes à la
fois. Il va des segments durs, de leur surcodage et résonance aux segmentations
fines, à leur diffusion et inter-actions, et inversement. Il n'y a pas d'homme
de pouvoir qui ne saute d'une ligne à l'autre, et qui ne fasse alterner un
petit et un grand style, le style canaille et le style Bossuet, la démagogie du
bureau de tabac et l'impérialisme du grand commis. Mais toute cette chaîne et
cette trame du pouvoir plongent dans un monde qui leur échappe, monde de flux
mutants. Et c'est précisément son impuissance qui rend le pouvoir si dangereux.
L'homme de pouvoir ne cessera de vouloir arrêter les lignes de fuite, et pour
cela de prendre, de fixer la machine de mutation dans la machine de surcodage.
Mais il ne peut le faire qu'en faisant le vide, c'est-à-dire en fixant d'abord
la machine de surcodage elle-même, en la contenant dans l'agencement local
chargé de l'effectuer, bref en donnant à l'agencement les dimensions de la
machine : ce qui se produit dans les conditions artificielles du
totalitarisme ou du « vase clos ».&lt;br /&gt;
Mais il y a encore un quatrième danger, et sans doute est-ce celui qui nous
intéresse le plus, parce qu'il concerne les lignes de fuite elles-mêmes. Nous
avons beau présenter ces lignes comme une sorte de mutation, de création, se
traçant non pas dans l'imagination, mais dans le tissu même de la réalité
sociale, nous avons beau leur donner le mouvement de la flèche et la vitesse
d'un absolu, - ce serait trop simple de croire qu'elles ne craignent et
n'affrontent d'autre risque que celui de se faire rattraper quand même, de se
faire colmater, ligaturer, renouer, reterritorialiser. Elles dégagent
elles-mêmes un étrange désespoir, comme une odeur de mort et d'immolation,
comme un état de guerre dont on sort rompu : c'est qu'elles ont
elles-mêmes leurs propres dangers qui ne se confondent pas avec les précédents.
Exactement ce qui fait dire à Fitzgerald : « J'avais le sentiment
d'être debout au crépuscule sur un champ de tir abandonné, un fusil vide à la
main, et les cibles descendues. Aucun problème à résoudre. Simplement le
silence et le seul bruit de ma propre respiration. (...) Mon immolation de
moi-même était une fusée sombre et mouillée. » Pourquoi la ligne de fuite
est-elle une guerre d'où l'on risque tant de sortir défait, détruit, après
avoir détruit tout ce qu'on pouvait ? Voilà précisément le quatrième
danger : que la ligne de fuite franchisse le mur, qu'elle sorte des trous
noirs, mais que, au lieu de se connecter avec d'autres lignes et d'augmenter
ses valences à chaque fois, &lt;em&gt;elle ne tourne en destruction, abolition pure
et simple, passion d'abolition&lt;/em&gt;. Telle la ligne de fuite de Kleist,
l'étrange guerre qu'il mène, et le suicide, le double suicide comme issue qui
fait de la ligne de fuite une ligne de mort.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze ; Félix Guattari, &lt;em&gt;Mille plateaux&lt;/em&gt; (Minuit, 1980,
p. 277-280)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>faire fuir le monde</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/09/faire-fuir-le-monde</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:fd7cff692f74d92c158fa4f297538919</guid>
    <pubDate>Sat, 09 May 2009 01:24:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quant aux lignes de fuite, elles ne consistent jamais à fuir le monde, mais
plutôt à le faire fuir, comme on crève un tuyau, et il n’y a pas de système
social qui ne fuie pas tous les bouts, même si ses segments ne cessent de se
durcir pour colmater les lignes de fuite.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze ; Félix Guattari, &lt;em&gt;Mille plateaux&lt;/em&gt; (Minuit, 1980,
p. 249)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>inventer nos lignes de fuite</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/08/inventer-nos-lignes-de-fuite</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:03335432921580820cc319af7ec176d0</guid>
    <pubDate>Fri, 08 May 2009 02:41:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.vinci_aile_m.jpg&quot; alt=&quot;vinci_aile.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Individus ou groupes, nous sommes traversés de lignes, méridiens,
géodésiques, tropiques, fuseaux qui ne battent pas sur le même rythme et n'ont
pas la même nature. Ce sont des lignes qui nous composent, nous disions trois
sortes de lignes. Ou plutôt des paquets de lignes, car chaque sorte est
multiple. On peut s'intéresser à l'une de ces lignes plus qu'aux autres, et
peut-être en effet y en a-t-il une qui est, non pas déterminante, mais qui
importe plus que les autres... si elle est là. Car, de toutes ces lignes,
certaines nous sont imposées du dehors, au moins en partie. D'autres naissent
un peu par hasard, d'un rien, on ne saura jamais pourquoi. D'autres doivent
être inventées, tracées, sans aucun modèle ni hasard : nous devons
inventer nos lignes de fuite si nous en sommes capables, et nous ne pouvons les
inventer qu'en les traçant effectivement, dans la vie. Les lignes de fuite,
n'est-ce pas le plus difficile ? Certains groupes, certaines personnes en
manquent et n'en auront jamais. Certains groupes, certaines personnes manquent
de telle sorte de ligne, ou l’ont perdue.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze ; Félix Guattari, &lt;em&gt;Mille plateaux&lt;/em&gt; (Minuit, 1980,
p. 247-248)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>invisible dans le flux</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/07/mettre-en-relation-des-informations-eparses</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:46507639fe92f8a057c3fb206911c7a0</guid>
    <pubDate>Thu, 07 May 2009 02:08:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?page=ispip-article&amp;amp;id_article=1447&quot;&gt;
une belle photo&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?page=ispip-article&amp;amp;id_article=1447&quot;&gt;
par Olivier Roller&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?page=ispip-article&amp;amp;id_article=1447&quot;&gt;
dans tiers livre&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
(mais je n'ose plus!)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.Dominiq_Jenvrey_m.jpg&quot; alt=&quot;Dominiq_Jenvrey.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(cette autre image est extraite de la vidéo d'Isabelle Rozenbaum, qui
m'autorise à la publier)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Créer sur Internet, c'est différent de mettre simplement du texte en accès
ou de créer du flux. Créer sur Internet, c'est mettre en relation des
informations éparses, des connaissances séparées, et fabriquer avec de la
fiction. C'est compliqué à faire, et généralement les créations littéraires sur
Internet sont décevantes. Il faut penser la chose différemment du texte papier
et l'écrivain est mal outillé pour cela. Timidement, j'ai commencé avec un jeu
fictionnel et fonctionnel, lancé simultanément sur vingt sites et blogs
existants, le jour de la sortie en librairie de L'E.T., fiction concrète, le
jeudi 16 octobre 2008. Il en reste des traces sur mon site parce que bien
évidemment le jeu s'est effacé très rapidement. Au bout de quinze jours, il
était déjà invisible dans le flux. Et c'est, du coup, toute la difficulté de la
création littéraire sur Internet. Pour le jeu, j'avais créé une dizaine de
blogs, contenant les définitions des concepts fictionnels utilisés, eux sont
encore existant, se sont eux qui ponctuent l'interview. Mais le jeu tenait.
Parce qu'il y était question de soucoupes volantes et d'extraterrestres. Aussi,
l'aspect fugitif et temporaire de la création et à mettre en relation avec
l'aspect lui-même fugitif et temporaire de l'observation d'une soucoupe
volante. Le jeu était composé de questions-réponses constituées en un jeu de
pistes, le lecteur-joueur se baladait de liens en liens, de sites en sites
donc, cherchant les réponses aux questions et cherchant également les
définitions des concepts fictionnels incorporés aux réponses. Mes prochaines
créations fictionnelles sur Internet seront, elles-aussi, en relation avec la
sortie d'un livre papier. Et cela peut et doit se préparer bien en amont, dès
le début de l'écriture d'un livre. Ainsi, je suis actuellement en train
d'écrire K, une fiction qui, du coup, ne sera pas publiée au moins avant deux
ou trois ans (temps de l'écriture + temps de l'édition). Eh bien, je prépare en
même temps son versant sur Internet ! Je mets en place des éléments qui
sont en ligne quelque part, mais cachés. Ils sont préparés en même temps que le
texte, ils sont pensés en même temps que le texte et le texte de K pense avec
ces éléments fictionnels mis en place sur Internet. Bien entendu, K s'écrit
avec Internet également. Internet est une des grandes matières premières de K.
