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Le Renard sait beaucoup de choses, le Hérisson n’en sait qu’une grande, disoient proverbialement les Anciens. Il sait se défendre sans combattre, et blesser sans attaquer : n’ayant que peu de force et nulle agilité pour fuir, il a reçû de la Nature une armure épineuse, avec la facilité de se resserrer en boule et de présenter de tous côtés des armes défensives, poignantes, et qui rebutent ses ennemis ; plus ils le tourmentent, plus il se hérisse et se resserre.

écrit Buffon dans son Histoire naturelle (tome 8, p. 28).
En recherchant le contexte de cette citation, trouvée dans l'article de Libé cité hier, j'ai découvert que l'on trouve les textes de Buffon en ligne.

Cela est très utile notamment pour lire Éric Chevillard, qui le cite beaucoup, et que je n'ai pu me retenir de re-parcourir après avoir lu vos commentaires :

autant dire que nous avons évité le pire, Proust et moi, malgré notre constante mélancolie et cette sensibilité à fleur de peau qui nous oppose si désavantageusement au hérisson naïf et globuleux que l'on se prend parfois à lui envier sa carapace d'indifférence, en naissant d'une mère assez douce et bonne pour s'asseoir une minute sur le bord de notre lit sans songer une seule seconde qu'à cet âge notre moelle est tendre et nos os se laissent encore rompre.
(...)
Je souffre de tout ce que je suis comme si j'étais toi, doué de la lucidité qui te manque, hérisson naïf et globuleux, mais ce défaut t'épargne le désespoir. Ta conscience se déchirerait à tes épines. Regarde-moi, de quels lambeaux je m'enveloppe.

Éric Chevillard, Du hérisson (Minuit, 2002, p. 179 et p. 201)