déplacée vers l'exactitude
Par cgat le jeudi 22 octobre 2009, 02:27 - écrivains - Lien permanent

Je regardais le paysage tel un tableau italien, la très légère brume laiteuse au fond, bleuissant l'ombre vert sombre opaque des monts fermant l'horizon qui semblait cependant levé, la brindille de ronce ramassée et séchée depuis dans le mince livre bleu, teintes vertes et bordeaux noirci de ses petites feuilles dentelées, épines courtes mais acérées, même sèches.
Des arbres droits, des ifs sans doute, en deux plans, comme posés depuis toujours sur le paysage. Effleurés par la lumière ils semblaient très clairs. Une tache de soleil sur un pré vert doré, tous les dégradés de vert selon l'emplacement et la nature de la végétation, tout semblait presque vaporeux.
J'étais là où je devais être, à un instant parfait d'éternité, entrouverte sous mes yeux à l'intérieur de ce paysage comme si j'étais dans le tableau. (p. 10-11)Ce qui me déplaçait ainsi en moi-même, c'était qu'en l'absence de tout repère familier - un paysage, une végétation, un ciel, une lumière, je ne pouvais en reconnaître aucun - j'étais déplacée vers l'exactitude dans le déplacement lui-même. (p. 14)
Isabelle Baladine Howald, La douleur du retour (La Cabane, 2009)
Un petit livre touchant, au pré-texte d’un « déplacement » sur le lieu d’un autre « petit livre », Truinas, le 21 avril 2001 (La Dogana, 2004) dans lequel Philippe Jaccottet racontait l’enterrement d’André du Bouchet.
::: un billet de Florence Trocmé (Poezibao)
Isabelle Baladine Howald est née en 1957 à Mulhouse.
::: les bio-bibliographie du CipM
::: du
Printemps des Poètes
::: et de Sitaudis
Commentaires
Voudrais pas faire mon Etiemble de pacotille (et c'est vrai que si facile de critiquer, et vrai aussi qu'on ne juge pas sur des bribes), mais j'avoue, avec tout le respect que je dois à l'auteure, que la construction de la première phrase me gêne beaucoup (le démonstratif tel au lieu du certes lourd et classique "comme s'il s'agissait de", mais du coup on a l'impression que c'est le tableau qui parle, le "qui semblait levé", à propos de l'horizon (?), l'accord bizarre de noirci...) Du coup, pour peu qu'on ne lise pas à cent à l'heure, on ne voit plus que ces vaporiseuses compliquailles... Non ? ou aurais-je dû me taire ?
pas de problème à dire ses réticences, au contraire !
pour ma part ce type de libertés ou discordances avec l'usage classique du français ne me dérangent pas, et même me plaisent assez, notamment parce qu'elles obligent à s'arrêter et relire.
Permettez de n'être pas tout à fait d'accord, et ce n'est pas question de goût et d'apanage : OK pour les formes complexes, mais compliquées, non. Je parle ici en lecteur : revenir à la ligne, soit, mais pour mieux savourer, pas pour se demander ce que l'auteur, redevenu pour le coup simple rédacteur, a bien voulu dire dans sa phrase trop rapidement ou facilement jetée, et que fiche ici ou là tel accord fantaisiste - me sens avec tous ceux qui disent qu'en littérature, est beau ce qui est précis (Gracq, Flaubert, vaillant ou etiemble-son essai "poètes ou faiseurs?" ou Paulhan etc. Et tiens, Olivier Rolin, bien sûr, à lire ici, page 8, mais télécharger tout le bouquin! -http://www.publie.net/tnc/spip.php?...)...)
(désolée pour le retard de publication de ce commentaire, resté injustement bloqué dans mon filtre à spam)
à mon tour je ne suis pas tout à fait d'accord, car :
1. qu'est ce qui permet de dire que le "tel" ci-dessus a été "trop rapidement ou facilement jeté" ?
2. j'aime beaucoup certaines imprécisions et complications, par exemple chez le Proust de la fin de la Recherche
OK, j'ai été comme d'hab excessif...