Tout ce savoir prêt à être fictionnalisé... c'est très excitant !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Extrait d'un &lt;a href=&quot;http://www.d-fiction.com/fr/entretien_avec_dominiq_jenvrey&quot;&gt;entretien de
Dominiq Jenvrey avec Caroline Hoctan et Jean-Noël Orengo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: voir aussi, sur la même page du site &lt;em&gt;D-Fiction&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.d-fiction.com/fr/dominiq_jenvrey&quot;&gt;une vidéo et deux textes
inédits&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: le &lt;a href=&quot;http://www.jenvrey.net/&quot;&gt;site de Dominiq Jenvrey&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: et, sur &lt;em&gt;lignes de fuite&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/10/17/les-pistes-du-jeu&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/10/16/Dominiq-Jenvrey-repond-a-vos-questions-sur-les-extraterrestres&quot;&gt;
là&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/08/21/la-fiction-comme-alternative&quot;&gt;là&lt;/a&gt;, et
encore &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2007/06/25/rencontre-du-troisieme-type&quot;&gt;là&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>quitter la toile ...!?</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/06/quitter-la-toile</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b3e91cd8a906b1939ac433c14d8a0eb9</guid>
    <pubDate>Wed, 06 May 2009 04:33:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;div class=&quot;external-media&quot; style=&quot;margin: 1em auto; text-align: center;&quot;&gt;
&lt;object type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; data=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x957zk_pour-finkielkraut-internet-est-une_news&amp;amp;related=1&quot; width=&quot;400&quot; height=&quot;316&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x957zk_pour-finkielkraut-internet-est-une_news&amp;amp;related=1&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;wmode&quot; value=&quot;transparent&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;FlashVars&quot; value=&quot;playerMode=embedded&quot; /&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Internet est une poubelle, dit-il ... &lt;a href=&quot;http://www.pcinpact.com/actu/news/50700-hadopi-compte-rendu-direct-debats.htm&quot;&gt;
nous sommes tous des pirates, disent-ils&lt;/a&gt; ... et la photographie utilisée
hier « frauduleusement » a été retirée à la demande de &lt;a href=&quot;http://jm.desamie.free.fr/&quot;&gt;son auteur&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Monsieur. Artiste - Auteur de photographie. J’attire votre attention
sur l’utilisation frauduleuse de la photographie représentant Caroline Dubois,
qui apparaît sur votre site « lignes de fuite » sans mention d’auteur
et sans mon autorisation.&lt;br /&gt;
Cette photographie n’est pas libre de droit. En conséquence je vous demande de
bien vouloir la retirée d’Internet. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;... il est des nuits de grande lassitude où l'on se demande s'il n'est pas
temps de quitter la toile !?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>devenir la copie d'une sorte de faux autre</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/05/devenir-la-copie-d-une-sorte-de-faux-autre</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:33bcb611f8fcd332a2692a325f9aaf83</guid>
    <pubDate>Tue, 05 May 2009 02:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;PHOTOGRAPHIE RETIREE&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;A LA DEMANDE DE SON AUTEUR&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je me demande pourquoi entendre de sa propre bouche sortir des mots
prononcés par des autres est une chose si rassurante et bonne et si l'on peut
quels mots de quels autres selon quelle qualité la plus - la qualité de qui. De
qui choisir la qualité selon laquelle on peut vouloir entendre de sa propre
bouche sortir des mots prononcés par des autres et que ce soit si bon si
rassurant de qui choisir - les mots ça je me demande. (p. 55)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi de ma propre bouche j'entends souvent sortir des mots prononcés par des
autres - des vrais autres - vrais dans la réalité mais aussi des faux autres -
X déjà existants mais faux dont je décide - selon telle ressemblance telle
qualité de devenir une sorte de copie mais en vrai - dans la réalité. Et c'est
très amusant de pouvoir devenir la copie d'une sorte de faux autre - fausse
mais en vrai - dans la réalité. (p. 56)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande pourquoi ça énerve tellement tout le monde quand on prend du
plaisir à faire de sa bouche sortir des mots qui viennent de la bouche des
autres et de quelle nature exacte est cet énervement. De quelle nature exacte
est cet énervement ça vraiment je me demande de quelle nature - quand les mots
qui sortent de la bouche nous rassurent - avec en eux les autres - soi les
autres - et les rapports secrets. (p. 61)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Dubois, « Pose moi une question difficile », p. 51-67 dans
&lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/01/la-seule-chose-qui-minteresse-vraiment&quot;&gt;rup&amp;amp;rud –
l’intégrale – 1999-2004&lt;/a&gt; (L’Attente, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/ficheauteur.asp?num=5875&quot;&gt;Caroline
Dubois&lt;/a&gt; est née en 1960. Elle a aussi publié :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;La réalité en face / la quoi ?&lt;/em&gt;, avec Anne Portugal (Al Dante,
1999)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Summer is ready when you are&lt;/em&gt;, avec Françoise Quardon et Jean-Pierre
Rehm (Joca Seria, 1999)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Pose moi une question difficile&lt;/em&gt; (rup&amp;amp;rud, 2000)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Je veux être physique&lt;/em&gt; (Farrago, 2000)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Arrête maintenant&lt;/em&gt; (L'Attente, 2001)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Malécot&lt;/em&gt; (contrat maint, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6013&quot;&gt;C'est
toi le business&lt;/a&gt; (POL, 2005)&lt;br /&gt;
et &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6263&quot;&gt;comment ça je
dis pas dors&lt;/a&gt; (POL, 2009) qui vient de sortir et que je vais me procurer au
plus vite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: la photo ci-dessus me plait bien et vient de la notice du &lt;a href=&quot;http://www.cipmarseille.com/auteur_fiche.php?id=192&quot;&gt;cipM&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>post-scriptum</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/05/post-scriptum</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:c98d3961e83af82849b5107c37cc8e86</guid>
    <pubDate>Mon, 04 May 2009 23:55:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Sébastien Smirou n'est pas content parce qu'il n'a pas assez de commentaires
sur son blog &lt;a href=&quot;http://situvoiscequejeveuxdire.blogspot.com/&quot;&gt;Si tu vois
ce que je veux dire&lt;/a&gt;, pourtant excellent, et &lt;a href=&quot;http://situvoiscequejeveuxdire.blogspot.com/2009/05/deux-activistes-mosellans-sabotent-mon.html&quot;&gt;
il en est réduit à fabriquer de fausses nécros&lt;/a&gt; : rendez-lui
visite !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>la seule chose qui m’intéresse vraiment</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/01/la-seule-chose-qui-minteresse-vraiment</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:864b0820e782bdb9d71d00c88e2ee1a7</guid>
    <pubDate>Sun, 03 May 2009 01:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/rup_et_rud.jpg&quot; alt=&quot;rup_et_rud.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en janvier 1999. J’ai publié quelques rares textes en revue
mais, pour la première fois, j’ai miraculeusement en main une série de poèmes
dont je sais qu’elle peut constituer la seule chose qui m’intéresse
vraiment : un &lt;em&gt;livre&lt;/em&gt;. Elle fonctionne en système et, d’une
certaine façon, elle en appelle d’autres. Je ne connais absolument rien à
l’état de l’édition de poésie en France ; je ne me pose d’ailleurs pas la
question de savoir si ce texte plairait à quelqu’un ou non. Je ne marche même
pas sciemment dans les pas d’Emmanuel Hocquard ou d’autres auteurs qui, avant
moi, auraient fait des livres « sur le métier ». Je suis juste un jeune
auteur légitimement pressé qui veut, de son texte, un objet-livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d’imprimerie à la cave ? Qu’à cela ne tienne : je mets en page
sous Quark X-Press (format 13x13 ; police Gill Sans, à l’époque), et je
fonce acheter Canson noir, Canson blanc, massicot, plioir, agrafes, colle et
cartouches d’encre. Je fais tourner l’imprimante reliée à mon ordinateur et,
hardi petit, en quelques jours, je réalise avec le plus grand soin 25
exemplaires de &lt;em&gt;Simon aime Anna&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, 25 exemplaires, c’est déjà beaucoup. (Je devine ici des
sourires). C’est beaucoup à fabriquer, quand il faut imprimer, découper, plier
et agrafer chaque feuille à la main ; mais c’est surtout beaucoup à
offrir. Choisir 25 destinataires pour ce qui est mon premier livre m’est même
incroyablement difficile. Je ne suis pas tellement gêné de faire un cadeau,
non. Je cherche simplement qui pourrait bien le recevoir, ou pourrait le bien
recevoir. Je suis embarrassé du choix, à ma façon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en retour, même si je ne devine pas encore que c’est ce dont il s’agit,
je vais demander qu’on me fasse, à moi, d’autres cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai réalisé &lt;em&gt;Simon aime Anna&lt;/em&gt; en auteur candide et je vais
poursuivre exactement dans la même veine. J’ai tellement besoin de &lt;em&gt;faire
des livres&lt;/em&gt; que je vais simplement en chercher les textes ailleurs, auprès
de poètes dont j’aime beaucoup le travail, et qui fonctionnent un peu, à leur
insu et au mien, comme d’autres parties de moi. (Vous voyez qu’il n’y a
vraiment rien de glorieux dans l’aventure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sébastien Smirou, « Ce livre n’est pas un cadeau », préface de
&lt;em&gt;rup&amp;amp;rud – l’intégrale – 1999-2004&lt;/em&gt; (L’Attente, 2009, p. 9-11)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce généreux petit livre rassemble sept livres de Pierre Alferi, Caroline
Dubois, Peter Gizzi, Eric Houser, Anne Parian, Anne Portugal, et Sébastien
Smirou, publiés une première fois entre 1999 et 2004 dans le cadre d’une
aventure de « micro-édition » initiée par Sébastien Smirou :
rup&amp;amp;rud, « perspective littérale inversée » de pur et dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/ficheauteur.asp?num=5788&quot;&gt;Sébastien
Smirou&lt;/a&gt; est né en 1972, il est aussi psychanalyste et a publié aussi :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Simon aime Anna&lt;/em&gt; (rup &amp;amp; rud, 1999)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=5747&quot;&gt;Mon
Laurent&lt;/a&gt; (POL, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Ma girafe&lt;/em&gt; (Contrat maint, 2006)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/07/08/la-serendipite-est-notre-seule-methode&quot;&gt;Beau voir.
