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Je regardais le paysage tel un tableau italien, la très légère brume laiteuse au fond, bleuissant l'ombre vert sombre opaque des monts fermant l'horizon qui semblait cependant levé, la brindille de ronce ramassée et séchée depuis dans le mince livre bleu, teintes vertes et bordeaux noirci de ses petites feuilles dentelées, épines courtes mais acérées, même sèches.
Des arbres droits, des ifs sans doute, en deux plans, comme posés depuis toujours sur le paysage. Effleurés par la lumière ils semblaient très clairs. Une tache de soleil sur un pré vert doré, tous les dégradés de vert selon l'emplacement et la nature de la végétation, tout semblait presque vaporeux.
J'étais là où je devais être, à un instant parfait d'éternité, entrouverte sous mes yeux à l'intérieur de ce paysage comme si j'étais dans le tableau. (p. 10-11)

Ce qui me déplaçait ainsi en moi-même, c'était qu'en l'absence de tout repère familier - un paysage, une végétation, un ciel, une lumière, je ne pouvais en reconnaître aucun - j'étais déplacée vers l'exactitude dans le déplacement lui-même. (p. 14)

Isabelle Baladine Howald, La douleur du retour (La Cabane, 2009)

Un petit livre touchant, au pré-texte d’un « déplacement » sur le lieu d’un autre « petit livre », Truinas, le 21 avril 2001 (La Dogana, 2004) dans lequel Philippe Jaccottet racontait l’enterrement d’André du Bouchet.

::: un billet de Florence Trocmé (Poezibao)

Isabelle Baladine Howald est née en 1957 à Mulhouse.

::: les bio-bibliographie du CipM
::: du Printemps des Poètes
::: et de Sitaudis