Oh ! la Terre qu'elle est ronde et petite et peuplée
D'une quantité indescriptible d'humains pour les
Doigts de la main que je tiens dans mes poches
Le matin pour ne pas les user à compter quand
Je passe dans les rues et me croise multiplié par
Eux mes frères mes cousins nombreuse est leur
Famille pourtant ne me sens le fils d'aucun d'eux
Me dis-je mains au chaud mains pour rien que
Le jeu d'un clavier dont je connais seul les clés
Calculatrices de mots qui liés deux à deux un à
Un font une phrase unique passante comme rue
Où passeront un à un deux à deux des milliers
D'humains mains tenant dans leur pli les pages
Que l'on plie que l'on ferme que l'on ouvre que
L'on range lorsqu'on aura fini de passer ligne à
Ligne qu'au bout de la rue de la rangée rangée
Il n'y aura que la Terre le boulier planétaire qui
Tourne pour nos yeux sans besoin de nos mains
Ni de compter sur elles le nombre des humains.

Jacques Darras, Vous n’avez pas le vertige ? Poèmes en altitude avec une rivière et des chamois (Gallimard, L’Arbalète, 2004, p. 117)