Bestiaire&lt;/a&gt; (POL, 2008)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Je voudrais entrer dans la légende&lt;/em&gt; (contrat maint, 2008)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La totalité de la préface est reprise par Sébatien Smirou dans deux billets
de son blog &lt;a href=&quot;http://situvoiscequejeveuxdire.blogspot.com/&quot;&gt;Si tu vois
ce que je veux dire&lt;/a&gt; : &lt;a href=&quot;http://situvoiscequejeveuxdire.blogspot.com/2009/04/ce-livre-nest-pas-un-cadeau.html&quot;&gt;
« Ce livre n’est pas un cadeau » (part 1)&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://situvoiscequejeveuxdire.blogspot.com/2009/04/ce-livre-nest-pas-un-cadeau-part-2.html&quot;&gt;
(part 2)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>all numerical life, perfectphone et proxifun</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/01/all-numerical-life-perfectphone-et-proxifun</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:40b160889ebb947df4df71d3e1624ab5</guid>
    <pubDate>Sat, 02 May 2009 01:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/.hervier_zen_city_m.jpg&quot; alt=&quot;hervier_zen_city.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parallèlement, son activité de blogueur l'amène à découvrir l'existence de
l'ANL, cette forme extrême de vidéo-blog, conséquence logique de la
miniaturisation croissante des modes d'enregistrement numérique et de
l'intégration psychique des programmes de télé-réalité. L'ANL, pour All
Numerical Life, regroupe des blogueurs qui ont choisi d'enregistrer et de
diffuser tout ou partie de leur vie. Certains ne capturent que le son (ce sera
le cas pour Dominique Dubois), d'autres le son et l'image. Certains feront une
sélection a posteriori, d'autres laisseront s'écouler le flux de leur vie en
temps réel. (p. 22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bon, le PerfectPhone est un véritable objet d'art : design épuré à
l'extrême, ultrafin, robe en cuir noir et titane brossé, clavier remplacé par
un écran tactile 3,2 pouces en verre minéral traité antitraces, touche
principale plaquée or blanc. Là je parle du mien car il y a trois modèles
différents, disponibles en quatre finitions et vingt-quatre coloris.&lt;br /&gt;
Le PerfectPhone est un smartphone multimédia qui fait aussi GPS et caméra vidéo
+ appareil photo 12 megapixels équipé d'un triple zoom optique. Il est doté
d'un disque dur interne de 16 Go, d'un lecteur de cartes mémoire, et fourni
avec un chargeur, un kit oreillette à commande vocale, un câble usB, une
station d'accueil et un étui en cuir. Mais sa vraie originalité réside dans son
lecteur/graveur RFID, ce qui fait qu'il sert notamment de clé pour les
appartements et de moyen de payement sans contact à Zen City.&lt;br /&gt;
Protection contre la perte : le PerfectPhone lance une alarme s'il est
éloigné d'une certaine distance (à paramétrer) de la puce de son
propriétaire.&lt;br /&gt;
Protection contre le vol : reconnaissance de l'empreinte digitale du
propriétaire à chaque allumage ou avant chaque transaction (du coup pas de
codes à retenir), couplée à la RFID. Le PerfectPhone ne fonctionne qu'à moins
de deux mètres de la main de son propriétaire, qui porte la puce (au fait, je
me la fais implanter dans deux jours).&lt;br /&gt;
On peut modifier à volonté les informations personnelles contenues dans le
PerfectPhone (à l'exception des données confidentielles comme l'état civil, les
coordonnées bancaires, les codes d'accès à son domicile ou son groupe sanguin,
ça va de soi) et décider de les transmettre ou pas.&lt;br /&gt;
Là, vous vous dites probablement : « Bon OK, mais à quoi ça sert au
juste ? » Excellente question.&lt;br /&gt;
Premièrement, on rentre dans son téléphone les renseignements que l'on souhaite
partager. Par exemple : Dominique Dubois, 30 ans, célibataire, centres
d'intérêt : guitare, jeu d'échecs, lecture, cinéma, rock. Ensuite, on
choisit son statut de connexion : connecté / déconnecté / contactez-moi /
par écrit uniquement / par oral uniquement / ne pas contacter/ invisible. On
peut donc émettre ou non ces données que d'autres liront ou non sur leur propre
PerfectPhone&lt;br /&gt;
(dans un rayon de dix mètres pour cette première génération), ce qui en fait le
premier appareil au monde permettant de créer un réseau de socialisation live.
On partage donc des informations comme dans un site de réseau social, mais
seulement avec les gens qui se trouvent à proximité. C'est le réseau
Proxifun.&lt;br /&gt;
Si vous lisez les données de quelqu'un qui est déjà parti mais qui vous
intéresse, vous pouvez essayer de le localiser à nouveau si son émetteur GPS
est activé. Il y a également moyen de créer des communautés dont seuls les
membres pourront accéder à vos informations personnelles. Par exemple, en
n'acceptant de n'être contacté que par des femmes célibataires de moins de
vingt-cinq ans, des amateurs de tuning ou des amis de vos amis. On peut aussi
mettre un lien vers son blog ou ses pages perso. Ces données sont alors
accessibles immédiatement car toute la ville est couverte en wifi.&lt;br /&gt;
J'ignore combien de gens à Zen City utilisent Proxifun et dans quel but. C'est
d'ailleurs un mystère qu'il me tarde d'éclaircir. (p. 61-62)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grégoire Hervier, &lt;a href=&quot;http://www.audiable.com/livre/?GCOI=84626100900820&quot;&gt;Zen City&lt;/a&gt; (Au Diable
Vauvert, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un thriller d'anticipation (légère, l'anticipation) amusant et
efficace : bienvenue à Zen City, où tous les habitants sont équipés d'une
&lt;a href=&quot;http://zencity.fr/rfid.php&quot;&gt;puce RFID&lt;/a&gt;, très pratique pour &lt;a href=&quot;http://zencity.fr/zenshopping.php&quot;&gt;faire leur courses&lt;/a&gt;, et assurer leur
sécurité …!&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://zencity.fr/gregoire-hervier.php&quot;&gt;Grégoire Hervier&lt;/a&gt; est né
en 1977 à Villeneuve Saint-Georges. &lt;em&gt;Zen city&lt;/em&gt; est son deuxième roman
après &lt;a href=&quot;http://www.audiable.com/livre/?GCOI=84626100217590&quot;&gt;Scream
test&lt;/a&gt; (Au Diable Vauvert, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: en ligne, plein d’infos, de bonus et de liens sur &lt;a href=&quot;http://zencity.fr/&quot;&gt;le site graphiquement très réussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et des critiques :&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.actualitte.com/dossiers/388-Zen-City-Gregoire-Hervier-utopie.htm&quot;&gt;ActuaLitté&lt;/a&gt;,
qui propose &lt;a href=&quot;http://www.actualitte.com/actualite/7435-premier-chapitre-Zen-City-telecharger.htm&quot;&gt;
les premières pages&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.librairiesoleilvert.com/article-28040718.html&quot;&gt;Soleil
Vert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.cafardcosmique.com/Zen-City-de-Gregoire-HERVIER&quot;&gt;le
Cafard cosmique&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.cuneipage.com/archive/2009/01/21/zen-city-gregoire-hervier.html&quot;&gt;Cunéipage&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;

::: &lt;a href=&quot;http://lily-et-ses-livres.blogspot.com/2009/01/zen-city-grgoire-hervier.html&quot;&gt;Lily
et ses livres&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://bibliobs.nouvelobs.com/20090311/11021/zen-city-de-gregoire-hervier&quot;&gt;BibliObs&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>qu’est-ce que je fais là ?</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/05/01/quest-ce-que-je-fais-la</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:8fa0324e0f31640cd0845e841c4a4b4f</guid>
    <pubDate>Fri, 01 May 2009 01:17:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_mai09/clemencon_traques.jpg&quot; alt=&quot;clemencon_traques.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, sans qu’il me soit possible de relier ce nouvel état à
quelque événement que ce soit, j’entends par là un événement probant dont
l’évidence remettrait chaque chose à sa place et chasserait en un rien de temps
mes vertiges, mes sueurs froides, ma présence ici m’apparaît soudain d’une
totale incongruité et tient en quelques mots : qu’est-ce que je fais
là ? Qu’est-ce que je fais dans cette tour semblable à toutes celles que
j’aperçois de mon bureau et que j’ai vues sortir de terre ces deux dernières
années, pousser comme des champignons, un immeuble tout de verre fumé dont la
plupart des occupants réguliers me sont inconnus, situation qui, en dépit de sa
banalité ou plutôt en raison de sa banalité même, n’en relève pas moins pour
moi, à certaines heures de la journée, de la plus parfaite absurdité quand je
ne vois pas dans ce fourre-tout studieux et anonyme la manifestation supérieure
de quelque cruauté, de quelque intention malfaisante ? Mais il peut tout
aussi bien se faire, à d’autres moments de la journée, que mon statut de rouage
minuscule, de composant insignifiant égaré dans l’organigramme complexe de
l’entreprise me procure un soulagement égal en intensité à celui que je ressens
lorsque je me retrouve seul à l’étage et que je contemple, rasséréné, les
fauteuils et les couloirs vides : l’anonymat comme la solitude constituent
quelquefois autant de trésors qu’il n’est pas inutile de préserver quand
l’hostilité gagne tout autour de moi, me dis-je alors, profitons-en.&lt;br /&gt;
Encore ces rêveries sans consistance - comment nommer autrement les idées
confuses qui me viennent à l'esprit ? - ne s'aventurent-elles guère
au-delà de la raison de ma présence en cet endroit ou de tout autre lieu dans
lequel je serais amené à exercer ce qu'on appelle un emploi, une activité
professionnelle, comme si j'encourais un risque d'une tout autre ampleur à
entrer dans le détail des finalités de mon travail, préoccupations qui, en
surgissant hors des habitudes qu'on désire nous instiller (fidélité,
engagement, responsabilité) et dans lesquelles je me suis glissé jusque-là sans
trop y penser puisque je reconnais être d'une nature plutôt docile et
accommodante, susciteraient, je le pense, des interrogations susceptibles
d'ébranler la dynamique de labeur joyeux à laquelle, ni plus ni moins que les
autres, j'ai pris part sans discuter, n'étaient les égarements de ces derniers
mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frédérique Clémençon, &lt;a href=&quot;http://www.bibliosurf.com/Traques,11244&quot;&gt;Traques&lt;/a&gt; (L’Olivier, 2009, p.
