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S'il ne faut plus dire
La sentence ou le panthéon
La mort ou le rat

En l'espèce,
Plus fin que l'homme, l'âme, la triste,
Plus illustre que les crustacés
Plus tenace que les abeilles hésitantes

S'il ne faut plus dire
Les espèces ou la multiplicité
L'un dans l'autre,
La fuite en contre-jour (p. 17)

Et s'il fallait dire les signes de la parole,
Et s'il fallait être la parole par son silence,

Parce que, dans l'espèce, le corps
Te persécute, il me faut lui signifier
Qu'il est une mer des tremblements,
Un lieu d'être en son absence,
Une excitation, c'est-à-dire,
Un refus qui se nie infiniment,
Un corps meurtri,
Rouleau d'algues et de rats tremblants,
Qui se rongent, la carcasse, qui se tremblent,

Absente figure de l’espèce,
Il n’y a plus d’espèce,
Que son témoignage (p. 43-44)

Mathieu Brosseau, L’espèce (Mots Tessons, 2009)

Aux éditions Mots Tessons également, un joli petit livre 10 par 15 qui arpente les espaces de l'espèce en posant successivement deux questions :
« Et s'il ne fallait plus dire
Que les signes du silence ? » (p. 15)
« Et s'il fallait dire l'absence
Quels seraient les signes du silence ? » (p. 37)

Avec une belle préface de Fabrice Thumérel, dont on peut lire aussi un article dans libr-critique.

Mathieu Brosseau est né le 23 décembre 1977 à Lannion. Il est bibliothécaire à Paris et anime la revue en ligne plexus-s.
Il a publié :
- L’Aquatone (La Bartavelle, 2000)
- Surfaces : Journal perpétuel (Caractères, 2003)
- Dis-moi (La Rivière échappée, 2008)
- La Nuit d’un seul (la Rivière échappée, 2009
- UNS (publie.net, 2009)

::: le site / blog de Mathieu Brosseau