grande_jonction.jpg

Grande Jonction, le dernier roman de Maurice G. Dantec est un western d’anticipation très réussi, dont le style est rendu étrangement hugolien par le romantisme des situations et des relations humaines, les courts paragraphes scandés par des refrains et les digressions interminables, limite chiantes (comme chez Hugo) lorsqu’il s’agit d’exposer les théories des pères de l’église ou d’aligner de longues énumérations de noms de plantes, mais qui sont autant d’arias qui (comme chez Hugo) viennent ponctuer et faire respirer l’action.

M'intéresse, surtout, le piège où Dantec s’est lui-même enfermé : il est coincé, en effet, dans une contradiction entre sa fascination pour la machine (qui est le rock et le piège, deleuzienne et beaucoup trop humaine) et la nécessité d'expliquer (pour être en conformité avec ses convictions catho-apocalyptiques nouvelles) que la machine est le mal qui détruira l’humanité.

Par là-même, Dantec exprime toutes les contradictions de notre époque et ses oscillations entre la crispation dans un deni terrifié et le désir fasciné face aux machines qui deviennent intelligentes et à la posthumanité qu'elles annoncent. Il montre, aussi, à quel point le langage, la bibliothèque et la littérature (« la toute première technologie inventée par l'homme », p. 56) sont au coeur de cette problématique.

On peut consulter en ligne un site non officiel qui propose des vidéos des récentes interventions télévisuelles de Dantec et pas mal de liens et un site officiel qui se résume pour l'heure à une introduction assez prétentieuse.