62-63)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Frédérique Clémençon entremêle de manière envoûtante les monologues de
quatre perdants, exclus chacun à leur façon par la société actuelle et son
langage fonctionnel (gulièrement cité en contrepoint), mais pas pour autant
résignés à se laisser enfermer dans leur définition sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=livAut&amp;amp;auteur_id=1398&quot;&gt;Frédérique
Clémençon&lt;/a&gt; est née en 1967, et a publié :&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=1574&quot;&gt;Une
saleté&lt;/a&gt; (Minuit, 1998)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=1575&quot;&gt;Colonie&lt;/a&gt;
(Minuit, 2003)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/livres/traques,37664.php&quot;&gt;Christine
Ferniot&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Télérama&lt;/em&gt;, 10 janvier 2009)&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.berlol.net/jlr2/tag/clemencon-frederique/&quot;&gt;d’autres
citations dans le JLR 2.0&lt;/a&gt; de Berlol&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>votre sécurité est enfin assurée</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/30/votre-securite-est-enfin-assuree</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:662dd404cb89051ee5e3c7623e6ce499</guid>
    <pubDate>Thu, 30 Apr 2009 02:02:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/.ribes_question_m.jpg&quot; alt=&quot;ribes_question.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je comprends, vous ne vous attendiez pas à tant de terreur. Je comprends.
Souvent, la réalité, il faut y apporter quelque peu de la créance, y croire.
Cela vous est difficile ? Je vois... De toute façon, nous ne vous
demandons pas d'y croire - enfin, si, bien sûr - mais d'acquiescer, parce que
vous verrez, nous agissons dans votre intérêt. Pour la santé. Pour la sûreté.
De vos précieux bambins. Cela va sans dire, lesdits enfants devront passer
aussi par un petit stage dans nos établissements. Comment ça ? Comment ça
pas mes enfants. Madame, je ne vais tout de même pas vous apprendre qu'en
chacun de ces marmots se trouve la purulence à circonscrire. Je ne vais tout de
même pas vous apprendre qu'en chacun de nous, le mal absolu se terre, et attend
son heure, simple moment de déclenchement, détonateur larvé. Mais non, voyons,
je ne vous prends pas pour une idiote. Oui, je sais, ces clichés, vous les
connaissez par cœur. Dans ce cas, pourquoi ne pas coopérer ? Oui, j'en
suis bien conscient, l'éducation que vous donnez à votre rejeton est des plus
parfaites, oui... oui... j'ai bien compris, socialisé dès le plus jeune âge,
très bien, a appris à ne pas se moquer de ses camarades handicapés, ou bègues,
ou gros, oui, cela est en effet très bien, je suis prêt à vous féliciter, vous
apporter toute chose scintillante, ce n'est pas la question. Non, je regrette
ce n'est pas la question. Ou alors, vous nous avez mal entendus. Je crois user
pourtant d'une langue parfaitement in-tel-li-gible, n'est-ce pas ? Bien.
Merci. Dans ce cas, vous comprenez notre propos. Nous sommes là pour prévenir.
Pré-ve-nir. Nous « venons avant », compris ? Le simple constat ne
nous suffit plus. Croyez-vous que savoir que nous sommes tous potentiellement
mauvais nous satisfasse ? Bien sûr que non. Cela va sans dire. Le mal
absolu, c'est quand même pas rien. Bien, vous êtes d'accord ? Nous sommes
là pour pré-ve-nir. Imaginez vous avoir engendré le prochain Hitler, accouché
l'actuel Caligula, pondu le nouveau Néron. Vous en convenez, cela ne ferait pas
très beau dans l'arbre généalogique. Imaginez ! Mais rendez vous compte..
madame, ma bonne dame... (p. 27-28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n’est pas de savoir s’ils produiront bien, mais comment la
fragilité de leur corps ne leur permettra pas autre chose que le travail&lt;br /&gt;
Le travail ne sera pas compétitif, il sera machinal tout à fait (p. 44)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Votre sécurité est enfin assurée&lt;br /&gt;
sereins vous enfouissez vos regards&lt;br /&gt;
au creux d'un oreiller de cécité&lt;br /&gt;
dans les miroirs vous regardez&lt;br /&gt;
déconfits, remplies votre rides&lt;br /&gt;
les stigmates du renoncement&lt;br /&gt;
votre sécurité est enfin assurée&lt;br /&gt;
ensemble nous empruntons le chemin&lt;br /&gt;
de la félicité promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors impassible il se tint aux rebords du
territoire.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La frontière du lieu départageant néant et tout. Sous ses pieds se
désagrégeaient pierres et silex, fracas léger en regard de celui, émergeant, de
la foule. Approchant, plus en plus. Derrière lui, l'autre côté du monde, son
revers, à jamais ; devant, l'autre, celui de l'habitude, du pour toujours
accepté. Il entend au loin venir l'affluence, se figure la multitude, enflée,
s'imagine la cohue contre la digue, fracassée. Son cerveau, interféré d'images,
il sait qu'ils veulent sa peau. Ils ne supportent pas sa voix, la discordance
de sa voix au sein de l'harmonie mondiale, son chant à côté du monde, du moins
du leur. Ils diront parodie, ils diront mensonge, ils diront littérature. Tout
ceci n'est que littérature - fantasmes. C'est-à-dire invention. Nous, nous
sommes dans le monde. Nous, nous ne nous trompons pas, jamais. Il le sait, ils
ne supportent pas l'image, renvoyée dans la parodie. Et pourtant il a vu, ses
yeux se sont faits d'argent les miroirs du réel enfin retrouvé. Vraiment. La
rumeur enfle ; il peut au loin voir des visages, s'approchant. Depuis la
dernière ligne, l'horizon s'affirme grouillant, prolifère de corps en
mouvement. (p. 66-68)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clément Ribes, &lt;a href=&quot;http://www.imho.fr/La-Question&quot;&gt;La question&lt;/a&gt;
(IMHO, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce récit spéculatif et poétique qui pose les bonnes questions sur les
obsessions sécuritaires d'aujourd'hui est le premier livre de Clément Ribes, né
en 1989.&lt;br /&gt;
Il publie aussi un texte intitulé « Le travail » dans le &lt;a href=&quot;http://www.editions-ere.net/projet160&quot;&gt;numéro 3 de la revue TINA&lt;/a&gt; (è®e ,
avril 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: on peut aussi lire &lt;a href=&quot;http://www.chloedelaume.net/remarques/rem551.php&quot;&gt;les premières pages du livre
sur le site de Chloé Delaume&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>car l'avenir est notre métier</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/29/qui-controlera-le-futur</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:c518bdc572cdf2b7104e9924a17c4067</guid>
    <pubDate>Wed, 29 Apr 2009 01:51:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/black-out4.jpg&quot; alt=&quot;black-out4.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;« Qui contrôlera le futur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, le peuple de la science-fiction, auteurs, traducteurs, illustrateurs,
critiques et chroniqueurs, essayistes, libraires, blogueurs, éditeurs et
directeurs de collection, tenons à exprimer par ce texte notre opposition à la
loi Création et Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un truisme de dire que la science-fiction se préoccupe de l'avenir et
que nombre de ses acteurs ont dénoncé les dérives possibles, voire probables,
des sociétés industrielles et technologiques ; le nom de George Orwell
vient spontanément aux lèvres, mais aussi ceux de John Brunner, Norman Spinrad,
Michel Jeury, J.-G. Ballard, Frederik Pohl &amp;amp; Cyril M. Kornbluth, et bien
d'autres encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science-fiction sait déceler les germes de ces dérives dans le présent,
car c'est bien du présent que rayonnent les avenirs possibles, et c'est au
présent que se décide chaque jour le monde de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La méfiance face aux nouveaux développements technologiques et aux
changements sociaux qui en résultent, la peur de l'avenir et le désir de
contrôle d'une société obnubilée par un discours sécuritaire… tout cela a déjà
été abordé par la science-fiction, et s'il est une chose dont elle a permis de
prendre conscience, c'est que les technosciences et leurs développements sont
la principale cause de changement dans nos sociétés modernes. De ces
changements en cours ou en germe, nul ne peut prévoir les retombées mais on
sait aussi qu'élever des barrières ou des murs n'amène qu'à les voir tomber un
jour, de manière plus ou moins brutale. Aussi, plutôt qu'interdire, la sagesse,
mais aussi le réalisme, devrait inciter à laisser libre cours à la liberté
d'innover et de créer. Le futur qu'il nous faut inventer chaque jour ne doit
pas être basé sur la peur, mais sur le partage et le respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi Création et Internet, rejetée le 9 avril dernier à l'Assemblée
nationale, doit être de nouveau soumise à la fin du mois à la représentation
nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loi, dont on nous affirme qu'elle défendra les droits des artistes et
le droit d'auteur en général, nous apparaît surtout comme un cheval de Troie
employé pour tenter d'établir un contrôle d'Internet, constituant par là même
une menace pour la liberté d'expression dans notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les artistes, les créateurs, tous ces acteurs de la culture sans qui ce mot
serait vide de sens, se retrouvent instrumentalisés au profit d'une loi qui,
rappelons-le, contient des mesures telles que le filtrage du Net,
l'installation de mouchards sur les ordinateurs des particuliers, la suspension
de l'abonnement à Internet sans intervention d'un juge et sur la base de
relevés d'IP (dont le manque de fiabilité a depuis longtemps été démontré)
