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C’était sans compter sur l’autre, là. Le milliardaire. Tom Cruise Junior. Imaginez vous en face de lui. L’homme est vautré sur sa chaise longue. Athlétique. Bronzé. Soudain dressé sur ses jambes. Hop ! Vous surplombant d’une bonne tête. Évidemment… Avec ses invraisemblables cothurnes. Des semelles de vingt centimètres d’épaisseur. Plus hautes que les talons du roi Soleil !
Les plus belles piscines du monde.
Son visage. Non mais son visage… Son visage désormais à quelques centimètres du vôtre. Son visage étrangement lisse. Refait de neuf. Par les plus grands artistes du scalpel. Son visage comme numérisé. Et au milieu du visage cette fente ourlée. Cette brèche mouillée d’où sortent des mots insidieux. Visqueux. Minaudés. Des mots façonnant des questions enveloppantes. Des questions émises d’une voix ridiculement barytonneuse.
Les plus belles piscines du monde.
Et en bas. Tout en bas. Une dizaine de doigts de pieds. Outrageusement manucurés. S’agitant bizarrement dans leurs cothurnes. S’égayant même. Infâmes vers de terre. À mesure que la situation devenait pour moi plus embarrassante. Plus insupportablement embarrassante. Plus incompréhensible, aussi. Vous m’avez bien entendu. Plus indéchiffrable.
Les plus belles piscines du monde.

Jean-François Paillard, Les plus belles piscines du monde (publie.net, 2009, p. 39-41)

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