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Et le corps ébloui se diffracte, et s'abîme - il se perd, dans les innombrables fragments (des bris de verre, déboîtant la lumière) d'une bouteille que la main, ainsi, n'a plus tenue. On ne sait pas de quoi cet aveugle au miroir impossible mourra de s'aimer trop s'il écoute l'hymen de l'océan déchirer sa membrane au coin des éboulis et, par ces béances, se disperser les légendes du monde, ou (...)

Un écho lui tiendrait lieu d'origine (sur la peau des éclaboussures de vin en retracent la mémoire, le sang des mythes)

La main inutile, à la prise d'un schème où gazouillait jadis Tout, aboli, reste le noeud d'un hymne sans chiffre. Je dis : ouvre ta gorge, Popée, chante. (p. 16)

Popée va-t-en mêler tes larmes d'aveugle aux gouttes délogées qui payent, de honte et en silence, la rançon du chaos, - presque rien. Mais j'oublie que tu saignes, toi aussi, et tu dis : je suis le clochard de l'Être. Que le sang de personne que tu laisses derrière toi est un fil d'Ariane qui ne mène nulle part, sinon à la déchirure elle-même ? Que tu vis dans les éclats. Pas dans un labyrinthe.

Autour, la boue remplace la terre. Doucement, ses pieds s'engouffrent au fond des herbes vierges, coloriés par la vase. Il disparaît derrière les falaises - je chante. (p. 19)

Pierre Vinclair, Barbares (Flammarion, Poésie, 2009)

« Un triptyque composé d’une épopée, d’une tragédie et d’un cantique », selon l'auteur.

Pierre Vinclair est né en 1982 à Aurillac. Il enseigne la philosophie à Rennes et a publié :
- L’Armée des chenilles : roman (Gallimard, 2007)
- Ce monde en train : recits (La Part commune, 2009)

Il est actuellement en résidence à la villa Kujoyama, à Kyoto, où il tient un blog, Pierre Vinclair au Japon.

::: l'analyse critique de ce recueil par Florence Trocmé, la notice Poezibao et d'autres extraits

::: un poème sur ré pon nou, le blog des éditions du corridor bleu, et un autre chez libr-critique.