effectués par des sociétés privées et l'extension de mesures prévues à
l'origine pour les services de police luttant contre le terrorisme à l'échange
non autorisé de fichiers entre particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profondément attachés au droit d'auteur, qui représente l'unique ou la
principale source de revenus pour nombre des travailleurs intellectuels
précaires que nous comptons dans nos rangs, nous nous élevons contre ceux qui
le brandissent à tout bout de champ pour justifier des mesures de toute façon
techniquement inapplicables, certainement dangereuses, dont le potentiel
d'atteinte aux libertés n'est que trop évident aux yeux de ceux qui, comme
nous, pratiquent quotidiennement dans le cadre de leur travail l'expérience de
pensée scientifique, politique et sociale qui est au cœur de la
science-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Également conscients de l'intérêt et de la valeur des communautés créatives,
nous nous élevons aussi contre les dangers que cette loi fait peser sur le
monde de la culture diffusée et partagée sous licence libre, qui constitue une
richesse accessible à tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Internet n'est pas le chaos, mais une œuvre collective, où aucun acteur ne
peut exiger une position privilégiée, et c'est une aberration de légiférer sur
des pratiques nées de la technologie du XXIe siècle en se basant sur des
schémas issus du XIXe siècle, songez-y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'avenir est notre métier. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Puisque le projet de loi &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Hadopi&quot;&gt;Hadopi&lt;/a&gt; ou « Création et Internet
», rejeté le 9 avril dernier par l'Assemblée nationale, doit être de nouveau
soumis aujourd'hui à l'Assemblée nationale, je cite ici intégralement, pour
ceux qui ne l'auraient pas encore lu, cet &lt;a href=&quot;http://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2009/04/25/qui-controlera-le-futur.html&quot;&gt;
appel des auteurs, éditeurs, illustrateurs et autres acteurs du monde de la
SF&lt;/a&gt;, publié le 25 avril dernier sur l'excellent blog &lt;a href=&quot;http://generationscience-fiction.hautetfort.com&quot;&gt;Génération
Science-Fiction&lt;/a&gt;, et auquel je souscrit entièrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;post-scriptum : lire aussi un &lt;a href=&quot;http://www.ecrans.fr/Hadopi-constitue-un-obstacle,7051.html&quot;&gt;entretien de
Roland C. Wagner avec Erwan Cario&lt;/a&gt; pour &lt;em&gt;Libération&lt;/em&gt; (29 avril
2009)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>au milieu des lignes de fuite et de leurs promesses d'horizon</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/28/au-milieu-des-lignes-de-fuite-et-de-leurs-promesses-d-horizon</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:5b772602210a12251e168bcd498f5ff6</guid>
    <pubDate>Tue, 28 Apr 2009 02:04:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/veinstein_lignes.gif&quot; alt=&quot;veinstein_lignes.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Lignes de fuite&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bonheur de danser&lt;br /&gt;
dans un espace zébré d'éclairs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À chaque attaque du pied&lt;br /&gt;
je suis pris dans un déluge de feu.&lt;br /&gt;
Je dois m'assurer de la fermeté du sol&lt;br /&gt;
pour me prouver que je ne rêve pas.&lt;br /&gt;
Fouler une piste, c'est aussi faire apparaître&lt;br /&gt;
la réalité du sol, tester sa solidité&lt;br /&gt;
pour en retirer l'impression que la terre ferme existe,&lt;br /&gt;
et même qu'elle tourne rond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Danser,&lt;br /&gt;
c'est prendre pied dans le monde&lt;br /&gt;
allégé de tout le poids de sa vie,&lt;br /&gt;
de tout ce qui est enfoui dans la mémoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appelle danser l'emportement qui est le mien&lt;br /&gt;
au milieu des lignes de fuite&lt;br /&gt;
et de leurs promesses d'horizon.&lt;br /&gt;
Pas d'autre raison de vie, je n'en démords pas,&lt;br /&gt;
que de se laisser emporter par une danse,&lt;br /&gt;
d'en exécuter les pas&lt;br /&gt;
au rythme d'enfer d'une musique&lt;br /&gt;
qui vous martèle l'assurance&lt;br /&gt;
que la mort ne vous a pas pris pour cible.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alain Veinstein, &lt;a href=&quot;http://www.bibliosurf.com/Developpement-des-lignes&quot;&gt;Le développement des
lignes&lt;/a&gt; (Seuil, Fiction &amp;amp; Cie, 2009, p. 87)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>regarder dans les hublots</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/27/regarder-dans-les-hublots</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:aee88f200ebbebc03f20ae46d1016afc</guid>
    <pubDate>Mon, 27 Apr 2009 03:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>art</category>
            
    <description>    &lt;div class=&quot;external-media&quot; style=&quot;margin: 1em auto; text-align: center;&quot;&gt;
&lt;object type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; data=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x5whqp_villa-arpel_shortfilms&amp;amp;related=1&quot; width=&quot;400&quot; height=&quot;316&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x5whqp_villa-arpel_shortfilms&amp;amp;related=1&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;wmode&quot; value=&quot;transparent&quot; /&gt;
&lt;param name=&quot;FlashVars&quot; value=&quot;playerMode=embedded&quot; /&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vous avez jusqu’au 3 mai seulement pour aller regarder dans les hublots,
&lt;a href=&quot;http://www.104.fr/&quot;&gt;au 104&lt;/a&gt;, la &lt;a href=&quot;http://www.104.fr/#fr/Artistes/A129-Villa_Arpel&quot;&gt;réplique grandeur nature de
la Villa Arpel&lt;/a&gt;, le décor de &lt;em&gt;Mon oncle&lt;/em&gt; (1958) de Jacques Tati.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/.104_s.jpg&quot; alt=&quot;104.jpg&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/.arpel1_s.jpg&quot; alt=&quot;arpel1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: un &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x91i1z_monsieur-hulot-sinstalle-au-centqua_shortfilms&quot;&gt;
entretien avec Macha Makeïeff&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x8xtfm_cultissime-la-villa-arpel-sur-le-si_news&quot;&gt;
un deuxième&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: un &lt;a href=&quot;http://fenetresopenspace.blogspot.com/2009/04/la-villa-arpel-en-entier.html&quot;&gt;photo
reportage d’Anne Savelli&lt;/a&gt;, qui est en résidence au 104&lt;br /&gt;
::: et quelques extraits de &lt;em&gt;Mon oncle&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=gkvtE1AS6Qo&quot;&gt;là&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=xV2qM1SeBos&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=nmTnJFLZJtA&quot;&gt;là&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=LE9t98Gox60&quot;&gt;encore là&lt;/a&gt; :
personnellement, je ne m’en lasse pas ... et j'ai l'impression que je ne suis
pas la seule, car aussi bien au 104 qu'à l'exposition « &lt;a href=&quot;http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/tati/index/bienvenue.html&quot;&gt;Jacques
Tati. Deux temps, trois mouvements&lt;/a&gt; » de la Cinémathèque (avec
pipe ! ... mais que je retournerai visiter quand il y aura un peu moins de
monde) tous les badauds sont scotchés, fascinés, devant les écrans où passent
en boucle des extraits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/.arpel2_s.jpg&quot; alt=&quot;arpel2.jpg&quot; /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/.arpel4_s.jpg&quot; alt=&quot;arpel4.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 104 également, une &lt;a href=&quot;http://www.104.fr/#fr/Commerces/52-Librairie&quot;&gt;belle libraire&lt;/a&gt;, annexe du
&lt;a href=&quot;http://www.lemerlemoqueur.fr/51-rue-de-bagnolet/&quot;&gt;Merle Moqueur&lt;/a&gt;,
est ouverte depuis le 21 avril dernier ; &lt;a href=&quot;http://fenetresopenspace.blogspot.com/2009/04/apparition-du-merle.html&quot;&gt;Anne
Savelli l'a aussi photographiée&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;post-scriptum : à lire en écho, le &lt;a href=&quot;http://danslasalle.blogspot.com/2009/04/mon-oncle.html&quot;&gt;billet de Wictoria&lt;/a&gt;
sur &lt;em&gt;Mon oncle&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;post-scriptum 2 : l'exposition est prolongée jusqu'au 31 mai (en raison
sans doute de l'explosion des visites générée par mon billet) :
profitez-en !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://www.tativille.com/&quot;&gt;site Jacques Tati&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>une distance impraticable entre lui et la vie</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/25/une-distance-impraticable-entre-lui-et-la-vie</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:c8e8c9d868709d0a3f1c68dbd1131b29</guid>
    <pubDate>Sun, 26 Apr 2009 03:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/.villemain_morts_sensuivent_s.jpg&quot; alt=&quot;villemain_morts_sensuivent.gif&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La vie avait achevé de faire de Jean-Charles Langlois le pessimiste
qu'enfant il avait déjà pressenti en lui. Certains traits de notre caractère
nous sont en effet immédiatement perceptibles dès la petite enfance : les
enfants ne peuvent se le formuler ainsi, mais il est avéré que nombre d'entre
eux éprouvent nettement quelques mouvements de l'âme qu'ils se surprendront, à
l'âge adulte, à retrouver intacts. D'aussi loin qu'il se souvienne, les miroirs
d'enfance renvoyaient à Jean-Charles Langlois le sentiment d'une forme un peu
aqueuse de mélancolie doublée d'une lucidité qui le laissait souvent interdit.
Au regard des grands et de leur optimisme nécessaire, cela passait pour une
onde poétique, une curiosité prometteuse. Mais si le petit Jean-Charles avait
été en âge de mettre ses humeurs en concepts, certainement aurait-il démenti la
sentimentalité adulte : il n'ouvrait grands les yeux que par étonnement
devant ce qu'il constatait du monde. Comme chez les personnages des romans
qu'il aimait, Langlois eut très tôt l'impression d'une distance impraticable
entre lui et la vie : l'avancement dans l'âge lui permettra simplement de
la creuser et d'en décider souverainement. (p. 125-126)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon contemporain sera une femme. Comme ses initiales sont les mêmes que
celles de Marguerite Duras et qu'elle-même est écrivain, c'est par ce procédé
que je la désignerai.&lt;br /&gt;
M.D. sera à sa table de travail, achevant la relecture d'un recueil de
nouvelles qu'elle espère pouvoir adresser ces jours prochains à son éditeur, et
ce faisant être dans les temps pour la rentrée littéraire de janvier. Sans
illusion toutefois : elle n'a pas la notoriété de l'autre. Et puis ce
n'est pas une question de notoriété, mais de talent. Elle n'en est pas
dépourvue, elle le sait bien, mais enfin tout cela reste cantonné à une
littérature qui ne passera pas l'hiver, et la mort moins encore.&lt;br /&gt;
Sans qu'elle ait très bien compris pourquoi ni comment la chose avait pu se
produire, M.D. aura achevé d'écrire le recueil en un mois. La première nouvelle
est datée du 21 juillet 2004, la dernière (il y en aura dix) du 21 août. Jamais
elle n'aura écrit aussi vite. Elle se demandera d'ailleurs ce qui a bien pu la
conduire à n'inventer que des histoires où rôde l'inlassable de la mort. Bien
sûr elle aura lu les classiques, Chandler, Hammett, Simenon, mais enfin le
roman policier, pas même le polar, n'étaient à proprement parler sa
littérature. Mais la mort c'est la vie, alors à quoi bon se lancer dans la vie
si c'est pour en gommer la mort. Et si ce n'est pas la mort c'est la violence,
la même chose en pire. La preuve, elle n'a jamais eu peur de la mort, toujours
de la violence. On n'a jamais peur de ce qu'on ne connaît pas.&lt;br /&gt;
Donc, M.D. sera à sa table de travail. Elle relira mot à mot ces histoires qui
lui tombèrent sous les doigts, s'étonnant elle-même de leur rythme, de leur
sonorité, de leurs caprices, quand ce n'est pas des personnages eux-mêmes.
C'est qu'ils sont si réels ces personnages, si proches. Elle se demandera si le
lecteur aura conscience de la réalité fantomatique de ces personnages dans son
cerveau. Car M.D. n'aura jamais eu besoin des critiques pour évaluer les
limites de son art. Elle se dira que tout ça n'est pas si mauvais au fond, que
cela vaut bien quelques-uns de ces succès qu'ils exhibent dans les devantures,
mais enfin elle sait parfaitement que tout se destinera toujours au vent, aux
landes au vent et à la nuit. (p. 147-148)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Villemain, &lt;em&gt;Et que morts s’ensuivent&lt;/em&gt; (Seuil, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De la mélancolie à l'humour noir, du cannibalisme à la critique littéraire,
ces onze nouvelles diaboliquement efficaces, suivies par une amusante
« exposition des corps », explorent « l'inlassable de la mort »
et de la violence à travers une brassée de personnages que l'on devine souvent,
en effet, très proches de l'auteur ... et peut-être le personnage récurrent de
Géraldine Bouvier est-il comme une figure de lectrice (?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Villemain est né le 1er octobre 1968.&lt;br /&gt;
Il a publié auparavant :&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Monsieur Lévy&lt;/em&gt; (Plon, 2003)&lt;br /&gt;
- &lt;em&gt;Et je dirai au monde toute la haine qu’il m’inspire&lt;/em&gt; (Maren Sell,
2006)&lt;br /&gt;
et il est aussi blogueur :&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://villemain.canalblog.com/&quot;&gt;Cyclothymies, fluctuations,
paradoxes et autres angoisses...&lt;/a&gt;, son blog&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://lesseptmains.canalblog.com&quot;&gt;Les sept mains&lt;/a&gt;, blog
collectif&lt;br /&gt;
::: son &lt;a href=&quot;http://marc-villemain.net/&quot;&gt;site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>il y a un vertige taxonomique</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/25/il-y-a-un-vertige-taxonomique</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:68aabef9f4b0a3569554dd84be19dac2</guid>
    <pubDate>Sat, 25 Apr 2009 02:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/.perec_penser_classer_s.jpg&quot; alt=&quot;perec_penser_classer.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;N) Questions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser/classer&lt;br /&gt;
Que signifie la barre de fraction ?&lt;br /&gt;
Que me demande-t-on, au juste ? Si je pense avant de classer ? Si je
classe avant de penser ? Comment je classe ce que je pense ? Comment
je pense quand je veux classer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S) Exercices de vocabulaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pourrait-on classer les verbes qui suivent : cataloguer,
classer, classifier, découper, énumérer, grouper, hiérarchiser, lister,
numéroter, ordonnancer, ordonner, ranger, regrouper, répartir ?&lt;br /&gt;
Ils sont ici rangés dans l'ordre alphabétique.&lt;br /&gt;
Ces verbes ne peuvent pas tous être synonymes ; pourquoi aurait-on besoin
de quatorze mots pour décrire une même action ? Donc ils sont différents.
Mais comment les différencier tous ? Certains s'opposent d'eux-mêmes, tout
en faisant référence à une préoccupation identique, par exemple, découper, qui
évoque l'idée d'un ensemble à répartir en éléments distincts, et regrouper, qui
évoque l'idée d'éléments distincts à rassembler dans un ensemble.&lt;br /&gt;
D'autres en suggèrent de nouveaux (par exemple : subdiviser, distribuer,
discriminer, caractériser, marquer, définir, distinguer, opposer, etc. ), nous
renvoyant à ce balbutiement initial où s'énonce péniblement ce que nous pouvons
nommer le lisible (ce que notre activité mentale peut lire, appréhender,
comprendre). (p. 154-155)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C) Les classifications&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un vertige taxonomique. Je l'éprouve chaque fois que mes yeux tombent
sur un indice de la Classification Décimale Universelle (C.D.U.). Par quelles
successions de miracles en est-on venu, pratiquement dans le monde entier, à
convenir que :&lt;br /&gt;
668.184.2.099&lt;br /&gt;
désignerait la finition du savon de toilette et&lt;br /&gt;
629.1.018-465&lt;br /&gt;
les avertisseurs pour véhicules sanitaires, cependant que :&lt;br /&gt;
621.3.027.23&lt;br /&gt;
621.436:382&lt;br /&gt;
616.24-002.5-084&lt;br /&gt;
796.54&lt;br /&gt;
913.15&lt;br /&gt;
désignaient respectivement : les tensions ne dépassant pas 50 volts, le
commerce extérieur des moteurs Diesel, la prophylaxie de la tuberculose, le
camping et la géographie ancienne de la Chine et du Japon !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O) Les hiérarchies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a les sous-vêtements, les vêtements et les survêtements, cela sans idée
de hiérarchie. Mais s'il y a des chefs et des sous-chefs, des sous-fifres et
des sous-ordres, il n'y a pratiquement jamais de sur-chefs ou superchefs ;
le seul exemple que j'ai repéré est « surintendant », qui est une
appellation ancienne ; d'une manière plus significative encore, il y a
dans le corps préfectoral des sous-préfets, au-dessus des sous-préfets des
préfets, et au-dessus des préfets, non pas des sur-préfets ou des super-préfets
mais, qualifiés d'un acronyme barbare apparemment choisi pour signaler qu'il
s'agit de grosses légumes, des « IGAMES ».&lt;br /&gt;
Parfois même le sous-fifre persiste même après que le fifre a changé de
nom ; dans le corps des bibliothécaires, il n'y a précisément plus de
bibliothécaires ; on les appelle conservateurs et on les classe en classes
ou en chef (conservateur de deuxième classe, de première classe, de classe
exceptionnelle, conservateur en chef) ; par contre, dans les bas étages,
on continue d'employer des sous-bibliothécaires. (p. 162-163)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Perec, &lt;em&gt;Penser/Classer&lt;/em&gt; (1982) (Hachette, Textes du XXe
siècle, 1985)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Encore un peu de Perec, pour le plaisir et car les bibliothécaires qui me
lisent apprécieront sûrement (... et les autres aussi) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisque &lt;a href=&quot;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1747&quot;&gt;tiers livre m'a fait
rougir ce matin&lt;/a&gt;, je recommande à mon tour quelques jardins paysagers en
forme d'univers Netvibes : &lt;a href=&quot;http://www.netvibes.com/lignesdefuite#univers&quot;&gt;130 blogs littérature &amp;amp;
Internet&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.liminaire.fr/&quot;&gt;Liminaire&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.netvibes.com/litor&quot;&gt;Les Flux Litor&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.netvibes.com/bibliobsession#Biblioblogosphere&quot;&gt;La Bibliosphère du
Bibliobsédé&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.netvibes.com/blongre#Blandine_et_quelques_autres&quot;&gt;les liens de
Blandine Longre&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&quot;http://www.netvibes.com/lignesdefuite#univers&quot;&gt;quelques autres listés là&lt;/a&gt;
(liste à compléter, bien entendu).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>cet ordre est déjà caduc</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/24/cet-ordre-est-deja-caduc</link>
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    <pubDate>Fri, 24 Apr 2009 03:31:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>blogs et internet</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/twitter-logo.png&quot; alt=&quot;twitter-logo.png&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mon problème, avec les classements, c'est qu'ils ne durent pas ; à
peine ai-je fini de mettre de l'ordre que cet ordre est déjà caduc.&lt;br /&gt;
Comme tout le monde, je suppose, je suis pris parfois de frénésie de
rangement ; l'abondance des choses à ranger, la quasi-impossibilité de les
distribuer selon des critères vraiment satisfaisants font que je n'en viens
jamais à bout, que je m'arrête à des rangements provisoires et flous, à peine
plus efficaces que l'anarchie initiale.&lt;br /&gt;
Le résultat de tout cela aboutit à des catégories vraiment étranges ; par
exemple, une chemise pleine de papiers divers et sur laquelle est écrit
« A CLASSER » ; ou bien un tiroir étiqueté « URGENT 1 » et
ne contenant rien (dans le tiroir « URGENT 2 » il y a quelques
vieilles photographies, dans le tiroir « URGENT 3 » des cahiers
neufs).&lt;br /&gt;
Bref, je me débrouille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Perec, &lt;em&gt;Penser/Classer&lt;/em&gt; (1982) (Hachette, Textes du XXe
siècle, 1985, p. 163-164)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette citation tutélaire pour évoquer ma perplexité quant au classement le
plus approprié pour les flux rss, maintenant nombreux, que j'ai accumulés dans
&lt;a href=&quot;http://www.netvibes.com/lignesdefuite#1&quot;&gt;mon « univers »
netvibes&lt;/a&gt; : le retour (partiel) au rassurant mais frustrant ordre
alphabétique ne me satisfait que modérément, et je continue d'utiliser en
parallèle le &lt;a href=&quot;http://lignesdefuite-liens.blogspot.com/&quot;&gt;blogroll
dynamique&lt;/a&gt; créé à partir d'un autre agrégateur google reader.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, non contente de passer énormément de temps sur &lt;a href=&quot;http://www.facebook.com/people/Christine-Genin/786010605&quot;&gt;facebook&lt;/a&gt;, je me
suis décidée (après quelques simagrées, comme quand je dois me décider à aller
me baigner et que les vagues ne sont pas au moins à 28 degrés) à m'inscrire
également sur &lt;a href=&quot;http://twitter.com/cgenin&quot;&gt;twitter&lt;/a&gt; : et me
voici gazouillant de concert et découvrant de jolis mots québécois comme
« tabarouette » ... et surtout plein de nouveaux sites et blogs à
ajouter dans mes agrégateurs ! misère !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>j'intègre, par le langage</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/23/j-integre-par-le-langage</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:bdb5464e6104f287bf90e971a87b00fb</guid>
    <pubDate>Thu, 23 Apr 2009 03:31:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>citations</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/.barthes_journal_de_deuil_s.jpg&quot; alt=&quot;barthes_journal_de_deuil.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;29 octobre 1977&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;En prenant ces notes, je me confie à la &lt;em&gt;banalité&lt;/em&gt; qui est en moi.
(p. 27)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 octobre 1977&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les désirs que j'ai eus avant sa mort (pendant sa maladie) ne peuvent plus
maintenant s'accomplir, car cela signifierait que c'est sa mort qui me permet
de les accomplir - que sa mort pourrait être en un sens libératrice à l'égard
de mes désirs. Mais sa mort m'a changé, je ne désire plus ce que je désirais.
Il faut attendre - à supposer que cela se produise - qu'un désir nouveau se
forme, un désir d'après sa mort. (p. 28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 octobre&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas en parler par peur de faire de la littérature - ou sans être
sûr que c'en ne sera pas - bien qu'en fait la littérature s'origine dans ces
vérités. (p. 33)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 novembre&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Gêné et presque culpabilisé parce que parfois je crois que mon deuil se
réduit à une émotivité.&lt;br /&gt;
Mais toute ma vie n’ai-je été que cela : ému ? (p. 53)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 novembre&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je sais maintenant d'où peut venir la Dépression relisant mon journal de cet
été, j'en suis à la fois « charmé » (pris) et déçu : donc,
l'écriture à son maximum n'est tout de même que dérisoire. La Dépression
viendra quand, du fond du chagrin, je ne pourrai même pas me raccrocher à
l'écriture. (p. 72)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 novembre&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Vita nova&lt;/em&gt;, comme geste radical (discontinuer – nécessité de
discontinuer ce qui marchait avant sur sa lancée).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Deux voies contradictoires sont possibles :&lt;br /&gt;
1) Liberté, Dureté, Vérité&lt;br /&gt;
(retourner ce que j’étais)&lt;br /&gt;
2) Laxisme, Charité&lt;br /&gt;
(accentuer ce que j’étais) (p. 84)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 mai 1978&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La mort de mam. : peut-être est-ce la &lt;em&gt;seule chose&lt;/em&gt;, dans ma
vie, que je n'ai pas pris névrotiquement. Mon deuil n'a pas été hystérique, à
peine visible aux autres (peut-être parce que l'idée de la
« théâtraliser » m'aurait été insupportable) ; et sans doute,
plus hystérique, affichant ma dépression, renvoyant tout le monde, cessant de
vivre socialement, aurais-je été moins malheureux. Et je vois que la
non-névrose, ce n'est pas bon, ce n'est pas bien. (p. 139)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er août 1978&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;(Peut-être déjà noté)&lt;br /&gt;
Me suis toujours (douloureusement) étonné de pouvoir - finalement - vivre avec
mon chagrin, ce qui veut dire qu'il est à la lettre &lt;em&gt;supportable&lt;/em&gt;. Mais
- sans doute - c'est parce que je peux, tant bien que mal (c'est-à-dire avec le
sentiment de ne pas y arriver) le parler, le phraser. Ma culture, mon goût de
l'écriture me donne ce pouvoir apotropaïque, ou d&lt;em&gt;'intégration&lt;/em&gt; :
j&lt;em&gt;'intègre&lt;/em&gt;*, par le langage.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mon chagrin est &lt;em&gt;inexprimable&lt;/em&gt; mais tout de même &lt;em&gt;dicible&lt;/em&gt;. Le
fait même que la langue me fournit le mot « intolérable » accomplit
immédiatement une certaine tolérance&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;* faire entrer dans un ensemble - fédérer - socialiser, communiser, se
grégariser. (p. 187)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 octobre 1978&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;(Cette après-midi, embarras épuisants de tâches en retard. Ma conférence au
Collège &amp;gt; Pensée du monde qu'il risque d'y avoir &amp;gt; Émotivité &amp;gt; PEUR.
Et je découvre (?) ceci:)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;PEUR : toujours affirmée - et écrite - comme centrale chez moi. Avant
la mort de mam., cette Peur : peur de la perdre. Et maintenant que je l'ai
perdue ?&lt;br /&gt;
J'ai toujours PEUR, et peut-être plus encore, car, paradoxalement encore plus
fragile (d'où mon acharnement à la &lt;em&gt;retraite&lt;/em&gt;, c'est-à-dire à joindre un
lieu intégralement à l'abri de la Peur).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;- Peur, donc, de quoi, maintenant ? - De mourir moi-même ? Oui,
sans doute - Mais, semble-t-il, moins - je le sens - car, mourir, c'est ce qu'a
fait mam. (fantôme bienfaisant du : la rejoindre)&lt;br /&gt;
- Donc, en fait : tel le psychotique de Winnicott, &lt;em&gt;j'ai peur d'une
catastrophe qui a déjà eu lieu&lt;/em&gt;. Je la recommence sans cesse en moi-même
sous mille substituts.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;- D'où, sur l'heure, tout un emportement de pensées, de décisions.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;- Exorciser cette Peur, en allant &lt;em&gt;là où j'ai peur&lt;/em&gt; (lieux faciles à
repérer, grâce au signal d'émotivité).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;- Liquider d'arrache-pied ce qui m'empêche, me sépare d'écrire le texte sur
main. : le départ actif du Chagrin : l'accession du Chagrin à
l'Actif.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;(Texte qui devrait finir sur cette fiche, sur cette ouverture (accouchement,
défection) de la Peur.) (p. 216-217)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 décembre 1978&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sur fond de détresse, de panique (harcèlement, tâches, malveillance
littéraire), boule de chagrin qui monte :&lt;br /&gt;
1) Beaucoup, autour de moi, m'aiment, m'entourent, mais aucun n'est
&lt;em&gt;fort&lt;/em&gt; : tous (nous sommes tous) fous, névrosés - sans parler des
lointains genre RH. Seule mam. était forte, parce qu'elle était intacte de
toute névrose, de toute folie.&lt;br /&gt;
2) J'écris mon cours et en viens à écrire &lt;em&gt;Mon Roman&lt;/em&gt;. Je pense alors
avec déchirement à l'un des derniers mots de mam. : &lt;em&gt;Mon Roland !
Mon Roland !&lt;/em&gt; J'ai envie de pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;(Sans doute je serai mal, tant que je n'aurai pas écrit quelque chose &lt;em&gt;à
partir d'elle&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Photo&lt;/em&gt;, ou autre chose).) (p. 227)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Barthes, &lt;em&gt;Journal de deuil&lt;/em&gt; (Seuil ; IMEC, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;lire aussi :&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article67&quot;&gt;Arnaud
Maïsetti&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://www.fabula.org/actualites/article28561.php&quot;&gt;Fabula&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
::: &lt;a href=&quot;http://bibliobs.nouvelobs.com/20090129/10269/barthes-le-mal-de-mere&quot;&gt;BibliObs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>courant d'un être en fuite sans fin</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/21/courant-d-un-etre-en-fuite-sans-fin</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:f3534bbac2eebdb8e82fcf7bdce18d4b</guid>
    <pubDate>Tue, 21 Apr 2009 03:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/Annocque_liquide.jpg&quot; alt=&quot;Annocque_liquide.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une autre brindille encore apparaît à gauche à la surface du fleuve et
s'approche à la même vitesse apparemment constante (rapide ou lente, impossible
à décider vraiment),&lt;br /&gt;
à la même vitesse apparemment constante passe devant le banc puis disparaît à
droite, dessinée en noir sur l'éclat blanc du soleil à la surface de l'eau où
le regard peine à s'attarder.&lt;br /&gt;
Il semblerait facile de définir à l'avance la trajectoire de chacune, parallèle
forcément à celle de la précédente, de la prochaine.&lt;br /&gt;
Mais à l'issue d'une observation vraiment &lt;em&gt;attentive&lt;/em&gt; (autrement
dit : longue ; autrement dit : à l'issue d'une &lt;em&gt;attente&lt;/em&gt;,
d'une station prolongée sur ce banc - une heure ? plus ? sans montre
c'est difficile à préciser),&lt;br /&gt;
à l'issue d'une observation suffisante, digne de ce nom, il est clair qu'il
n'en est rien, qu'il n'en est rien pour certaines en tout cas de ces brindilles
qui sans raison apparente, sans qu'aucun obstacle puisse être identifié
s'arrêtent soudain en tournant lentement sur elles-mêmes - et même parfois
contre toute attente paraissent remonter contre le sens du courant sur quelques
centimètres.&lt;br /&gt;
Le phénomène (&lt;em&gt;attracteur étrange ?&lt;/em&gt;) est suffisamment troublant pour
retenir l'attention et faire regretter une éventuelle &lt;em&gt;distraction&lt;/em&gt;
passée lors d'une séance d'initiation à la mécanique des fluides. Dans quelle
classe était-ce ? avant ou après le bac ?&lt;br /&gt;
(&lt;em&gt;Ce n'est même plus de la distraction, a dit Suzanne hier soir, la main sur
la poignée, c'est...&lt;/em&gt;) (p. 9-10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore se payer de mots pour rehausser quelque peu cet état trop avéré
d'insignifiante victime.&lt;br /&gt;
La main soucieuse d'accompagner le pompeux discours intérieur s'est saisie d'un
minuscule caillou parmi la terre poussiéreuse entre les pieds, tellement tassée
qu'elle ne mérite même plus ce nom ni aucun autre non plus&lt;br /&gt;
(Elle a cherché, pourtant, la main, un plus gros caillou. En vain : ici
les cailloux sont tous minuscules et luisants d'usure.)&lt;br /&gt;
et l'ayant lancé, le minuscule caillou, dans l'eau à quelques mètres du bord,
en guise de ponctuation, elle reste en suspens à mi-hauteur pendant que les
yeux&lt;br /&gt;
maintenant s'attardent au centre approximatif des cercles fugaces que sa chute
y a causés.&lt;br /&gt;
S'arracher à sa propre et tellement naturelle banalité bien sûr ne fait plus
partie des espérances à l'approche de la cinquantaine,&lt;br /&gt;
mais tout de même la voir encore tellement évidente est bien un peu
douloureux.&lt;br /&gt;
(Des adhérences ; quelque chose comme ça en déchirures sourdes au fond des
entrailles.) (p. 47-48)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite ; le temps, comme on dit, passa.&lt;br /&gt;
C'était ça, d'ailleurs, qui était formidable avec lui : il n'était pas
nécessaire de faire quoi que ce soit pour qu'il passe. Pour ça il pouvait
vraiment prétendre à la confiance de tous. Il allait passer. C'était sûr.&lt;br /&gt;
Alors il est passé. D'abord un petit peu.&lt;br /&gt;
Ensuite il a continué, même quand plus personne ne lui demandait rien. Sûrement
même qu'il continue, aujourd'hui encore, sur ce banc au bord du fleuve.&lt;br /&gt;
Après tout c'est bien lui qui permet aux yeux de voir l'eau couler.&lt;br /&gt;
Mais c'est moins grave, ou plutôt c'est moins important, ou plutôt c'est sans
conséquence, à présent. (p. 61-62)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareillement le fleuve au lit séculaire coule en des flots toujours
renouvelés ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;alors que cette station prolongée du corps assis sur le banc face à l'eau au
parcours massif et continu&lt;br /&gt;
est à l'origine d'une illusion qui voudrait bien faire appeler « endroit
du fleuve » (comme on dit « partie du corps ») cette section, seule
accessible à la vue, du courant d'un être en fuite sans fin (l'être et la
fuite),&lt;br /&gt;
absent déjà au loin en dépit de son apparente présence, présent toujours en
partie malgré son perpétuel effort d'absence,&lt;br /&gt;
- présence // absence ; ces deux idées s'aiguisant, s'échauffant au
contact l'une de l'autre dans leurs mouvements contraires -&lt;br /&gt;
et dont la course perpétuelle depuis la nuit des temps ne parvient seulement
qu'à marquer par contraste l'immobilité - elle aussi illusoire - du banc.) (p.
69 et 71)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Annocque, &lt;a href=&quot;http://www.quidamediteur.com/NewFiles/livres/Liquide.html&quot;&gt;Liquide&lt;/a&gt;
(Quidam, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'aime beaucoup l'usage singulier que Philippe Annocque fait du passage à la
ligne, des parenthèses et de tous les signes de ponctuation dans ce beau récit
où un narrateur définitivement liquide remplit comme des vases successifs les
rôles de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Annocque, &lt;a href=&quot;http://hublots.over-blog.com/&quot;&gt;dont vous
connaissez sans doute le blog&lt;/a&gt;, est né en 1963 et a déjà publié :&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://hublots.over-blog.com/pages/Une_affaire_de_regard_Seuil-855708.html&quot;&gt;Une
affaire de regard&lt;/a&gt; (Seuil, 2001)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://hublots.over-blog.com/pages/Chroniques_imaginaires_de_la_mort_vive_Melville-854924.html&quot;&gt;
Chroniques imaginaires de la mort vive&lt;/a&gt; (Melville, 2005)&lt;br /&gt;
- &lt;a href=&quot;http://hublots.over-blog.com/pages/Par_temps_clair_Melville-855687.html&quot;&gt;Par
temps clair&lt;/a&gt; (Melville, 2006)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;::: &lt;a href=&quot;http://hublots.over-blog.com/article-30487913.html&quot;&gt;pour
trinquer avec l'auteur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>appréhender le réel comme une myriade de réalités floues</title>
    <link>http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/04/20/apprehender-le-reel-comme-une-myriade-de-realites-floues</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:6d5d40e9206ed2c371ac3c08602bf84a</guid>
    <pubDate>Mon, 20 Apr 2009 02:26:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>cgat</dc:creator>
        <category>écrivains</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.lignesdefuite.fr/public/images_avril09/ballard.jpg&quot; alt=&quot;ballard.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La notion de surveillance&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Ce n'est pas la société qui a changé dans son approche de la surveillance, ce
sont uniquement ses moyens techniques. Toutes les sociétés ont tenté
d'installer une dynamique de contrôle. Bien sûr, quand il y a le
&lt;em&gt;Panopticon&lt;/em&gt; de Bentham, ce n'est pas aussi efficace qu'une logique de
prison moderne à la Guantanamo, mais la volonté sous-tendue derrière est la
même : ces sociétés sont mues par une dynamique de contrôle fascisante. Et
cette surveillance s'est toujours exprimée de différentes manières,
c'est-à-dire de façon imposée (étatiquement, ou par les seigneurs de guerre, la
monarchie, un chef de tribu, etc.) ou internalisée en chacun - c'est le
résultat d'une société de surveillance digérée, achevée, réussie. Dans un livre
comme &lt;em&gt;I.G.H.&lt;/em&gt;, j'ai essayé d'explorer cette idée d'organisation
interne. Finalement, le contrôle des masses est d'autant plus efficace quand il
est intégré chez tout un chacun. On n'a même plus à demander aux gens de
dénoncer leurs voisins, ils se dénoncent... à eux-même ! Ce sont eux leurs
premiers censeurs, et toute autre attitude vis-à-vis de l'autorité leur semble
incroyable. Regardez en Corée du Nord ce qui se passe : le pays est
tellement reclus depuis plusieurs années que si on ouvrait tout à coup leurs
frontières, cela ne servirait à rien pendant un premier temps : ils ont
intégré l'idée d'être dominés, et ne peuvent se libérer de ce joug et de cette
surveillance constante en quelques mois. Cela demandera sûrement même plusieurs
générations... Les caméras, les programmes d'Échelon et ses grandes oreilles
planétaires, les scans électroniques, le GPS, le traquage ADN... Tout cela ne
sont que des artefacts contemporains qui témoignent de volontés séculaires.
L'homme n'a fait qu'appliquer toujours la même règle ; la technologie lui
a fourni de nouveaux outils, qui sont effectivement souvent plus efficaces,
mais rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’inversion du régime démocratique&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le régime démocratique a échoué avec l'apparition, au sein du cadre
démocratique, de factions totalitaires. Par définition, la dém
